L’épopée arthurienne chapitre 7 : « Ombre à l’Est »
Posted by La Rédaction on 11th juin 2016
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BREIZATAO – ISTOR BREIZH (13/04/2012) Voici le septième chapitre de l’épopée arthurienne publiée sur BREIZ ATAO (Voir les chapitre 1, 2, 3, 4, 5, 6).

OMBRE À L’EST

En 465, Hengist et ses Saxons rompe leur isolement, maintenus jusqu’à lors sur l’Île de Thanet. Rapidement, ils s’emparent de la plus grande part du Kent actuel. La population bretonne ayant fui ou disparu durant la terreur saxonne et l’occupation, les pillards germaniques s’infiltrant dans la région depuis des années. À présent, Hengist reprend formellement possession des territoires qui lui furent accordés jadis par Vortigern.

Nous ne savons pas comment Ambrosius Aurelianus, chef des Bretons, répondit. Le Kent actuel était alors une zone troublée. Les Saxons progressaient le long de la côte orientale de la Bretagne. Du Kent jusqu’aux bouches du Humber, actuel Yorkshire (nord-est), les incursions saxonnes sont une menace constante.

Pour les surveiller, Ambrosius Aurelianus établit des garnisons dans des villes et forts stratégies, le long de la frontière britto-saxonne. Ces positions s’étendent au centre de l’île, le long d’une ligne nord-sud : la portion orientale de l’île était alors décrite comme « les Terres Perdues de Logres ».

Ces garnisons étaient composées de soldats professionnels, appelés par la tribu locale, les « Ambrosiaci ». Il a été dit que les locations des campements fortifiés d’Ambrosius pouvaient être retracés grâce aux noms de lieux commençant par le préfix « Amb ». Des exemples tel Amberly, dans le Sussex actuel, était ainsi situé pour surveiller tout à la fois les Saxons du Kent et la nouvelle colonie saxonne du Sussex. Ambrosden, dans l’Oxfordshire, était parfaitement situé pour surveiller l’Avenue Akeman, une voie romaine stratégique d’est en ouest au nord de la Tamise.

C’est durant cette période que beaucoup des collines fortifiées de l’âge de fer précédant la période britto-romaine, furent réutilisés. Les villes précédemment situées sur des terres basses se déplaçaient à présent sur ces positions plus aisément défendables. Celles-ci servaient à la fois de refuge pour le peuple des campagnes en temps de raid et d’invasion, et de résidence pour les seigneurs de guerre et leur soldatesque.

En tant que « Riothamus » et Comte de Bretagne de fait (Comes Britanniae),Ambrosius lui-même devait voyager fréquemment entre les capitales tribales des différents petits royaumes celto-bretons émergeants, ainsi que de nombreux postes militaires en garnisons. Ceci lorsqu’il n’était pas sur le terrain, repoussant les raids pictes, scotts et saxons. Lorsqu’il était au repos, il devait très probablement se rendre au sud, à Amesbury, comme déjà abordé. Le camp de Vespasien, sur l’Avon, était une très solide colline fortifiée, capable d’accueillir mille hommes de garnison. Ceci constituant le bastion naturel d’Ambroise et de ses chevaliers.

C’était un temps de raids et de contre-raids, durant lequel Ambrosius s’effroçait de repousser les incursions saxonnes et de stabiliser une situation allant en se détériorant. Il ne s’agissait pas d’une invasion massive et unique qu’il fallait repousser, mais de petits raids le long des frontières qui rendaient la vie impossible aux paysans pacifiques. C’était le début de l’inexorable avance de la colonisation saxonne, celle de familles saxonnes occupant un territoire de plus en plus déserté au cœur de la zone tampon entre les deux peuples, saxon et breton. Les Bretons répondaient par des raids et, quand cela était possible, brûlaient les colonies saxonnes. Mais il ressort des cimetières saxons et des pièces de monnaie retrouvées que la totalité de la Bretagne orientale avait été lentement perdue au profit de la colonisation saxonne.

De cette période, Gildas dit :

« Dès lors, la victoire alla de nos compatriotes à nos ennemis… Cela dura jusqu’à l’année du siège de la Colline de Badon, certainement la dernière défaites de l’envahisseur mais non la moindre. »

Clairement, la marée allait et reculait, mais dans l’ensemble, les Saxons prirent du terrain sans discontinuer durant les trente-cinq années suivantes.

Ruines de Durovernum Cantiacorum (Canterbury), 6ème siècle après Jésus-Christ

Des grandes villes romaines de Bretagne, la plupart étaient encore habitées, bien que de moins en moins. Nous ne savons pas combien de temps Londinium, l’ancienne capitale provinciale romaine, demeura entre les mains bretonnes. Mais certainement les colonies saxonnes progressant tout autour, sa chute était imminente. Durovernum Cantiacorum (Canterbury), capitale du Kent britto-romaine était presque certainement déserté par ses habitants, ayant fui à l’ouest ou sur le continent.

Les Saxons ne l’occupèrent pas, ni les cités romaines qi tombèrent en leur possession dans les années suivantes. Ces Saxons évitaient les centres urbains romains, les considérant comme hantés. Ainsi à Londinium, ils préfèrent bâtir leurs propres villages de boue et de bois autour de la ville, laissant la cité tomber en ruines.

LE RIOTHAMUS DES BRETONS EN GAULE

Il existe une tradition (d’abord collectée par Geoffroy de Monmouth dans son Historia Regum Brittaniae) d’un Roi Arthur traversant la Manche depuis l’île de Bretagne, faisant la guerre contre un fictif Empereur Lucius Tiberius. Cette part du mythe arthurien peut avoir ses racines dans des événements s’étant déroulés en Gaule, impliquant Ambrosius Aurelianus en tant que Riothamus des Bretons, en 470. Précisons ici que « Riothamus » est la latinisation du mot brittonnique « rigotamos » signifiant « roi suprême », entendu comme « roi des rois ».

Durant l’année 470, les Wisigoths, sous la direction agressive du roi Euric, étaient en train d’étendre leur pouvoir depuis leurs possessions dans la Gaule méridionale jusque dans les territoires romains situé au centre de cette province impériale. Le royaume wisigoth était la puissante entité en Gaule, luttant contre les Francs au nord-est pour la suprématie, et contre les derniers bastions impériaux au nord de la Loire. L’empereur Anthemius, désireux de contenir l’expansion wisigothe, expédia une délégation pour demander au « Riothamus », Ambrosius Aurelianus, de lui apporter son aide.

Dans son Origine et Actes des Goths, l’historien Jordanes déclare :

« À présent Euric, roi des Wisigoths, avec compris les fréquents changements d’empereurs romains et  s’efforçait en conséquence à placer la Gaule toute entière en son pouvoir. L’empereur Anthemius prit connaissance de ses projets et demanda l’aide des Bretons. Leur roi, le « riothamus », vint avec douze mille hommes en Gaule. »

Comme nous venons de le lire, Jordanes affirme que le Riothamus, Ambrosius Aurelianus, traversa la Manche pour la Gaule avec douze mille soldats bretons. Cependant, il ressort d’une lecture approfondie des sources que le « roi suprême » des Bretons était déjà en Gaule, détruisant une colonie de pirates saxons qui infestait alors la vallée de la Loire. Une telle présence saxonne menaçait la Petite Bretagne d’Armorique, une colonie bretonne sur le continent, mais aussi le commerce entre le sud de l’Île de Bretagne et la méditerranée encore romaine.

Détruisant les bases saxonnes, et repoussant les survivants hors de Gaule, le riothamus marchait vers le sud afin d’établir un lien avec les forces romaines venues le rejoindre. Ensemble, les forces conjointes pourraient être suffisantes pour détruire la menace wisigothe et peut-être récupérer les territoires romains perdus du sud de la Gaule et d’Espagne.

Comme c’était si souvent le cas durant l’empire romain tardif, une intrigue politique mina les tentatives de restauration de l’Empire.

L’empereur Anthemius avait été un brillant général romain d’orient. Il avait été placé sur le trîne occidental par l’empereur oriental, Léon Premier. À présent, un ressentiment au sein du corps des officiers occidentaux quant à cette intrusion de l’empire oriental émergeait, prenant la forme d’une trahison.

Aryandus, le Préfet du Prétoire de l’Empereur en Gaule, disposant à ce titre de toute autorité civile et militaire pour les provinces de Bretagne, Gaule Transalpine, Espagne et Afrique du Nord, trahit son maître en révélant les plans de guerre à l’ennemi. Le Préfet envoya une lettre au roi Euric des Wisigoths, l’avertissant de l’imminence de l’attaque, et lui conseillant d’attaquer le Riothamus des Bretons, Ambrosius Aurelianus, et son armée avant que les forces romaines ne puissent la rejoindre.

Euric marcha à la rencontre du Roi Suprême des Bretons et de l’armée bretonne. L’affrontement eut lieu près d’Avaricum, actuelle Bourges.

Affrontements entre Britto-Romains et Goths, lors de la campagne gauloise d’Ambrosius Aurelianus

Euric, roi des Wisigoths, vint à leur rencontre avec une armée massive, et après un long combat, repoussa le Roi des Bretons, avant que les Romains ne puissent le rejoindre. Ayant perdu une grande part de son armée, il s’enfuit avec les hommes qu’il peut rassembler et demande asile chez les Burgondes, une tribu germanique alliée de Rome.

Dans le récit de Jordanes, le Riothamus breton est vu pour la dernière fois dans les environs d’une ville burgonde portant le nom intriguant d’Avallon ! C’est sur une monnaie du peuple eduen qu’apparaît pour la première fois le nom de ce village celte occupé par Rome puis les Germains. La table de Peutinger, une copie d’un atlas officiel romain des principales villes de l’Empire, indique quant à lui le nom de Aballo.  Cependant des recherches plus récentes montrent qu’aballo- signifie plus précisément « pommier », le simple abalo- (un seul L) signifiant « pomme » (cf. gallois affal, breton avallen « pommier » ; gallois afal, breton aval « pomme »). La terminaison toponymique -o /-one, d’où Avallon, est un suffixe collectif localisant et Avallon se comprend donc comme « la pommeraie » ou « le verger ».

Cet élément n’est pas sans faire converger la mythologie celtique, dans laquelle le pommier est l’arbre de l’immortalité en lien avec l’Autre-Monde, celui des dieux, et le récit arthurien voulant que le roi Arthur légendaire ait été emporté sur l’île d’Avalon, tout passage dans l’autre monde se faisant par une traversée de l’élément liquide chez les Celtes. Avallon, cité celtique antique, est-elle l’endroit où le Roi légendaire ait allé se soigner, attestant par là-même son identification en la personne du « Roi Suprême » des Bretons – « Riothamus » – le Comes Brittaniae, le « Comte de Bretagne », gouverneur militaire impérial auto-proclamé souverain de l’île : Ambrosius Aurelianus ?

Ici nous avons plusieurs éléments de la légende arthurienne s’ajoutant à l’histoire contemporaine s’appuyant sur des sources documentaires : un chef breton traverse la Manche pour rejoindre la Gaule. Là, il est trahi par un allié, Arvandus (dans ce cas, l’archétype légendaire du traître incarné par Mordred). Vaincu, le Roi Suprême des Bretons bat en retraite pour soigner ses blessures et celles de ses hommes en un lieu appelé Avallon. Bien sûr, selon la légende il est emmené sur l’Île d’Avalon pour y soigner ses blessures après la désastreuse bataille finale de Camlann contre son neveu, Mordred.

Les échos de la bataille du riothamus breton en Gaule, et sa retraite consécutive à Avallon, ont-ils pu influencer les chroniqueurs futur des temps sombres comme Geoffroy de Monmouth, confondant les actions du Riothamus breton avec celles d’Arthur ?

AELLA ET SES SAXONS DU SUD

Le Riothamus (« Roi Suprême des Bretons ») Ambrosius Aurelianus retourna en Bretagne après sa défaite en Gaule. Cette tentative ne fut pas sans coût.
En 473, soit deux ans après le retour d’Ambrosius Aurelianus, Hengest et Æsc combattaient contre les Gallois et menaient un nombre incalculable de pillages, poussant les Gallois à fuir les Angles comme le feu.

Cette bataille est non-chroniquée. Nous ne savons pas si Ambrosius s’investit personnellement ou non. Il n’est pas infondé d’affirmer que les pertes en Gaule affaiblirent les forces bretonnes d’Ambrosius, particulièrement sa cavalerie d’élite, ses chevaliers.

Certainement, cette défaite reflète les pertes de terrain subies par les Bretons. C’est la dernière fois qu’est mentionné le nom de Hengist.

Le vieux Jute meurt peu après. Pendant deux décennies, depuis la grande mutinerie saxonne, il a été à l’origine des succès de son peuple en Bretagne. Il laisse à son fils Æsc, qui a longtemps été son compagnon de commandement, un royaume sûr dans le Kent.

Pour Ambrosius et les Bretons, les Saxons du Kent vont bientôt devenir une menace secondaire. Une menace plus mortelle encore, proche des terres d’Ambrosius, occuperont les dernières décennies de sa vie.

La Chronique Anglo-Saxonne affirme qu’en 477 un nouveau seigneur de guerre saxon, appelé Ælle, débarqua dans le sud-est de la Bretagne :

« Ælle et ses trois fils, Cymen, Wlencing et Cissa, vinrent en Bretagne à bord de trois navires à l’endroit appelé « le rivage de Cymen », et là tuèrent beaucoup de Gallois et poussèrent d’autres à fuir dans la foreêt appelée Andre’sley. »

L’endroit où se situe le « Rivage de Cymen » se trouve sur la côte du Kent, près de l’actuel Pevensey, et la forêt « d’Andredsley » est la presque impénétrable forêt d’Anderida. Dans la Bretagne romaine, il s’agissait d’une forêt très dense, qui coupait la plaine côtière du reste de la Bretage. Elle était bordée le long de la côte par la forteresse saxonne d’Anderitum / Anderida (Pevensey).

La forteresse britto-romaine d’Anderitum où la garnison bretonne fut massacrée (côte du Sussex)

À présent, en 477, cette nouvelle vague saxonne arrive pour chasser les Bretons de la région d’Anderita plus profondément dans la forêt, et prendre ainsi pied sur une bande côtière. Pour les quatorze années suivantes, Ælle et ses « saxons du sud » firent la guerre aux Bretons, étendant leurs possessions dans le sud.

D’où vinrent Ælle et son groupe ? Nul le sait. Peut-être étaient-ils les restes des pirates saxons déplacés par la campagne du riothamus des Bretons le long de la vallée de la Loire en 470. Très certainement, les trois premiers équipages furent renforcés régulièrement par les années suivantes par de nouvelles vagues d’aventuriers, recherchant pillages et embauche auprès d’un groupe de guerriers mené par un seigneur de guerre victorieux. Comme les Francs consolidant leur contrôle dans le nord de la Gaule, de l’autre côté de la Manche,  celle-ci devint moins attrayante pour les pilleurs saxons que la Bretagne, et ainsi les forces Ælle croissèrent en nombre.

En 485, v combat les Bretons – certainement commandés par Ambrosius – à la Bataille de Mercredesburne. Le site comme l’issue de l’affrontement sont inconnus.

Il est cependant très probable que ce fut une victoire pour les Saxons, et permit de repousser les Bretons hors des régions forestières autour de la forteresse d’Anderita. À présent le chemin était pavé pour attaquer la dernière forteresse bretonne du sud-est, Anderitum.

Cette forteresse côtière était localisé près d’un point d’appui très puissant, construit sur ce qui était alors une péninsule s’élevant sur les marches maritimes. Durant les derniers jours de l’occupation romaine, elle accueillit la VIème Légion, et ses unités auxiliaires. Pendant vingt ans, elle tint tête aux Saxons du Kent, sous la direction de Hengist et de son successeur, Æsc.

En 491, Ælle et ses Saxons du Sud assiégèrent et finalement s’emparèrent de la forteresse romaine. L’endroit était empli de soldats et de leurs familles, descendant de la dernière garnison romain ainsi que de réfugiés des territoires environnants. La Chronique Anglo-Saxonne affirme que les « Saxons tuèrent tous ceux qui vivaient là, il n’y eut pas un seul Breton épargné ».

Le massacre d’Anderitum faisait d’Ælle le suprême chef des Saxons dans la Bretagne sud orientale. De cette zone, il établit son nouveau royaume, le « Sussex », c’est-à-dire la « Saxe du Sud ». Bentôt il éclipse tous les autres chefs saxons en Bretagne, y compris Æsc, le fils de Hengist, et se proclama roi suprême des Saxons en Bretagne : la « Bretwalda » ! Il était, en fait, le premier roi saxon à se proclamer comme tel. Aucun autre ne revendiquerait ce titre avant le septième siècle.

Quoiqu’il en soit, l’étoile saxonne semblait ascendante, la marée allait bien refluer.Un enfant était en train de grandir qui était depuis longtemps attendu comme sauveur des Bretons, et deviendrait le pire ennemi des Saxons !

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