Marine Le Pen s’engage à détruire politiquement la Bretagne
Posted by La Rédaction on 4th janvier 2017
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BREIZATAO – ETREBROADEL (04/01/2017) Avec une guerre civile s’annonçant à l’horizon entre Marion Maréchal-Le Pen et Florian Philippot (voir ici) et une popularité limitée à son seul électorat potentiel – aux alentours de 30% (voir ici) -, on aurait pu croire que Marine Le Pen s’épargnerait des confrontations susceptibles d’affaiblir considérablement son parti.

Réaction jacobine

Il semble pourtant que la culture de « citadelle assiégée » d’un parti qui ne parvient pas à se faire d’alliés (voir ici) alimente les penchants les plus doctrinaires de certains cadres frontistes, suffisamment du moins pour décréter, en début de campagne présidentielle, une guerre aux régions.

Intervenant sur BFMTV, la présidente du FN a annoncé sa volonté d’abolir les régions et leurs assemblées (voir ici), échelon politique le plus démocratique de tous puisque le seul fonctionnant sur la base du suffrage proportionnel.

Cette escalade ultra-jacobine a été confirmée par Gilles Pennelle, par ailleurs chef du groupe des élus FN de l’assemblée de Bretagne administrative, sur sa page Facebook (source) :

La volonté de suppression de la Région en tant qu’entité administrative ne doit pas être interprétée comme la disparition de la Bretagne, des Pays de la Loire ou de la Normandie en tant que Régions historiques mais bien en tant qu’échelon administratif dans un souci d’économies financières, de promotion de la démocratie locale et de cohérence d’action dans les politiques publiques. La Bretagne n’a pas attendu la création du Conseil Régional en tant que collectivité locale en 1986 pour exister. Elle est le fruit d’une histoire, de traditions, d’une culture et d’une identité que seul le Front National défend.

Nous rappellerons ici que la Bretagne n’a en effet pas attendu les anecdotiques réformes administratives du gouvernement français pour exister : elle était un état souverain jusqu’à ce qu’elle soit annexée par la force en 1532 et une nation associée et autonome jusqu’en 1790. Tout ceci ne s’est jamais passé sans de coûteuses et sanglantes campagnes militaires.

Ce n’est que par des coups de force visant à sa destruction complète que Paris a soumis la nation bretonne. Une soumission précaire.

Nul ne sait exactement ce qu’est la région historique des « Pays de la Loire » dont parle Gilles Pennelle, une entité artificielle érigée par les gaullistes au 20ème siècle qui n’a jamais eu de substance.

La vision folklorique de la Bretagne que défend Gilles Pennelle repose sur l’accroissement effectif de sa destruction politique, c’est-à-dire l’abolition des faibles moyens d’existence de son peuple. Ceci tout en prétendant la fortifier « culturellement ». Une position hypocrite, radicalement inverse de celle défendue par le Front National qui prétend, a contrario, renforcé la souveraineté de l’Hexagone.

Détruire politiquement la Bretagne est donc, pour Gilles Pennelle, un prérequis pour le FN. Cela va mieux en le disant.

Gilles Pennelle ajoute ensuite :

La suppression de l’échelon régional correspond à une volonté de réhabilitation du département et de ses compétences historiques, ainsi que d’une rationalisation de la répartition des compétences. A titre d’exemple, il est farfelu d’imaginer que les lycées soient de la compétence régionale alors que les collèges sont de la compétence départementale. Ce sidérant partage n’est source que de gabegie et de gaspillages que seule Marine Le Pen aura le courage de faire cesser. L’échelon territorial de référence doit rester le département. Il a prouvé son efficacité depuis plus de 200 ans. En aucun cas, cela n’empêchera une réflexion à l’échelle régionale par la création d’un organe de représentants des différents conseils départementaux.

Et conclut :

Baisse du nombre d’élus, de fonctionnaires territoriaux, simplification administrative et économies sont les recettes pour remettre la France en ordre.

Nul ne sait pourquoi plus de 100 entités départementales seraient a priori moins coûteuses que les 13 entités actuelles. Ni en quoi des découpages administratifs réalisés à l’ère du déplacement à cheval seraient pertinents à l’ère de l’internet et du vol low-cost.

D’autant plus que le budget de l’assemblée de Bretagne est dix fois inférieur à celui de celle de l’assemblée du Pays de Galles.

Quant à la « baisse du nombre d’élus », la suppression de 13 assemblées régionales au lieu de plus d’une centaine départementales témoignerait plutôt d’une volonté de protection des bataillons d’apparatchiks locaux.

L’argument fallacieux de la défense de la « démocratie locale » confine à insulter l’intelligence des Bretons : quand il s’agit de renforcer le pouvoir exorbitant de l’oligarchie parisienne en privant les populations et territoires de contre-pouvoirs, on nourrit ostensiblement un projet radicalement anti-démocratique.

Pour le Front National, il s’agit tout simplement de priver les régions et leurs populations de libertés politiques, pourtant déjà odieusement insuffisantes.

Dans des pays comme la Bretagne, la Corse ou d’autres, à l’instar de la Polynésie ou la Nouvelle-Calédonie, cet aventurisme risque de rapidement ajouter des masses d’opposants à une liste déjà longue. Le purisme idéologique est rarement bon conseiller.

Gilles Pennelle, en se prononçant en faveur de la destruction de la Bretagne politique, vient de s’exclure du débat breton au profit de ses adversaires. Ceux-ci ne rateront plus une occasion de souligner que sa volonté d’abolir l’assemblée où il siège avec son parti rendent leur opinion anecdotique pour ce qui concerne la Bretagne. Gageons que d’ici peu, certains l’inviteront même à accorder ses actes avec ses positions en démissionnant de l’assemblée de Bretagne.

Une guerre politique supplémentaire et superflue

Concrètement, cette déclaration n’apporte rien au Front National en terme de gains politiques. A ce stade en effet, le FN n’a tout simplement aucun levier pour réaliser son ambition, ambition qui s’ajoute à d’autres projets dont la réalisation est déjà d’une complexité inédite. Parmi lesquels la sortie de l’Euro – avec la gestion de ses conséquences économiques à court et moyen terme – ou la crise ethno-religieuse qu’une victoire de Marine Le Pen ne manquerait de considérablement alimenter. Ceci pour ne rien dire de promesses intenables, comme sur la retraite à soixante ans.

En mobilisant d’ores et déjà les défenseurs des peuples et identités historiques, c’est une perte nette pour le FN qui ouvre un front sans même pouvoir effectivement agir. Car même en cas de victoire de Marine Le Pen en 2017, celle-ci devrait s’assurer, a minima, d’une majorité à l’assemblée nationale pour pouvoir mener les promesses principales de son programme. Ce qui devrait déjà faire consommer une énergie colossale à son parti.

Dans l’hypothèse où elle disposerait d’une telle majorité, affrontant une situation autrement plus polarisée et complexe que François Hollande en 2012 ou Nicolas Sarközy en 2007, Marine Le Pen s’engagerait donc à réviser la constitution. Car l’existence des régions est en effet constitutionnalisée. Cela impliquerait de disposer d’une majorité des 3/5ème au Congrès. Ou alors de recourir au référendum.

Compte tenu de la puissance de cette arme et de sa capacité à anéantir l’autorité politique de celui qui y recourt sans succès, on peut se demander si une présidence Le Pen s’aventurerait sur ce chemin alors qu’elle devrait déjà réaliser les projets cités plus haut.

Le FN renforcerait les métropoles socialo-cosmopolites

Ajoutons à tout ceci l’alliance que forment de facto la direction du FN avec le Parti Socialiste Français, tout puissant dans les métropoles hexagonales. Lors de la pseudo réforme territoriale initiée par le gouvernement socialiste, chacun a en effet pu constater que l’Association des Départements de France, dirigée par le socialiste des Côtes d’Armor Claudy Lebreton, s’est alliée avec les maires socialistes des métropoles pour tenter d’affaiblir les régions.

Cette convergence visait à empêcher les régions de faire contrepoids à la concentration du capital dans les  métropoles. En Bretagne, les apparatchiks départementaux, idiots utiles des grands maires socialistes, se sont ainsi entendus avec les Cuillandre, Appéré ou Rolland (voir ici) pour que les populations périurbaines ou rurales bretonnes ne puissent faire prévaloir leurs intérêts, notamment au plan fiscal.

Les oligarchies urbaines et cosmopolites de Rennes, Nantes ou Brest ne veulent tout simplement pas devoir se subordonner à des millions de personnes issues des classes populaire et moyenne vivant en dehors des grandes villes et votant de plus en plus massivement pour le FN.

Paradoxalement, la réaction jacobine dans laquelle le FN plonge sous l’influence du chevénementiste Florian Philippot aurait pour effet d’affaiblir le poids politique du Front National au plan territorial. Les grandes métropoles hexagonales, cosmopolites et en excédent budgétaire, pourraient manœuvrer à leur guise dans un océan d’une centaine de départements, obsolètes et impuissants.

Il s’agit là d’un exemple caricatural d’une approche réactionnaire d’un problème contemporain : face à une crise, la facilité intellectuelle consiste à proposer un retour en arrière complet censé être la voie de salut. Cette approche ne nécessite en effet aucune remise en question ni innovation. Option qui s’avère au mieux inopérante, au pire accélératrice de la destruction en cours.

Une radicalisation jacobine qui engendrera une radicalisation identitaire

Cependant, ce projet néo-jacobin explicitement anti-identitaire visant les intérêts existentiels des Bretons – entre autres – aboutirait probablement à l’accélération à la désarticulation de l’Hexagone.

Outre les nombreuses enclaves afro-musulmanes que compte la France, une attaque frontale du gouvernement central contre des peuples historiques au profit de l’oligarchie cosmopolite parisienne se conclurait par une radicalisation identitaire et séparatiste irréversible.

L’ère du « centralisme démocratique » de type soviétique est simplement révolue. Et le FN philippotiste n’y changera rien, pas plus au plan économique que politique.

A ce stade de désagrégation raciale de l’Hexagone, toute politique parisienne ne peut plus être qu’une politique cosmopolite. L’État Français ne peut mener qu’une politique de créolisation pour se maintenir, efforts voués à l’échec face à l’hétérogénéité irréductible des populations visées.

Croire, par exemple, que le peuple corse renoncerait aux modestes libertés qu’il a acquis après plus de cinquante ans de lutte relève du vœu pieux. La majorité nationaliste et autonomiste au pouvoir à l’assemblée régionale de Corse ne s’évaporera pas, non plus que le peuple qu’elle représente. Plus exactement, toute action du genre de celle annoncée par Marine Le Pen constituerait pour l’île le point de rupture définitif.

Le nationalisme civique de type « couscous vin rouge » à la sauce assimilationniste défendu par Marine Le Pen produira, hormis quelques serments solennels, l’exact inverse de ce qu’il se propose de réaliser : le séparatisme sur base ethno-confessionnelle.

La tentative de restauration du stato-socialisme jacobin, dans un contexte général autrement plus défavorable pour Paris qu’au 20ème siècle, présume des capacités objectives de l’État Français.

Dialectiquement, les spasmes réactionnaires d’un système en voie d’effondrement accouchent des phases de rupture révolutionnaire.

Pour toutes ces raisons, inutile de dire que nous souhaitons qu’une telle politique soit menée, précisément parce qu’elle accélérera le passage à l’ère de l’identitaire contre le stato-socialisme parisien racialement dégénéré.

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