L’épopée arthurienne (chapitre 8) : Seuls, les Bretons font face
Posted by La Rédaction on 9th juillet 2016
| 590 views

banner

BREIZATAO – ISTOR (12/09/2013) Voici la huitième partie de notre série sur les Temps Arthuriens et leur description historique.

Seuls, les Bretons font face

Le dernier quart du 5ème siècle fut une période particulièrement sombre pour ceux qui regardaient vers Rome et le modèle de civilisation classique qu’elle représentait.

En 476, Romulus Augustulus, l’empereur romain d’Occident alors adolescent, fut contraint d’abdiquer par Odoacre, chef des barbares fédérés à Rome en tant que mercenaires en Italie. L’empereur n’était déjà plus depuis longtemps qu’une marionnette aux mains du Magister Militum, la « Maître des Soldats », une charge occupée tout au long du 5ème siècle par des officiers barbares romanisés se succédant les uns aux autres.

Romulus fut placé sur le trône impérial par son père, Orestes, un chef de guerre germain romanisé. Odoacre tua Orestes et s’empara de l’Empire dont la capitale était alors à Ravennes.

L’empereur, encore enfant, fut épargné, Odoacre lui accordant une propriété en Campanie avec une rente à vie. Romulus fut le dernier à détenir le titre « d’Empereur Romain d’Occident ». Odoacre régna ensuite sur l’Italie en tant que « Roi », comme vassal de l’Empire d’Orient.

Romulus Augustulus, dernier empereur romain d’Occident

Peu en Occident le remarquèrent, plus nombreux encore ceux qui n’en avaient cure. A cette époque, les provinces qui formaient la moitié occidentale de l’Empire Romain étaient déjà depuis un moment sous la domination de diverses puissances barbares. La Gaule était divisée entre les Francs au nord, les Burgondes à l’est, les Wisigoths au sud, avec un état romain toujours plus fragilisé au centre – alors dirigé par Syagrius, un noble romano-gaulois portant le titre de Magister Militum per Gallias. Sans parler de l’Armorique sous domination bretonne. L’Espagne était divisée entre les Wisigoths qui régnaient sur l’Aquitaine et les Suèves, un peuple germanique. L’Afrique du Nord, jadis grenier à blé de la partie occidentale de l’empire, était maintenant un royaume vandale pratiquant la piraterie dont la capitale se situait dans l’antique berceau de Carthage.

 De toutes les provinces romaines, seule la Bretagne continua à se battre et à résister à l’occupation germanique.

Les royaumes germaniques au 5ème siècle, après la chute de Rome

Plusieurs raisons expliquent pourquoi seule cette province maintint son indépendance et son identité.

La première raison est géographique : en tant qu’île, la Bretagne n’était pas aussi exposée aux invasions des tribus germaniques telles qu’elles eurent lieu dans le reste de l’empire. Seuls les Pictes au nord étaient en position de s’emparer de l’île et submerger la civilisation britto-romaine. Le fait que cela n’arriva pas s’explique par une deuxième raison : la direction politique bretonne.

Depuis la première décennies du 5ème siècle, lorsque Rome abandonna les Bretons à leur sort, de puissants chefs émergèrent pour maintenir une unité fragile au sein des Celtes britto-romains, comme de repousser les raids et invasions. Le premier d’entre eux a pu être Coel Hen –  le Vieux Roi Cole – peut-être dernier des Dux Britanniarum officiels – chef des forces armées romaines stationnées dans le nord breton. Puis Vortigern, roi du Powys dans le Pays de Galles et « Grand Roi de Bretagne », qui parvint à rallier les forces insulaires et à coordonner une défense commune pour la plus grande part de la première moitié du 5ème siècle. La main mise de Vortigern sur l’Est breton s’éroda sous la pression saxonne bien que ceux-ci furent invités comme mercenaires par ce dernier. Mais Vortigern fut suivi par Ambrosius Aurelianus, qui a pu porter le titre de « Riothamus » ou « Roi Suprême » au sein des petits royaumes de l’île de Bretagne. Ambrosius lutta avec plus ou moins de succès pour contenir les Saxons dans la partie orientale de l’île.

L’avantage de la Cavalerie

Un troisième facteur, et peut-être le plus important dans le succès de la défense bretonne contre la marée germanique, fut la cavalerie.

La plupart des tribus germaniques avaient leurs propres traditions dans ce domaine. Alors que la plus grande part des guerriers se battaient à pied, les nobles germains et leurs suivants servaient à cheval. Certains peuples, comme les Ostrogoths et les Vandales, devinrent essentiellement des guerriers montés dès lors que les circonstances et un accès abondant en montures le permirent.

Mais pas les Angles et les Saxons.

Ces Germains du nord et ces Scandinaves étaient des pirates qui préféraient se battre à pied. Durant la bataille, ils formaient une solide et compacte masse d’infanterie, tantôt en défense avec le « mur de boucliers » ou, en attaque, la formation en « tête de sanglier ». Même si les nobles pouvaient chevaucher pour rejoindre les champs de bataille, ils quittaient leurs montures pour se battre. Contre la cavalerie, les Saxons étaient désavantagés. Sans aucune tradition de combat à cheval, ils ne possédaient d’aucune tactique pour affronter des cavaliers.

Il a été suggéré par de nombreux historiens que les Saxons étaient effrayés par la cavalerie. Si cela peut-être vrai dans une certaine mesure, cela ne s’explique pas culturellement. Comme il a été dit, les chefs scandinaves et leurs suites chevauchaient pour aller se battre. Mais les chevaux scandinaves étaient petits et peu adaptés au combat. C’est essentiellement pour cette raison que les Angles et les Saxons n’avaient pas de tradition en cavalerie et étaient donc vulnérables contre des formations montées.

A l’opposé, depuis le 3ème siècle, l’importance de la cavalerie au sein de l’armée romaine augmenta progressivement. L’empereur Gallienus, dans les années 260, créa une unité mobile de cavalerie stationnée à Milan, dans le nord de l’Italie, comme force de réaction rapide capable de répondre aux incursions barbares partout le long du Rhin et du Danube. Cette unité fut le prototype des « armées de champ mobiles » – les comitatensis – de l’empire tardif. Durant l’occupation romain, le Comte de Bretagne – Comes Britanniae – étant l’officier en charge de cette unité qui incluait jusqu’à 1800 cavaliers.

L’empereur Gallienus

Quand cette force fut retiré de l’île en 407 pour appuyer le coup d’état de Constantin III, les autres unités de cavalerie furent laissées à la disposition des chefs bretons pour la défense de l’île et c’est vraisemblablement à elles que la Bretagne dut son salut.

Au premier siècle après Jésus-Christ, les nomades sarmates établirent leur domination sur la steppe d’Ukraine. A la fin du 2ème siècle, ces excellents cavaliers avaient migré dans la région du Danube central, entrant en conflit avec l’Empire Romain. Après les avoir vaincu militairement, l’Empereur Hadrien installa 5 000 de leurs meilleurs cavaliers en Bretagne, comme réserve, apportant leur soutien aux garnisons le long du Mur d’Hadrien au nord, face aux Pictes. On ignore s’ils amenèrent avec eux leurs familles, chose courante à l’époque, ou épousèrent des femmes bretonnes. Dans les deux cas, ils continuèrent à exister en tant qu’élément de la population britonnique durant les deux siècles suivant. Les unités sarmates sont décrites comme activement engagées le long du Mur auprès de la garnison jusqu’à la fin de l’époque romaine en Bretagne.

Il y avait aussi des unités de cavalerie lourde stationnées sur le Mur et quittèrent cette région après le départ romain. Nombre de ces hommes étaient des cavaliers lourds et au moins une unité était composée de »catafractarii » du nom de leur armure en écailles appelée « cataphractes ».

Cavaliers lourds sarmates ou « Cataphractes »

De plus, le royaume breton de Strathclyde au nord-ouest et le Gododdin à l’est maintinrent tout deux une tradition de combat à cheval et de vie semi-nomade qui coîncidait avec celle des colons sarmates.

Les autorités romaines avaient établi ces peuples amis comme tampon, comme la tribu celte des Votadini qui fut à la base du royaume de Gododdin ou et les Damnonii et les Selgovae qui ensemble fondèrent le royaume de Strathclyd. Une des raisons pour lesquelles les Pictes ne purent s’emparer la totalité de l’île de Bretagne lors des troubles succédant au retrait romain ou, plus tard, lorsque les Angles et Saxons ravagèrent le Sud du pays, est qu’entre leur royaume d’Alba et le sud britto-romain se tenait les puissants royaumes britto-sarmates.

Soldats romains du Bas-Empire

Quelque part à la fin du 4ème siècle ou au début du 5ème siècle, un large groupe de guerriers issu de la tribu des Votadinii, du royaume de Gododdin, ainsi que leurs familles, s’installèrent dans le nord du Pays de Galles. Dirigés par le fameux Cunedda, ceux-ci fondèrent le royaume du Gwynedd. Il est probable qu’au moins les nobles maintinrent la tradition de cavalerie de leur territoire du nord, fournissant aux dirigeants bretons un nouvel influx de troupes montées.

Les cavaliers bretons du nord n’étaient pas la seule source de cavaliers d’expérience capables de défendre la Bretagne. De l’autre côté de la Manche les Alains avaient été installés en Armorique par Flavius Aetius, Magister Militum d’Occident durant le règne de Valentinien III. Comme les Sarmates, ceux-ci étaient des nomades des steppes d’Eurasie. Bien qu’originellement liés à la branche des Massagetae d’Asie Centrale, ils sont souvent dépeints comme un peuple sarmate et leurs différences avec les Sarmates peuvent avoir été très ténues. Il est probable que les Alains s’allièrent avec les colons bretons s’installant en Armorique au milieu du 5ème siècle.

Un Cataphracte sarmate

L’Armorique était très probablement sous l’autorité du « Roi Suprême », c’est-à-dire Ambrosius Aurelianus. Geoffroy de Monmouth fait de l’Armorique le refuge d’Ambrosius lorsqu’il se cache de Vortigern dans les années 440 quand leur lutte pour le pouvoir fait rage. Les Alains ont pu servir dans son régiment personnel de protection – les Bucellarii – et purent entrer au service des chefs militaires bretons.

Maître des chevaux : l’émergence d’Arthur

Ambrosius Aurelianus prit la direction des Bretons à la fin des années 450. Durant les décennies suivantes, il mena une longue lutte contre les Saxons, les Pictes et les Scots (Gaëls d’Irlande). Le plus gros des troupes bretonnes étaient composé de garnisons et levées de troupes populaires organisées en unités d’infanterie, l’élite de l’armée étant la cavalerie. Seuls les cavaliers avaient la mobilité stratégique pour répondre rapidement aux incursions saxonnes.

Est-ce qu’Ambrosius répondait en personne à chaque alarme ? En tant que Riothamus de Bretagne – « Roi Suprême » – Ambrosius avait l’autorité sur les contingents de tous les petits royaumes de la Bretagne celtique. Mais les tâches du Riothamus incluait bien plus d’obligations que la seule direction des armées et toutes les incursions ne nécessitaient pas une réponse tous azimuts de la part des forces armées bretonnes.

Utilisant le modèle créé par les Romains, les Bretons créèrent une défense en profondeur établie en plusieurs lignes. Des forteresses avec garnisons le long des frontières saxonnes et pictes étaient capables de faire face à de petites incursions et pouvaient également donné l’alerte en cas de risque d’invasion majeure. Les petits rois locaux répondaient alors à de telles menaces au niveau régional, menant leur suite, recevant le cas échéant le soutien de milices urbaines et d’auxiliaires tribaux.

Quand une menace trop dangereuse pour le chef locale se matérialisait, mais pas au point de nécessiter une mobilisation générale des forces armées bretonnes, alors la cavalerie d’Ambrosius, en tant que force mobile, pouvait être expédiée en renfort. Empruntant l’une des nombreuses voies romaines liant les régions menacées les unes aux autres, les cavaliers d’Ambrosius pouvant se rendre sur n’importe quel point du territoire menacé en une semaine. Comme la cavalerie de Gallienus au 3ème siècle, l’arrivée d’un puissant renfort de cavalerie sous la direction de chefs d’expérience pouvait faire basculer le rapport de force en faveur des Bretons.

Au sein de l’armée de l’empire romain tardif, le commandant suprême des forces armées portait, comme on l’a dit, le titre de « Magister Militum ». Il était assisté d’un commandant en second portant le titre de « Magister Equitum » ou « Maître des Chevaux », c’est-à-dire commandant de la cavalerie.

Ambrosius, « dernier des Romains », devait être assisté d’un lieutenant de confiance, son « Magister Equitum ». A cet individu revenait la charge de commander la cavalerie en tant que force d’intervention rapide devant contenir les Barbares.

Est-ce que ce puissant lieutenant aurait pu être Arthur ?

Ce que nous savons d’Arthur c’est qu’il dirigea les Bretons une génération après Ambrosius. Ambrosius était encore en vie aux alentours de 500 après Jésus-Christ, bien qu’à cette date il soit devenu un dirigeant âgé quoique respecté. Il dut désigner quelqu’un pour prendre sa place des années auparavant, peut-être son commandant de cavalerie.

Geoffroy de Monmouth dans son « Histoire des Rois de Bretagne » présente Arthur comme le neveu d’Ambroise. Un tel lien familial aurait été logique. Peut-être le jeune neveu d’Ambrosius commença sa carrière à ses côtés au sein de sa garde rapprochée comme « comitatus ». De façon significative, le terme pour désigner de tels gardes du corps est en breton « Teulu », c’est-à-dire « famille ».

 

Suivez nous ici :
0

Comments

comments