Comment la bourgeoisie urbaine de gauche organise la ségrégation des classes populaires de souche
Posted by La Rédaction on 11th novembre 2014
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Les maires de Nantes, Brest, Rennes et Saint-Nazaire contre l’unité régionale bretonne

BREIZATAO – POLITIKEREZH (11/11/2014) Une guerre sociale et raciale est à l’oeuvre mais peu nombreux sont ceux qui osent la présenter ainsi. Cette guerre trouve son origine dans la politique suivie par les bourgeoisies urbaines, généralement acquises au Parti Socialiste Français, de ségrégation territoriale des classes blanches populaires et moyennes. Majoritaires, ces classes ne permettent plus la constitution de majorité politique en adéquation avec les désirs des oligarchies urbaines.

Rupture sociale, identitaire et territoriale

La France est désormais organisée autour de 14 « métropoles » dont Paris, rebaptisé le « Grand Paris ». Cette refonte administrative, encore accélérée par la pseudo « réforme territoriale », vise à donner à ces ensembles les leviers politiques accompagnant ceux dont elles disposent au plan économique. Pourtant, ces métropoles, qui comptent 7% des communes, ne concentrent que 39% de la population française, 61% se situant en dehors, dans les « périphéries » rurales, périurbaines, etc.

Dans le même temps, ces métropoles produisent les deux tiers de la production nationale annuelle. Comme le résume le géographe Christophe Guilluy :

« Pour la première fois dans l’histoire la population ne se retrouve pas là où est produite la richesse ».

Et de décrire la population des grandes agglomérations : cadres moyens et supérieurs administrant un appareil de production très efficace à forte valeur ajoutée, nourrissant à leur suite des populations immigrées chargées des tâches peu qualifiées payées à bas coût.

Les classes populaires et moyennes ont été progressivement évincées des banlieues de ces grandes agglomérations, les poussant à aller vivre à 40 ou 50 kilomètres de là, ou plus.

Contrairement à une idée reçue véhiculée par les médiats institutionnels contrôlés par la bourgeoisie urbaine, la pauvreté ne se concentre pas dans les banlieues immigrées. 85 % des ménages pauvres – qui gagnent moins de 993 € par mois, soit moins de 60 % du salaire médian – ne vivent pas dans les quartiers « sensibles ».

C’est donc dans les périphéries rurales ou périurbaines que se concentrent 61% de la population, en augmentation continue. Territoires où ne sont produits qu’un tiers de la richesse annuelle, même s’ils représentent 93% des communes.

Crise politique majeure

La fracture est donc territoriale, sociale et ethnique. Elle est aussi explosive. Dans un système démocratique relatif, la majorité politique découle de l’adhésion majoritaire du corps électoral. Or l’oligarchie urbaine, qui dispose des leviers politiques et économiques de par sa situation avantageuse au sein des métropoles, est de moins en moins en mesure de constituer une majorité autour d’elle. Ce qui se traduit parfois par la progression du vote Front National, mais surtout par l’abstentionnisme de masse.

La partie « utile » de la population se résume donc à 39% des habitants de l’Hexagone résidant dans les grandes agglomérations. Forts du contrôle des deux tiers de la richesse produite annuellement, le sort de ces 61%, rejetés par delà les murs des grandes villes, les indiffère. Voire les inquiète dans la mesure où, dans un système présidentiel unitaire où le suffrage universel est la règle, ces 61% ont un poids sans commune mesure avec leur influence économique.

En somme, 61% des Français posent un problème politique structurel. Problème d’autant plus alarmant pour l’oligarchie urbaine que leur profil politico-idéologique s’éloigne de plus en plus de celui de la bourgeoisie citadine des grandes villes dont l’univers mental est une sorte de morale humanitaire, cosmopolite et libertaire.

La réforme territoriale :  l’organisation de la ségrégation des classes moyennes blanches

La réforme territoriale en région Bretagne a tourné à l’affrontement entre les maires des métropoles, Brest, Nantes et Rennes, et les tenants d’un régionalisme intégré. Ce clivage a été si profond qu’il a littéralement divisé le Parti Socialiste Français et même la gauche régionale dans son ensemble.

En vérité, la bourgeoisie urbaine contrôlant ces trois grandes villes n’a rien de « socialiste » au sens où elle développerait l’idée d’une solidarité réelle, y compris entre territoires. Au contraire, les trois maires de ces villes ont fortement poussé à accroître les ruptures spatiales afin de « libérer » Nantes, Brest et Rennes de la menace d’un pouvoir régional fort capable de les dominer et donc de capter une part de leur production pour développer l’ensemble du territoire breton.

Les oligarchies métropolitaines de ces trois villes ne veulent pas avoir de rapports avec l’hinterland composé des « perdants » de la métropolisation et de la mondialisation. Au contraire, leur succès dépend étroitement de leur capacité à conserver le fruit de leur production dans le grand jeu de la concurrence entre grandes villes. Il y a donc eu une « entente » entre Brest, Rennes et Nantes pour combattre l’état régional breton et protéger les intérêts de leurs oligarchies respectives.

En lieu et place, les trois édiles de ces villes ont donc promu l’idée d’une région » Grand Ouest ». Le but étant de créer une région si vaste et si hétérogène qu’elle ne disposerait pas d’un socle politique suffisant pour imposer sa volonté aux trois métropoles.

De fait, le « socialisme festif » métropolitain relève d’une animation culturelle chargée de masquer une politique de prédation et d’égoïsme structurels. Son humanitarisme moraliste ne trouve aucune déclinaison dans les faits, bien au contraire. Les seules populations trouvant grâce aux yeux de la bourgeoisie de gauche de ces centres urbains sont celles des quartiers immigrés qui leur fournissent la main d’oeuvre pas cher dans les services dont elles ont besoin. Si bien que cette défense des immigrés est pour le moins ambigüe.

La ségrégation territoriale des classes moyennes blanches, par ailleurs en voie de déclassement, est donc une réalité, même si elle ne dit pas son nom et n’est bien souvent même pas conscientisée par ceux qui la mettent en place.

La crise a été temporairement réglée à Lorient, lors d’une rencontre au sommet entre partisan d’un « pouvoir ducal » fort et les comtes de Rennes et Nantes, aidé de l’édile de Brest. Jean-Jacques Urvoas, représentant l’ancien président de région Jean-Yves Le Drian a défendu le maintien de la région administrative tandis que ses opposants exigeaient sa disparition. On a donc décidé de ne pas décider. Ce que Jean-Jacques Urvoas traduit, dans une belle langue de bois devenue insupportable pour le peuple, par la formule « le débat doit se poursuivre ».

Abolir le régime présidentiel et marginaliser l’électorat populaire

Logiquement, les oligarchies urbaines veulent se débarrasser du système actuel. Il ne fonctionne plus car la répartition du pouvoir politique ne recoupe pas celle du pouvoir économique. Et nous retrouvons les lignes de fracture à l’oeuvre durant la Fronde ou la Révolution, les mêmes qu’avaient parfaitement identifiées Charles De Gaulle, architecte de la Cinquième République contre les partisans de la Quatrième. C’est précisément cette compréhension qui l’avait poussé à proposer, en contrepoids à l’émergence de la bourgeoisie urbaine, un début de régionalisation.

Les grands féodaux, remplacés par les grands bourgeois, ont identifié le régime actuel comme devenu foncièrement ingérable. Un régime monarchiste absolu comme jadis, ou présidentiel fort comme aujourd’hui, s’appuie par définition sur le soutien du peuple contre les corps intermédiaires. Or ce peuple, de plus en plus majoritairement, ne soutient plus un chef de l’Etat Français qui, lui, provient également de cette grande bourgeoisie et sert les intérêts de celle-ci. Le fossé entre le gros des masses populaires, ségréguées territorialement et socialement mais aussi identitairement, et les élites urbaines dirigeantes est devenu tel que la rupture menace.

La question qui se pose de plus en plus est simple : soit le président brise la grande bourgeoisie urbaine, ce qu’il ne peut ni ne veut, soit la présidence disparaît pour être remplacée par un théâtre d’ombres parlementaire. Une « monarchie de Juillet » républicaine en somme.

Sans surprise, les grands bourgeois, comme hier les grands féodaux, veulent une mutation du régime. Une mutation qui puissent sauver les apparences démocratiques afin de prévenir une révolution. Cette mutation consisterait à « compter les voix différemment ». Non pas qu’il faille revenir au vote censitaire, ce serait trop brutal et maladroit. Mais en redéfinissant le rapport entre représentation politique et aire géographique, ce qui revient au même.

Pour cela, la réduction du nombre de députés serait une heureuse et habile manoeuvre : sous couvert d’une mesure très populaire car hostile aux élites dirigeantes, on donnerait un poids beaucoup plus important aux élus des grands villes. Le nombre de députés des zones périurbaines et rurales pouvant être drastiquement réduit.

Dans le même temps – cela va de paire – permettre aux étrangers, concentrés dans ces mêmes métropoles, de voter à toutes les élections. A défaut, on naturalise à rythme accéléré pour s’assurer qu’ils solidifient toujours plus l’assise politique de l’oligarchie urbaine dont ces étrangers dépendent économiquement.

Pour faire bonne mesure, on reviendrait au régime des partis. Ce qui, grâce à une carte électorale réalisée avec finesse, permettrait de relativiser le poids de la majorité des électeurs populaires et de donner le dernier mot aux boutiques politiques tenues par l’oligarchie urbaine, singulièrement parisienne.

Montée du socialisme identitaire dans les couches populaires

Quoiqu’il en soi, il ne faudra plus très longtemps pour que l’oligarchie hexagonale ne décide de prendre les devants en proposant une réforme en profondeur de l’ordre politique en France. Faute de quoi, les couches moyennes en voie de déclassement la feront. Puisque ségréguées, majoritaires, écartées du processus de production concentré dans les grandes villes, les classes populaires et moyennes qui se paupérisent entrent en dissidence. D’abord en conscience, de plus en plus électoralement. Résolument en termes de valeurs et de conceptions idéologiques. Pour les classes dominantes urbaines, la menace est trop sérieuse.

Il est logique, voire légitime, que ces catégories demandent à profiter des fruits de la production générées dans les grandes villes. Cela donne par nécessité une coloration sociale et égalitariste à leur demande. Dans le même temps, la concurrence par le bas à laquelle l’immigration les soumet, notamment pour ce qui concerne le logement et la jouissance du soutien de l’état-providence, les pousse naturellement vers un réflexe de défense collective autour d’une identité commune. On peut sans se tromper y voir un socialisme identitaire, pas nécessairement collectiviste d’ailleurs, en voie de constitution.

Ce qui explique pourquoi la gauche radicale ne parvient pas à capitaliser électoralement : l’immigration est voulue et validée par la bourgeoisie urbaine et sert les intérêts de cette dernière. La valider, c’est valider l’ordre établi et la répartition actuelle du pouvoir politique et économique. Les classes populaires et moyennes blanches ne peuvent naturellement pas s’y retrouver.

Clivages caducs

Le rapport de force n’est donc plus bipartisan. Il n’y a pas d’un côté « la gauche » et de l’autre « la droite ». Il y a d’une part un « socialisme identitaire », qui ne vise pas tant à l’étatisation qu’à une demande profonde de solidarité naturelle et libre qui profite aux populations autochtones fragilisées. De l’autre, une bourgeoisie urbaine, cosmopolite, moralement humanitariste et économique ségrégationniste. Peuvent s’y retrouver des grands élus « de droite » ou « de gauche », en fonction de sensibilité de détail.

On comprend dès lors pourquoi la crise au sein du Parti Socialiste Français s’aggrave, notamment entre élus ruraux et urbains, et plus généralement au sein de la gauche française. Car même lorsqu’elle conteste la métropolisation voulue par la bourgeoisie, la gauche est si viscéralement égalitariste, tiers-mondiste et antiraciste, qu’elle ne peut qu’être favorable à l’immigration par principe. Or cette position est globalement rejetée par les couches populaires et moyennes qui formaient souvent son électorat.

Le cas breton

Le cas breton a été particulièrement significatif et révélateur. L’apparition du mouvement des Bonnets Rouges a eu lieu dans la partie occidentale bretonne, soit en dehors de l’aire d’attraction rennaise et nantaise. Elle a été particulièrement aigüe dans le Kreiz Breizh. Elle n’a cependant pas mordu sur Brest mais a pu déborder en revanche sur Quimper. Sa composition sociologique est à l’image de ces classes populaires et moyennes évoquées : des paysans, des ouvriers, des artisans, des petits entrepreneurs et commerçants, des chômeurs et de jeunes étudiants, des retraités. Tous en voie de déclassement, tous unis par un puissant sentiment identitaire, base d’une solidarité revendicative.

Très logiquement, ce mouvement a sonné comme un coup de tonnerre pour la gauche institutionnelle régionale et singulièrement celle du Finistère. Le PSF du Finistère n’a jamais pu ni ne pourra jamais mobiliser 20 000 ou 30 000 personnes. Fait révélateur, la section quimpéroise du parti manifestait encore le 18 novembre 2013 contre « le racisme », rassemblant avec toute la gauche institutionnelle, quelques centaines de personnes. Le peuple, lui, n’était pas là. En novembre 2013, alors que les Bonnets Rouges se rassemblaient à Quimper, cette même gauche institutionnelle, syndicats et partis, se retrouvait à Carhaix pour manifester contre le meneur, Christian Troadec. Elle s’est retrouvée à manifester contre le peuple et l’opinion publique, seule.

Depuis, elle n’a eu globalement comme réflexe que d’abreuver d’injures un phénomène politique et social qui traduit son désaveu. Qualifiant les Bonnets Rouges de « Benêts Rouges », le dernier carré du socialisme masque mal son profond désarroi. Et a renforcé encore d’avantage l’impression d’arrogance de classe d’un clergé du Progrès autoproclamé que plus personne n’écoute. Bien loin d’améliorer la situation, cela a encore accru le fossé entre cette gauche et le peuple.

Que quelques paysans, aidés du maire de Carhaix, Christian Troadec, parviennent à avoir l’oreille des masses est un signe des évolutions en cours. La presse régionale, par définition dépendante de l’oligarchie pour ses subventions, a raillé « l’échec » de Troadec aux élections sénatoriales. Mais ces élections sont la caricature même d’un suffrage fermé où le peuple n’est pas convié et où les élus des grands partis se cooptent. Le déni de l’établissement est total.

La gauche française ne comprend plus rien de ce qui se passe

Enfin, plus récemment et toujours à Quimper, les événements autour de la mosquée islamiste ont porté à son paroxysme l’incompréhension de la gauche institutionnelle pour la réalité sociale et idéologique dans laquelle elle évolue. Par antiracisme, conformément aux canons de beauté moraux de la bourgeoisie urbaine, la gauche institutionnelle a pris fait et cause pour l’édification d’une mosquée, symbole d’une religion qui, selon les critères classiques de la gauche, est objectivement misogyne, patriarcale et cléricaliste.

Que les tenants historiques du slogan « A bas la calotte et vive la sociale » en viennent, en 2014, à défiler à une petite centaine pour l’édification d’une mosquée donne la mesure de l’effondrement idéologique et dialectique de la gauche. Qu’ils en appellent à la préfecture pour faire interdire l’opposition, donne celle de leur impuissance. En plus de passer pour partisans d’une religion « réactionnaire », cet affolement se traduisant par un appel à la censure achève de convaincre l’opinion publique locale, déjà suspicieuse, de se démarquer électoralement. Surtout dans au sein de son électorat historique pour qui la laïcisme et l’athéisme sont des valeurs structurantes de la gauche historique.

Aveuglée, humiliée, arrogante, les cadres de cette gauche refusent de se rendre à l’évidence et persistent, ce qui loin d’améliorer leur situation, la fragilise encore davantage. Cela va si loin que même le bon sens politique, qui voudrait qu’on ne se mouille pas à ce point pour quelques éléments issus de la communauté turque de peur de s’aliéner les couches populaires, ne parvient pas à calmer ce jusqu’au boutisme de chiens enragés.

Il faut être lucide, la rupture territoriale est déjà là. La rupture politique, sociale et identitaire se profile. Les partis français tels qu’ils sont organisés ne recoupent plus la réalité économique et politique de notre temps. La « gauche » rennaise n’a rien à dire à la « gauche » carhaisienne, quand bien même les deux se revendiqueraient du Parti Socialiste ou du Parti Communiste.

La logique territoriale, identitaire, sociale et économique débouche sur une révolution politique. Ce que les tenants du statu quo, naturellement situés dans les partis institutionnels soumis aux oligarchies urbaines, refusent de voir et à tout le moins, de valider.

La voie est donc ouverte pour une nouvelle offre politique. Une offre identitaire, sociale, territoriale, trouvant l’équilibre entre les libertés individuelles et le Bien Commun des populations de souche européenne.

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