Morvan Lez-Breizh : Le monarque portant le flambeau de la résistance nationale bretonne
Posted by La Rédaction on 3rd octobre 2016
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BREIZATAO – ISTOR (03/10/2016) BREIZ ATAO publie une série de synthèses biographiques sur les chefs de l’État Breton à travers l’histoire afin de rappeler les dimensions étatiques et nationales des réalisations du Peuple breton et les efforts constants pour garantir la liberté de la nation bretonne.

Morvan Lez Breizh : héros de l’indépendance nationale

Dès l’origine, les rapports entre les Francs et les Bretons sont marqués par la brutalité de l’entreprise de colonisation franque contre la nation bretonne, les rois mérovingiens puis les empereurs carolingiens échouant régulièrement à conquérir la péninsule bretonne. La révolte du roi breton Morvan, surnommé par la suite Lez Breizh – « Le Soutien de Breizh » – en 818, illustre cette résistance à l’oppression étrangère.

Après plusieurs guerres d’agression de type coloniale et l’instauration d’un système d’occupation dans l’Est de la Bretagne, l’empereur germanique Charlemagne avait réussi à contrôler en partie les Bretons ou, du moins, à leur faire payer un tribut. Dès la mort de Charlemagne, en 814, les Bretons entreprennent de se libérer de l’occupation franque que, quelques années plus tard, le nouvel empereur Louis Le Débonnaire tente de restaurer.

Il envoie donc une ambassade dans la péninsule bretonne. Hésitant à intervenir militairement, l’empereur décide d’envoyer d’abord une ambassade qu’il confie à un abbé franc, nommé Witcar. Ce dernier rejoint un des principaux chefs bretons, Morvan. Ernold nous a laissé une intéressante description de la demeure de Morvan : « Il est un lieu, bordé d’un côté par les forêts, de l’autre par un fleuve agréable ; un lieu défendu par des retranchements, des fossés, des marécages, souvent empli de guerriers de toute sorte. Au-dedans de cette enceinte s’élève une belle demeure enveloppée dans les replis du fleuve. »

Depuis le XIX ème siècle, les historiens se sont affrontés sur la localisation de cette forteresse. Arthur de la Borderie la situait en centre Bretagne, au lieu-dit Minez-Morvan, près de l’Ellé, entre Langonnet et Plouray.

Manœuvres perfides de l’ennemi franc

Arrivé auprès de Morvan, Witcar entreprend un long sermon pour le convaincre de faire soumission à l’empereur et de payer le tribut. Mais, l’homme de main de l’ennemi n’était pas au bout de ses peines. Il était en train de parler qu’entre dans la salle, la jeune et belle épouse du roi breton. Elle lui baise le genou, le cou, la barbe, le visage et les mains. Se blottissant contre son époux, elle lui glisse quelques mots à l’oreille, tout en ne cachant pas son hostilité à l’égard du Franc perfide. Inquiète de cette influence féminine, l’abbé demanda une réponse immédiate du chef breton sur la question du tribut. Mais Morvan le prie d’attendre le lendemain. Witcar attribuera une bonne avait part de l’échec de sa mission au rôle de la femme de Morvan. Même déformé, cet épisode laisse à penser que les femmes avaient une place importante dans la société bretonne du haut Moyen Âge.

Selon Ernold le noir, le chef breton passa la nuit en libations puis avec sa femme. Et lorsque l’ambassadeur franc se présenta de bonne heure, il fit cette fière réponse : « Va promptement trouver ton maître, et répète-lui ses paroles. Je n’habite point sa terre, je ne veux point subir sa loi. Qu’il règne sur les Francs, soit. Mais Morvan a le droit de régner sur les Bretons sans payer de tribut. Si les Francs nous font la guerre, la guerre nous leur rendrons ; nous avons des bras, nous saurons nous en servir. » À Witcar qui le menaçait, Morvan ajouta : « J’ai mille chars remplis de javelots pour recevoir les Francs ; s’ils ont des boucliers blancs, nous en avons des noirs. Vienne la guerre, je ne la crains pas. ».

Guerre d’agression et de colonisation contre la nation bretonne

En réaction, Louis Le Débonnaire lance une première guerre d’agression contre le peuple breton. Morvan avait semble-t-il réunit les principaux chefs bretons sous son autorité pour une année. Mais après leur victoire, ces derniers auraient décidé de s’en retourner chez eux.

Suite à cet échec, l’empereur des Francs engage une nouvelle entreprise de pillage, de meurtres et de destruction contre les Bretons avec une masse considérable de soudards recrutés, selon Ernold, en Allemagne. L’armée se dirige vers la péninsule bretonne, faisant halte à Paris, Orléans, Tours et Angers.

L’armée barbare s’engage en Bretagne et pille impitoyablement le pays. « On se livre à la recherche des vivres cachés par les Bretons dans les bois, dans les marais, dans des fosses creusées sous terre. On enlève les hommes que l’on rencontre, on enlève les troupeaux et les bœufs », écrit Ernold. Les Bretons ne ripostent pas frontalement, mais semblent développer une guerre de guérilla. « Embusqués dans les sentiers étroits, ils poursuivent contre les nôtres une guerre déloyale, ou, s’enfermant dans leurs demeures fortifiées ils ne rendent aucun combat », ajoute Ernold. Harcelée, l’armée franque parvient cependant jusqu’à la forteresse de Morvan.

Celui-ci se garde d’abord de sortir, puis se décide à faire une reconnaissance. Apercevant ses ennemis pillant et brûlant les campagnes environnantes, Morvan décide d’attaquer un convoi isolé, commandé par un chef franc nommé Cosel. Morvan suit la tactique bretonne de l’époque : une attaque frontale, puis une fuite simulée débouchant sur un retour soudain visant à écraser les ennemis désorganisés. Dans un premier temps, les Bretons infligent des pertes importantes aux Francs.

Le martyr de Morvan, jalon de la libération nationale

C’est alors que Cosel s’avance en première ligne. Morvan lui lance un javelot, mais Cosel l’évite et fonce sur Morvan qu’il blesse mortellement. Cosel l’achève en lui tranchant la tête. Mais, se faisant, il se découvre et un des fidèles de Morvan en profite pour le tuer. Voyant cela, l’écuyer de Cosel fonce sur le Breton et tous deux s’entretuent.

Les Francs ramènent la tête dans leur camp et l’exhibent, ajoutant le déshonneur au crime. Louis Le Débonnaire profita de son occupation de la Bretagne pour détruire les institutions monastiques fidèle à la règle celtique : c’est la marque d’une insoutenable colonisation.

La défaite de Morvan ne découragea pas les Bretons. Quatre ans plus tard, un chef du nord de la péninsule, Wyomarc’h, prenait la relève de la lutte de libération bretonne contre l’envahisseur franc. Une marche progressive vers la libération d Breizh et l’édification d’un puissant état souverain celtique, comme nous le verrons dans les prochains articles sur l’action des monarques bretons.

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