La « Race bretonne » selon Olier Mordrel

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Revue « Stur » d’Olier Mordrel, 1er juillet 1937

Ce texte fait suite aux deux précédents extraits de l’étudie réalisée par Olier Mordrel et produite par l’excellent blog « Propos Sturiens » animé par Cian, consultable ici

Racisme et germanisme

Un hobereau normand, né en Bretagne, à Redon, le comte de Gobineau, est sans doute à l’origine des doctrines racistes germaniques. Il part d’une conviction à-priori, la supériorité des Aryans, accompagnée selon les besoins de l’hypothèse par des démonstrations historiques (la méthode dialectique est bien de chez nous et nous laissons M. Maurras la considérer avec dédain). Les premiers Celtes et les Germains auraient appartenu à une race, dite des Aryans, présentant le type nordique, qui s’est répandue dans toute l’Europe et jusqu’aux Indes. La civilisation leur devrait tout ce qu’elle véhicule de grand et de fort. Il explique la croissance et le déclin des Etats par l’intervention, le dosage, la disparition ou le métissage de l’élément Aryan. Gobineau, en somme, inaugure l’interprétation raciste de l’histoire, ce qui n’est pas un mince mérite.

On trouve dans son principal ouvrage : « Essai sur l’inégalité des races humaines » beaucoup de choses excellentes et les Celtes ont à tirer profit des jugements sévères qu’il porte sur leurs erreurs. Malheureusement, Gobineau, qui n’était qu’un historien, a été continué par des disciples qui ont dépassé sa pensée et ont parfois abouti à des conclusions que nous pouvons difficilement admettre. Son système, chez l’Anglais germanisé Houston Chamberlain, est devenu la profession de foi d’un pangermanisme agressif. En France, il a dégénéré en une douce anglomanie, dont « D’où vient la supériorité des Anglo-Saxons », de Démolins, reste un témoin curieux. Dans l’Allemagne d’après-guerre, il a engendré une immense littérature de propagande et d’opportunité politique, dont le moins qu’on puisse dire est que son intérêt ne dépasse guère les limites du Reich, malgré toute la publicité faite au « Mythe » de M. Rosenberg.

Pour nous qui croyons fermement à l’existence d’une super-race nordique (Pennouenn Sterennek) dont les Celtes et les Germains sont deux rameaux distincts et d’égale valeur, la prétention de certains racistes allemands de confisquer la supériorité nordique au bénéfice de leur peuple est tout à fait inadmissible. Il faut bien qu’on sache que sous notre plume, à aucun moment l’idée nordique ne vise à introduire une pareille erreur, à proférer à l’égard des Celtes un pareil blasphème.

Plus admissible, quand il est dégagé de parti-pris politique, est l’engouement de nombreux savants, parfois remarquables, pour le type physique nordique dont l’élégance et la séduction sont indéniables. Il existe aujourd’hui en Allemagne toute une science officielle, épaulée par l’Etat, qui a pour but la détection, la préservation et le pullulement des grands blonds et des grandes blondes dolicocéphales, dont les caractéristiques ethniques minutieusement étudiées, précisent la pureté comme s’il s’agissait d’une race d’animaux de prix. Entraînés par le parti-pris, des doctrinaires professent que les meilleurs Allemands sont les Bas-Saxons et il suffit à leurs yeux d’être né dans le Schleswig pour mériter toutes les prédilections.

On voit combien ce fétichisme d’un type physique peut avoir de sommaire et d’insuffisant, d’un point de vue national éclairé. Si le racisme n’était que cela, il n’aurait pas beaucoup de sens, même en Allemagne, où les communistes, internationalistes et pacifistes du type élu, remplissent les camps de concentration (4). Ses conceptions zoologiques conduisent à des situations absurdes. Combien parmi les protagonistes du nordisme officiel ont eux-mêmes le type supérieur ? Il est bien inutile de citer des noms, tant la photographie suffit à fournir tous les exemples désirables. N’est-il pas frappant, d’ailleurs, de constater que le racisme allemand, sans en exclure les errements, s’est surtout développé en Bavière, dont les habitants à « tête carrée » n’ont rien de commun avec les purs « nordiques » de Hambourg ? Et qu’il recrute ses adeptes les plus fervents dans des régions frontières où abondent les types slaves ou occidentaux ?

Ceci montre bien que l’identification fortuite d’un type physique avec le génie national qui s’est produite en Allemagne dans certaines sphères, est aussi erronée qu’arbitraire si elle est prise au pied de la lettre. Il est même peu probable que, devant la contradiction des faits, la science officielle à laquelle elle a donné naissance, ne subisse d’importantes rectifications. Le germanisme a infiniment plus à attendre de certains « Alpins » de Rhénanie et de certains « Dinariques » de Souabe, que des parfaits « Nordiques » du Danemark, le dernier carré francisant et latinisant du Nord.

La race bretonne

La vérité est plus nuancée que ne le laissent supposer les théories des racistes simplistes. Les Celtes et les Germains anciens, en se répandant vers l’Ouest et le Sud, ont soumis et assimilé des populations de types différents, dans des proportions variables, mais si intimement, qu’au bout de dix ou vingt siècles, après l’action de milieux géographiques nouveaux, il est aujourd’hui impossible sinon puéril de vouloir dissocier, au sein des peuples que ces fusions ont formés, les « purs » des « impurs ». D’autant plus qu’à l’époque la plus reculée, on trouvait déjà parmi les « Nordiques » des individus qui ne l’étaient pas. Les légendes celtiques et germaniques ont des héros « noirs » à côté des héros blonds, elles opposent des clans d’hommes « noirs » à des clans d’hommes ordinaires, c’est-à-dire blonds, et l’on rencontre toujours au fond des pays Scandinaves comme en Ecosse, terres « nordiques » s’il en est, de très anciennes populations de types plus ou moins foncés et non conformes au pedigree officiel.

En partant des critères matériels, on n’arrive à rien de solide. (N’y-a-t’il pas des blonds parmi les Berbères d’Afrique !) Plus importants que les traits du visage ou la dimension sous la toise, sont les traits de l’âme et les aptitudes générales du peuple. Le génie nordique (Stumm-spered ar Sterenn) a été reçu en héritage par certains peuples qui l’ont gardé, qui en ont fait leur substance spirituelle, qui ont modelé d’après lui leur existence, alors que d’autres peuples l’ont abandonné ou trahi. La langue bretonne permet cette précieuse distinction entre le type anatomique dit nordique (nordek), conception matérialiste, et l’âme nordique (sterennek) transmise biologiquement au sein des deux races celtique et germanique héritières du nordisme (Gouennou sterennek)  (6).

En Bretagne, les premiers habitants connus de l’Armorique étaient des Celtes apparentés aux Belges, sinon Belges eux-mêmes, c’est-à-dire des hommes de type nordique. Ils avaient sans doute trouvé sur place une population préhistorique d’un type différent, qu’on baptise hâtivement « alpin », quoique des auteurs autorisés comme H. Wirth, la désigne comme une race particulière, les « Tuata », claire d’yeux, blanche de peau et par conséquent distincte des vrais Alpins dont elle se serait rapprochée seulement par la petite taille et la brachycéphalie. Quoiqu’il en soit, au moment de la conquête romaine, l’unité de la population armoricaine était chose faite sous le signe du celtisme, et grâce à la suprématie de l’élément celtique nordique. La romanisation, très superficielle, n’avait apporté aucun changement démographique appréciable au moment des raids germaniques du bas-empire qui désolèrent l’Armorique, raréfièrent sa population, mais en tout cas ne purent avoir de mauvais résultats du point de vue anthropologique strict. Reste à déterminer quel pouvait être le type des Bretons insulaires qui du Ve au VIIe siècle vinrent en masse repeupler l’Armorique, lui donner sa langue et sa conscience nationale. Pour le savoir, il suffit de jeter un regard sur les populations Galloises, Irlandaises et Celtes anglicisées de l’Ouest qui fournirent les émigrants. Celles-ci appartiennent en majorité au type nordique cher au Comte de Gobineau avec des caractéristiques propres aux Celtes insulaires, comme le dessin plus expressif du visage. Il résulte de ces faits, sujets évidemment à des variations d’interprétation, mais qui cependant sont dans l’ensemble, admis par les érudits, que le peuple breton moderne, qui depuis le VIIIe siècle n’a subi aucune infusion appréciable de sang étranger (7), est en majorité d’origine authentiquement nordique (nordek). Il est de toute manière incontestable que c’est à l’élément de dominante anthropologique nordique, que notre peuple doit sa physionomie et son caractère national.

Mais il s’est passé en Bretagne un phénomène particulier, sur lequel la science a fait la lumière et qui doit être l’un des principaux sujets de l’étude du racisme breton. Le type physique nordique ne s’est pas maintenu dans sa forme originelle. L’ossature s’est modifiée, la taille a fortement diminué, le crâne s’est arrondi, les cheveux ont pris une teinte plus foncée. Si bien, qu’au premier abord, surtout si l’on vient des pays du Nord, les Bretons font en général l’effet d’appartenir à un autre type. Il s’est passé pour les hommes la même chose que pour les animaux, dont toutes les espèces en Bretagne acquièrent une petite taille. De même que sous l’effet de la nourriture, du climat et des agents physico-chimiques de toutes sortes, le cheval percheron perd chez nous sa taille et son poids en deux générations, les Nordiques sur notre sol granitique pauvre en calcaire, ont perdu leur stature et se sont adaptés au milieu physique. Les yeux, la peau, moins sensibles aux changements rapides, sont restés en revanche le plus souvent clairs. Sur la côte, où les engrais marins apportent au sol l’élément calcique manquant, la taille est plus élevée et le type plus clair que dans l’Argoat. Au marché de Landerneau, par exemple, il est instructif de comparer les gens du plateau maritime venus du nord et de l’est du Léon, avec ceux qui descendent de la montagne d’Arrez qu’on reconnaît très bien grâce aux coiffes des femmes. Les traits de physionomie sont les mêmes et accusent l’unité de la race, mais les premiers sont d’une taille bien plus élevée que les seconds (8).

Pourtant, le type Breton originel, selon une loi connue, réapparaît chez les enfants qui montrent les signes évidents du celtisme ancien : yeux gris, bleus ou verts, cheveux blonds-paille, taches de rousseur indiquant l’acclimatation plus ou moins heureuse d’une peau blanche aux effets du climat.

Ainsi, quoique les Bretons de grande taille soient assez rares, est-il tout à fait erroné de nous compter comme une race brune. La plupart des Bretons ne sont noirs ni d’yeux, ni de cheveux, ce sont d’anciens blonds, dont ils conservent les yeux et le teint. Le type nordique d’autrefois est devenu sur notre sol le type nordique breton (Stumm-korf nordek Breiz), différent du type Scandinave, mais aussi caractérisé et d’une origine aussi noble.

C’est ce phénomène d’adaptation au milieu géographique qu’après Gobineau, le savant allemand Gunther, appelle « dénordisation ». Encore une fois, attention au mot ! S’il est fait allusion au type, nous avons déjà de la peine à l’admettre, mais s’il est fait allusion au sang (Gwad) et à la « nordicité » (Sterennegez) nous ne sommes pas du tout d’accord (9). En ce qui nous concerne, le génie celtique s’est transmis biologiquement, mais il existe des peuples étrangers par l’origine à la super-race nordique (pennouenn sterennek), donc ni celtes ni germains, qui ont été englobés dans le cercle du nordisme et au cours des siècles, sous diverses influences puissantes, sont devenus des vrais Nordiques (Sterenniz), quoiqu’ils continuent à parler des langues non-nordiques. Les Finlandais, qui parlent finnois, sont des Nordiques bien plus remarquables que les Anglais dévoyés par l’esprit du business, la culture latine et l’engouement hébraïque, en dépit du fait qu’ils sont « nordek », parlant une langue germanique.

Pour juger du « Sterennisme » d’un peuple, nous ne demandons pas uniquement l’avis du décimètre : il y a des Turcs blonds, qui sont turcs et non point Galates. Nous nous adressons à ces traits de physionomie dont les observateurs manquant précisément du sens de la race ne tiennent jamais compte, parce qu’ils sont incapables de les apprécier : le regard et le mouvement des paupières, le port de la tête, les mouvements du visage pendant le discours, les gestes, la démarche, les réflexes, en un mot le type physique vivant, la race vivante dans l’homme. Nous pensons que c’est une erreur de considérer l’homme en vie de la même manière qu’un squelette prélevé dans une tombe, et par corollaire de s’en remettre exclusivement à la méthode scientifique pour trancher en matière ethnologique.

Quand il est question de « Gouenn » c’est-à-dire d’unité anthropologique par le sang plus que par le type physique, ce qui est le cas des « Sterenniz » considérés, en bloc, et des Bretons en particulier, nous dénions même jusqu’à nouvel ordre toute compétence aux ethnologues pour reconnaître les caractéristiques « gouenniques » où le physique et le moral ne font qu’un. II ne faut pas être ethnologue, mais « gouennelour » pour comprendre que deux Bretons, l’un petit et blond, l’autre grand et brun, l’un dolicocéphale, l’autre médiocéphale ou brachycéphale peuvent au même titre et pour des raisons analogues faire partie de la race (Gouenn) bretonne (10).

On pourra maintenant apprécier nos raisons de dénier que dans l’ensemble nos compatriotes soient le « contraire de Nordiques » et des « Alpins » : tous les hommes de petite taille et de tête peu allongée ne sont pas forcément des Alpins. Il y a sans doute chez nous, surtout dans certaines régions, — la chanson populaire moque les petits hommes bruns de Cornouaille, — des restes de types très anciens se rattachant à l’époque préhistorique. Il n’est pas impossible qu’on n’y trouve pas encore sporadiquement des traces mongoloïdes. Mais on ne peut pas nier que le peuple breton ait été façonné par des Nordiques et que les descendants des Nordiques (Nordeien) y restent la note la plus caractérisée. D’ailleurs, les Bretons sont de mieux en mieux connus des ethnologues. Les cartes les plus récentes que nous avons eues sous les yeux mettent la Bretagne en très bonne place sous le rapport de la couleur des yeux et de la peau; elles classent même la plus grande partie de notre pays, versant nord et Vannetais, dans l’appartenance nordique (nordek). Il faudra donc abandonner l’idée sacrilège de la Bretagne « alpine », vieille astuce de guerre qui permettait aux géographes de l’Université française de nous confondre avec les Auvergnats, au-sein de la race « celtique » de leur invention.

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