"Racialisme Breton", Olier Mordrel (partie 2)

BREIZATAO – STUR (15/02/2011) La suite du texte d’Olier Mordrel paru dans STUR et intitulé « Racisme Breton », mis à disposition par Cian dans son blog très complet « Propos Sturiens » que l’on consultera utilement ici.

QUESTION DE MOTS

Il semble, après ce que nous avons vu, que l’expression « race » bretonne, qui est le stricte équivalent de « famille » bretonne, ne devrait rencontrer aucune opposition, si malheureusement, en français, les mots race et racisme n’étaient pas de nature à créer de graves malentendus. Quand, plus haut, nous avons étudié la question en breton, nous avons précisé, en conformité avec le génie de notre langue et nos habitudes de pensée, une terminologie qui sélectionne des notions différentes et précieuses.

Nous avons reconnu la race considérée dans les qualités qui se transmettent biologiquement, Gwad exprimant plus l’idée d’instinct racial que celle de caractéristiques raciales ; aucune traduction française n’est possible, il faudrait un terme qui exprime à la fois race spirituelle et famille biologique. Peut-être pourrait-on dire, assez lourdement, « génie du sang » ou « vertu du sang ». Nous nous sommes arrêtés ensuite au mot Gouenn, qui exprime la réalité physique et morale de la race, le « type » breton sous tous ses aspects, mais sans insister sur les caractéristiques extérieures qui n’ont jamais eu en Bretagne la même importance symbolique que dans les pays germaniques. Des Bretons pur-sang, de types physiques très différents, sont autant les uns que les autres membres de la « Gouenn ». En français, les mots « race sociale » ou « race historique » rendent très approximativement et très platement l’idée. Enfin, pour classer les gens uniquement d’après l’aspect de leur figure et de leur anatomie, nous avons proposé Rumm-tud, c’est-à-dire « race anthropologique », et stumm-korf, c’est-à-dire « type physique ». La langue bretonne ne connaîtra donc sans doute pas, en matière de racisme, les confusions grossières qui rendent presque impossible tout examen du sujet en français, sans prendre un luxe assez vain de précautions verbales. Nous aurons cependant cet avantage ici, en parlant français, que les mots bretons et les notions qu’ils gouvernent habitent notre cerveau ; ils nous maintiendront dans le droit chemin.

LES RACES ANTHROPOLOGIQUES

Les habitudes intellectuelles du matérialisme rendent encore difficile à beaucoup de personnes la compréhension de l’idée celtique de la race. Pour elles « race » veut dire « type physique » et ne veut dire que cela. Les ethnologues, formés à l’étude des espèces animales, sont responsables de cette manière de voir. Mis en face de la variété des types humains à travers le monde, ils ont cherché à établir des classements d’après les divers aspects du corps, comme on avait auparavant fait pour les animaux, d’après les organes et les fonctions. Ils se sont servis du mot race pour distinguer les différentes couleurs de peau et les formes de têtes variées que l’on rencontre dans les deux continents(3).

Ils ne se sont jamais souciés des âmes ni des valeurs spirituelles sans lesquelles aucun groupement humain ne se crée ni ne se maintient. Les races qu’ils ont déterminées ne représentent exactement rien, si ce n’est la conformité à un type physique idéal abstrait, établi arbitrairement d’après les caractéristiques moyennes fournies par un choix occasionnel d’individus, c’est-à-dire la taille, la couleur de la peau, des yeux et des cheveux, la forme de la tête, l’angle facial et quelques autres caractéristiques secondaires. Aucune identification n’est possible entre les races qu’ils ont ainsi décrites et les peuples que nous connaissons. Personne ne sait si ces prétendues « races » ont jamais existé en tant que peuples ayant une vie commune quelconque. Que représentent les « Alpins » qu’on trouve dans toutes les régions montagneuses de l’Europe, qui suivant la longitude parlent Roumain ou Tchèque, Allemand ou Italien, Français ou bien Breton ? Quelle unité peut-on reconnaître aux « Dinariques » qui comprennent les habitants des Cévennes, du Tyrol et de la Serbie ? Et nos voisins Vendéens qui sont classés « Méditerranéens », sont-ils les frères des Calabrais et des Monégasques ?

Quand on jette les yeux sur une carte ethnographique de l’Europe, on constate que si les races anthropologiques n’ont jamais existé à l’origine, elles se retrouvent extrêmement mêlées aujourd’hui. Que ce soit sous le rapport de la taille ou sous celui des cheveux, il est rare de découvrir une large tache de même coloris indiquant une unité, même relative, dans toute une province et à plus forte raison dans tout un Etat. Les entrecroisements, les bigarrures sont extrêmes et poussés jusque dans le détail des cantons et des communes. Tout ce qu’on peut dire c’est que d’une manière très générale on est plus grand et plus blond en montant vers le nord, plus petit et plus brun en descendant vers le sud. Dans certaines régions excentriques, qui représentent peut-être des berceaux ethniques, certains types dominent nettement, c’est le cas du type « nordique » en Scandinavie, en Hollande et dans certaines parties de l’Angleterre, de l’Allemagne et de la Russie, c’est celui du type « méditerranéen » dans les contrées les plus méridionales de l’Europe latine. Mais il y a des régions classées « d’un type », dont 45 % des habitants sont d’un type différent.

On voit donc combien il est faux d’attribuer à chaque pseudo race un génie particulier; il y a longtemps qu’elles n’existent plus qu’à l’état de dispositions physiques individuelles et c’est à proprement parler une énormité que de dire aujourd’hui « les Nordiques », en matière d’anthropologie comme s’il existait encore un peuple homogène formé de grands blonds à la peau claire et au crâne long. Le type nordique existe et c’est très différent. Les peuples du nord réels ont d’autres noms, ce sont les Suédois, les Norvégiens, les Saxons. Beaucoup de leurs éléments sont du type nordique, quelquefois presque tous, mais il y a aussi parmi eux des individus de petite taille et de carnation plus foncée, d’origine préhistorique, ligure, antlantidienne ou mongole, auxquels la science ethnique décernera les noms simples ou composés les plus ingénieux (balto-finnois, alpino-nordiques, etc..) qui ne sont ni moins bons Scandinaves, Allemands ou Anglais, ni moins « racés », ni moins capables que leurs grands diables ou dadais de compatriotes.

Cependant, le fait que les peuples germaniques auteurs des grandes invasions du haut Moyen-âge étaient généralement du type « nordique », leurs admirateurs se sont trouvés naturellement enclins à exalter le type physique des conquérants, par opposition aux « races » plus foncées qu’ils rencontraient au sud et à l’ouest. Aussi bien par préjugé esthétique et patriotique, que par conclusion scientifique erronée, toute une école de sociologues, d’ethnologues et d’historiens a identifié le type physique nordique avec la famille des peuples germaniques et a cru à l’existence d’une race (Gouenn) nordique, synonyme de germanique. C’est contre ces interprétations, particulièrement en honneur dans la génération de l’empereur Guillaume II, que nous devons le plus vivement nous élever.

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