Le tropisme oriental du régionalisme

BREIZATAO – PENNADSTUR (27/01/2013) Le 17 décembre 2012, le président de l’association « Bretagne Réunie », Jean-François Le Bihan, publiait un communiqué dans lequel il appelait instamment les Bretons à accorder la priorité de leur engagement à la « réunification » territoriale de la province de Bretagne.

Il écrivait ainsi :

« Pour parler clair, il est aujourd’hui essentiel et aussi important de passer les quelques jours à quelques mois nécessaires pour faire voter un vœu de réunification à sa municipalité, que de se battre pour l’ouverture d’une nouvelle école bretonnante ou un nouveau cours du soir.« 

Ce faisant, Mr Le Bihan illustrait de façon assez éclairante le profond fossé entre le nationalisme breton porteur d’un état national, BREIZH, et le régionalisme-autonomisme tenant de la « Bretagne ».

En substance pour Mr Le Bihan, le primat géographique l’emporte sur le primat ethno-linguistique. Le contenant devant être prioritaire par rapport au contenu dans la hiérarchie des « urgences ».

Cet attachement du régionalisme aux formes passées du sujet politique breton d’hier, c’est-à-dire ici de l’Ancien Régime, traduit plusieurs réalités de ce courant politique. Premièrement qu’il est résolument passéiste, voire réactionnaire. Deuxièmement qu’il est, de son primat géographique, fidèle à l’école française des sciences humaines. Troisièmement que le régionalisme est aussi et surtout l’expression politique de l’Est breton, par nature bâtard, créole.

Réactionnaire car les frontières si elles sont essentielles ne sont pas des absolues. Elle peuvent même s’avérer être plus nuisibles que bénéfiques : quand les frontières protègent une essence, tel un peuple, elles sont utiles. Quand elles ne sont plus un moyen mais la finalité, elle s’intègre dans l’école géographique française hostile au déterminisme de l’école allemande, conformément à l’universalisme hérité de la révolution comme de la fameuse phrase de Danton quant aux « frontières naturelles » de la république française.

Nous l’avons souvent dit, mais il faut le redire : le peuple breton, en conquérant les marches de l’Est, est devenu prisonnier de sa conquête. Celles-ci ont progressivement absorbé les conquérants et déplacer le centre de gravité politique du royaume breton. Cette dégénérescence s’est achevée lorsque le royaume breton est devenu un duché dont l’élite politique était invariablement à l’Est. Tout aussi estimable que soit le Duché de Bretaigne et les fabuleux moments d’histoire que nombre de Bretons ont réalisé en son temps, il n’est qu’une forme politique dégradée de l’état brittonique au point qu’il sera gouverné par des princes de sang germanique.

Cette question géographique de la « réunification », présentée comme « urgente », devient structurante du discours ambiant. Il « faut réunifier pour réunifier ». Mais on ne pose pas la question dans les termes adéquats : la réunification est celle d’un département français à quatre autres. C’est là un réformisme franco-français, donc un « régionalisme » – qui comme son nom l’indique place le géographique (la « région » est un sous-ensemble d’un tout plus large) – au dessus du reste.

Poser la question en termes régionalistes, donc à l’intérieur du cadre politique et étatique français, c’est vouloir obtenir une réponse régionaliste. Quand on invite à faire d’une question régionaliste une priorité sur une question nationale et ethnique, à savoir l’enseignement de la seule langue nationale – le brittonique, on opère une rupture considérable. Une rupture qui d’un point de vue national n’a pas lieu d’être, plus exactement qui est illégitime.

Enfin, sur le troisième point, qu’est celui du primat régionaliste à l’Est du territoire breton, nous le retrouvons aussi dans cette histoire dérisoire de « Notre-Dame des Landes ». Une infrastructure aéroportuaire qui, précisément en raison de la décrépitude des esprits bretons, est devenu un « enjeu » pratiquement de « vie ou de mort », surtout pour des structures indépendantistes ou autonomistes moribondes.

Nous ne rentrerons pas dans le débat autour de ce projet d’aéroport dont, peut-être, le point le plus négatif est qu’il serait vraisemblablement nommé « aéroport du Grand Ouest », ce qui suffirait pour s’y opposer. Non, ce que révèle cette question mineure et localisée est bien la proportion qu’elle prend pour les structures qui se revendiquent – encore que presque plus – de l’ancien Emsav.

Cet épisode étaye ce que nous disions plus haut : les thématiques régionalistes sont exclusivement le fruit de disputes franco-françaises dans le cadre administratif de l’occupant français via son outil qu’est la région administrative « Bretagne ».

Et nous voyons que l’effondrement intellectuel et politique de l’ancien Emsav – au point de n’être plus qu’un régionalisme – s’explique grandement par l’implantation orientale des structures qui s’agitent autour de ces fumisteries.

Le régionalisme français parle gallo, se soucie d’aéroport et de département « 44 ».

C’est somme toute cohérent. Ces hochets sont autant d’utiles instruments de diversion pour le pouvoir jacobin, jamais en manque d’idiots utiles pour divertir la galerie bretonne. Mais pour autant, les nationaux ne doivent pas pécher par ignorance ni naïveté. Que les franco-latins du régionalisme parlent de « Bretagne » ou de « Bertaeyn » est une chose, mais là n’est pas la vocation historique des nationalistes bretons.

Quand le Peuple Breton laisse le mouvement historique se structurer à l’Est, cela n’engendre que sa destructuration en faveur du parti français. Le seul mouvement possible pour un État Breton, donc pour son embryon politique, est l’exact opposé, d’Ouest en Est. C’est pourquoi une thématique comme la « réunification » n’a d’intérêt que s’il sert le projet plus global de défrancisation de l’Orient breton en vue de la renaissance de l’état national. Si, a contrario, il s’agit de restaurer la province d’Ancien Régime francophile, alors nous faisons face à une sinistre plaisanterie qui ne fera guère que des cocus.

La farce régionaliste comme celle de la réunification fut, de tout temps, le levier de la gauche française sur les éléments les moins francisés du pays. Elle dure depuis au moins 40 ans. En 40 ans, le nombre de locuteurs bretonnants s’est effondré. Et pourtant, nous voyons le régionalisme venir polluer notre air de ses absurdités réformistes.

La langue brittonique est le pilier essentiel du nationalisme breton et de son état en devenir, BREIZH. Le français est un moyen de parvenir à ce but au sein des masses bretonnes francisées. Un moyen temporaire. Mais le brittonique est bien le réacteur nucléaire de la mission historique bretonne. Si front il doit y avoir, il est politico-linguistique et aussi, certainement, spirituel.

Le régionalisme est d’essence orientale. C’est la réaction créole, bâtarde gallésante dressée contre l’État Breton, en défense du nationalisme. Nantes et Rennes sont les avant-postes de Paris dans la chair celtique : de là, Paris diffuse son poison cosmopolite dissolvant. C’est du tréfonds de l’âme et la race bretonnes, donc de ses campagnes et petites villes, de son Occident que souffle l’esprit de renaissance. Et non de l’Est. Celui-ci s’y intègre mais ne la subjugue pas, faute de quoi, notre pays est détruit. Tout ce qui vient de l’Est signifie pour nous l’enchaînement et le crépuscule. Tout, chez nous, vient de l’Occident et du Nord.

SHARE
  • Armohican

    Tout, chez nous, vient de l’Occident et du Nord.

    L’Occident, c’est nous.
    Plus à l’Occident que nous, il n ‘y a que le Canada !

    • Gavin

      Tout depend de ce que l’on entend par « occident ». Si on parle d’un territoire avec un socle ethnique blanc largement majoritaire, j’ai bien peur que le Canada ne remplisse plus ce critere depuis plus d’une dizaine d’annees. La limite de l’occident (ethniquement parlant) se trouvera donc en Island.
      Apres, meme la notions de « population blanche » est difficile a definir avec precision. Par exemple, je ne sais pas quels criteres sont retenu dans les statistiques mais wikipedia donne une population argentine composee a 97% de blancs. Je connais un peu l’histoire de l’Argentine mais cela me semble quelque peu surevalue.

  • un demi batard habitant en batardie

    ouais je suis sceptique ….
    meme votre breizh expurgée du 35 et 44 est encore trop « batard » pour vous :
    une bonne moitié du 22 est gallese et un tiers du morbihan aussi.

    reclamez donc un etat BREIZH sur le KLT comme le preconise « le breton du bresil » (desolé je ne me rappelle plus son nom) : pour lui meme le breton vannetais est trop latin et il revendique une Breiz a l’ouest de Plouha à Lorient .

    pourquoi pas mais ne revendiquez pas tout et son contraire, je suis sur qu’en cherchant bien on doit trouver des articles differents sur Nantes sur breiz atao

    • Tyler Durden

      Relisez, vous n’avez pas compris le texte.