L’épopée arthurienne (chapitre 9) : Arthur, la Domnonée et son implantation cornouaillaise
Posted by La Rédaction on 18th mars 2017
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Voici le 9ème chapitre de notre série sur l’épopée arthurienne. Nos lecteurs pourront lire ou relire les 8 chapitres précédents.

Chapitre 1 : L’épopée de la Bretagne arthurienne

Chapitre 2 : La lutte de Vortigern pour le pouvoir

Chapitre 3 : La défense de la Bretagne au 4ème siècle

Chapitre 4 : Les armées de Vortigern et du saxon Hengist

Chapitre 5 : La terreur saxonne

Chapitre 6 : Ambrosius Aurelianus

Chapitre 7 : Ombres à l’Est

Chapitre 8 : Seuls les Bretons font face

BREIZATAO – ISTOR BREIZH (18/03/2017) Unique parmi les territoires de l’Empire romain au 5ème siècle, la Grande-Bretagne a réussi à freiner et même inverser le cours de la conquête germanique pendant près de deux siècles.

Nous devons placer la vie d’Arthur quelque part entre les dernières décennies du 5e siècle et les premières décennies du 6ème. Il est à peu près contemporain de Fergus Mór, Roi des Scots et avec du héros scandinave Beowulf , Hrolf Kraki (dont la saga bénéficie de nombreuses points de ressemblance avec la légende arthurienne). Il occupe une place de leader de la résistance contre les envahisseurs anglo-saxons après Ambrosius Aurelianus (milieu à la fin du Ve siècle) et avant le De Excidio et Conquestu Britanniae (« Sur la ruine et la conquête de la Bretagne »), de Gildas.

Le nom « Arthur », lui-même, est l’objet d’un débat.

Il n’est pas utilisé entre Bretons avant le milieu du 6ème siècle. John Morris affirme que le nom d’Arthur, qui apparaît soudainement à cette époque parmi les Écossais, les Gallois ou les princes, suggère qu’au début du 6e siècle, le nom est devenu très populaire parmi les populations bretonnes indigènes en raison de la célébrité d’un grand guerrier et héros qui a portera la légende.

Le mot celtique/brittonique pour ours est « Arth » ou « Artos ». Une théorie veut que le nom « Arthur » dérive de cette racine. Une autre source possible de ce nom peut être étrusque. Un officier romain en garnison en Grande-Bretagne au cours du 2ème ou du 3ème siècle portait le nom de Lucius Artorius Castus, dont l’origine de la famille pourrait provenir de l’Étrurie, en Italie. Le nom pourrait avoir survécu en Grande-Bretagne après son départ, au sein d’une famille qu’il a pu engendrer.

Gildas – le moine chroniqueur contemporain de cette période en Grande-Bretagne – se réfère à « l’Ours », ou peut-être à « Artos » en référence à Arthur. Malheureusement, chez Gildas les références à « l’Ours » sont, au mieux, allusives. Bien qu’il décrive surtout les événements qui ont suivi la vie d’Arthur, Gildas mentionne également des événements comme la Bataille de Badon (Mons Badonicus, ou, le Mont Badon), un événement antérieur mais encore frais dans sa mémoire et celles de ses compatriotes bretons.

La bataille de Badon est citée par les écrivains ultérieurs comme une victoire marquant le couronnement historique d’Arthur. Lorsqu’il mentionne Badon, Gildas omet d’évoquer ce dernier. En fait, certains ont fait valoir que le silence de Gildas pourrait être interprété comme le fait que la victoire de Badon revient à Ambrosius Aurelianus. En tout cas, si c’est bien Arthur qui a conduit les Bretons à la victoire contre les Saxons à Badon, la question du silence de Gildas à ce sujet se pose.

Une explication peut être un contentieux – affectif ou politique – entre Gildas et Arthur.

Selon le biographe de Gildas, Caradoc de Llancarfan, le frère de Gildas était un certain Huail/Hueil ap ; un Scot ou un seigneur de guerre picte de la région de Dumbarton Rock à Strathclyde (bien que les théories alternatives le place, lui et son fils, dans un fief à l’Est, près de Glasgow). Selon cette théorie, Huail était un opposant d’Arthur, refusant de reconnaître son autorité. Pirate, il fut capturé et exécuté par Arthur dans le Nord du Pays de Galles. Gildas, parti en mission d’évangélisation en Irlande à l’époque, ne l’apprit que plus tard et tint vis-à-vis d’Arthur une éternelle rancune.

C’est pour cette raison, peut-être, qu’il refusa délibérément et résolument de reconnaître ou même de nommer Arthur dans son commentaire. Le chroniqueur Giraud de Barri  prétend même que Gildas a détruit « un certain nombre de livres en circulation« , probablement dans les bibliothèques monastiques, qui faisaient l’éloge d’Arthur !

Geoffrey Ashe place le siège du gouvernement arthurien dans le royaume breton de Domnonée avec Camelot en son centre – le bastion légendaire d’Arthur – qui serait situé dans le château de Cadbury, ancien « Camelet », dans l’actuel Somerset.

Des excavations opérées sur place, principalement par le  professeur Leslie Alcock de l’Université de Glasgow, ont révélé que Camelet a été occupé et fortifié durant la période arthurienne.

 

Des reconstitutions des fortifications illustrent ce que pouvaient être les abords de Camelet au début du 6ème siècle :

 

La place forte disposait de liens commerciaux avec la Méditerranée Orientale, à l’instar de Tintagel, capitale avérée des « Deux Domnonées ».
Subissant l’intense pression des envahisseurs saxons, les Bretons de Cornouaille et du Devon actuels s’établissèrent en Armorique et étendirent, dès le 7ème siècle,  le royaume breton de Domnonée sur les deux rives de la Manche (voir ici).

 Dans le son livre « Le Roi Arthur : la vérité derrière la légende » (2000), Rodney Castleden évoque un Arthur « cornouaillais ». L’existence de nombreux lieux du sud-ouest britannique reprenant le nom d’Arthur, en particulier en Cornouaille, suggère une forte connexion.
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