Kadyrov verrouille le pouvoir tchétchène

BREIZATAO – GROZNY (03/11.2010) Le congrès mondial du peuple tchétchène vient de clore ses travaux à Grozny. Il aura réuni un millier de délégués venus de Tchétchénie, d’ailleurs en Russie et de l’étranger. Le 13 octobre, il s’est doté d’un présidium composé de trente personnalités, dont plusieurs vétérans de la politique, tels Salambek Khadjiev, ancien ministre de l’Industrie chimique de l’URSS, Rouslan Khazboulatov, qui présida le Soviet suprême de Russie [en 1993] ou Aslambek Aslakhanov, actuel sénateur de la région d’Omsk. C’est naturellement Ramzan Kadyrov qui a accédé au poste de secrétaire général du Présidium, lui qui avait demandé en août, on s’en souvient, de ne plus porter le titre de “président” de la Tchétchénie [voir CI n° 1034, du 26 août 2010]. S’il n’est plus “président”, il est en tout cas désormais officiellement considéré comme le chef de tous les Tchétchènes du monde.

Cependant, le problème est qu’à ce jour les rebelles se battent davantage pour un nouveau type d’islam que pour l’idée nationale tchétchène. Pour ces irréductibles, en effet, les valeurs classiques du soufisme local [un islam populaire et modéré] sont une altération de la religion. Selon Ramzan Kadyrov, ces acharnés ne seraient pas plus d’une cinquantaine dans toute la Tchétchénie, mais les rapports sur les accrochages réguliers qui se produisent laissent penser qu’ils sont bien plus nombreux. D’ailleurs, les vidéos de la choura [assemblée] des chefs de guerre qui s’est tenue en août dernier montrent plusieurs dizaines de responsables de fronts et de secteurs, et les simples combattants n’étaient pas présents.

Le sel de ce “congrès alternatif” vient des irréductibles qui ont annoncé qu’ils cessaient d’obéir au chef de la guérilla du Caucase du Nord, Dokou Oumarov, qui avait officiellement renoncé à l’idée de fonder une Itchkérie [dénomination que les indépendantistes revendiquent pour la Tchétchénie] indépendante pour brandir la bannière de l’“émirat du Caucase”, en se solidarisant avec le djihad planétaire d’Al-Qaida.

Akhmed Zakaev, ancien ministre de la Culture d’Itchkérie [sous la présidence d’Aslan Maskhadov, 1997-2005], depuis longtemps établi en Grande-Bretagne, a semblé enchanté par ce nouvel antagonisme. Pour lui, cela signifie que les rebelles ont pris conscience de l’absurdité et du danger de combattre pour un “émirat du Caucase”, et s’apprêteraient à regagner la voie du séparatisme ethnique. Mieux, le 12 octobre, il a déclaré renoncer aux pouvoirs de chef du gouvernement en exil pour se mettre aux ordres du président du Comité d’Etat d’Itchkérie à la Défense (le majilis-choura), Hussein Gakaev. Tout en remettant les responsabilités officielles de l’Itchkérie à un chef de guerre, M. Zakaev continue de croire que le conflit n’a pas de solution militaire et estime, comme il l’a dit dans une interview à la BBC, que la Russie et la Tchétchénie finiront par trouver un compromis en se fondant sur l’accord de paix que Boris Eltsine et Aslan Maskhadov avaient conclu en 1997.

La décision d’Akhmed Zakaev de renoncer à son titre ne fait que confirmer ce que l’on savait déjà depuis longtemps : les émigrés politiques d’Itchkérie réfugiés en Occident n’ont plus beaucoup d’influence sur ce qui se passe “à la maison”. La faiblesse de cette aile politique est clairement apparue en septembre lors du congrès des Tchétchènes qui s’est tenu en Pologne. Seuls quelques dizaines de délégués sont venus, et si cette réunion n’est pas passée totalement inaperçue, c’est uniquement à cause de la maladresse de la Russie, qui a une nouvelle fois réclamé l’arrestation de M. Zakaev et son extradition vers la Russie.

Source: Courrier International

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