« Vive le Québec libre ! » : Quand l’imposture De Gaulle se couvrait de ridicule en Bretagne
Posted by La Rédaction on 24th juillet 2017
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BREIZATAO – POLITIKEREZH (24/07/2017) Il est des impostures qui, avec le temps, confinent au ridicule. A n’en pas douter, le voyage de Charles De Gaulle au Québec fut de celles-là. Il y a cinquante ans en effet, le 24 juillet 1967 à Montréal, celui qui avait opéré un coup d’état réussi moins de dix ans plutôt à la faveur de la Guerre d’Algérie, s’essayait à l’anticolonialisme en plein Canada, proclamant, « Vive le Québec libre ! ».

Baroud d’honneur et anglophobie

De Gaulle est alors atteint par une sorte de folie des grandeurs qui se développe paradoxalement sur le terreau de la déliquescence de l’empire français. Vaincue en 1940 en moins d’un mois, la France sort en 1962 de 17 années de guerres coloniales perdues les unes après les autres. Jadis une grande puissance, la France n’est plus qu’un acteur périphérique tentant d’exister entre les deux grandes puissances garantes de l’ordre mondial après 1945 : les USA et l’URSS.

De Gaulle a d’ailleurs un pacte tacite avec les communistes depuis l’après-guerre, pacte qui sera confirmé lors de la crise de 1968, en Allemagne, où De Gaulle rencontra secrètement l’ambassadeur d’URSS à cette fin.

Son hostilité obsessionnelle n’a qu’un seul objet : le monde anglo-saxon qu’il vomit, même si c’est dans ses fourgons que le « général micro » revint en France, en 1944.

D’une arrogance et d’une méchanceté peu communes, y compris à l’égard de ses fidèles, De Gaulle ne voit d’ailleurs dans le débarquement du 6 Juin 1944 qu’une « seconde occupation » avortée.  « Le débarquement du 6 juin, ç’a été l’affaire des Anglo-Saxons, d’où la France a été exclue. Ils étaient bien décidés à s’installer en France comme en territoire ennemi ! Comme ils venaient de le faire en Italie et comme ils s’apprêtaient à le faire en Allemagne ! », tonne-t-il devant Alain Peyrefitte.

L’attitude de De Gaulle s’ancre dans une anglophobie culturelle propre aux milieux monarchistes dont il provient et dont seule l’émergence de l’Allemagne, à la fin du 19ème siècle, a atténué l’expression.

Esprit revanchard

De Gaulle est à ses rancœurs d’un autre temps. Le monde anglo-saxon, en 1945, conforte encore davantage sa victoire historique sur la France, en 1815. Paris ne peut profiter de la défaite de l’Allemagne en 1945, ce qui motivera, pour l’essentiel, le rapprochement voulu par De Gaulle vis-à-vis de la République Fédérale.

Il édifie progressivement une politique intérieure et extérieure dont le but est de parasiter, par tous les moyens, l’influence anglo-américaine sur le continent, quitte à s’allier aux ennemis mortels de l’Europe : communistes et tiers-mondistes.

Outre sa politique d’indépendance nucléaire, il expulse les troupes américaines de France et rompt partiellement avec l’Otan, en 1966-1967.

L’abandon de l’Algérie voulu par De Gaulle à partir de 1959 visait surtout à renouer avec un tiers-monde émergeant, notamment arabo-musulman qu’il présente comme « une réalité ». Quoique demeurant dans l’orbite occidentale, il ambitionne de jouer sur tous les tableaux en s’appuyant sur les masses afro-orientales gagnées par la fièvre anti-occidentale depuis le début de la décolonisation. Objectif : s’en faire le nouveau porte-parole au plan international, notamment grâce au siège dont dispose la France au Conseil de Sécurité de l’ONU. Siège d’ailleurs obtenu grâce aux Britanniques en 1945 et dont les USA verront le rôle réel en 2003, à la faveur de l’invasion de l’Irak, un client arabe de Paris.

Pour achalander les Arabes, De Gaulle juge que l’antisionisme peut être un artifice diplomatique particulièrement efficace et peu coûteux. Lors de la conférence du 27 novembre 1967, il confirme le parti pro-arabe arrêté par son gouvernement lors de la Guerre des Six-Jours, ayant quelques mois plutôt décrété un embargo sur les armes à destination d’Israël alors que cet état affrontait une puissante coalition arabe soutenue par l’Union Soviétique.

De Gaulle évoque à cette occasion « l’occupation » israélienne et la « résistance » arabe, en référence évidente à l’occupation allemande de la France, occupation qui fut le point marquant de sa propre légitimité politique. Le ton est donné : le gouvernement français est désormais la voix des « peuples opprimés ». Le calcul, cynique, est d’autant plus évident que démographiquement et géographiquement, l’état juif ne pèse rien et les Arabes peuvent faire des clients insatiables.

Il devient évident que De Gaulle tente de réaliser à l’échelle française – et contre les USA – la synthèse géopolitique que joue alors à fond le Bloc Soviétique, puissant soutien des Arabes.

« Vive le Québec libre ! », le ridicule gaulliste à son comble

Cette conférence « antisioniste » se déroule cinq mois seulement après son déplacement au Québec où celui qui s’était emparé du pouvoir en 1958 pour « conserver l’Algérie à la France » s’est subitement muté en apôtre de la décolonisation, à condition qu’elle vise les Anglo-saxons.

Car l’ambition de De Gaulle ne connait plus aucune limite, à la différence de la puissance française. Si à l’Est, pour séduire les Arabes, il est prêt à harceler les Israéliens diplomatiquement, l’Ouest n’est pas en reste, Amérique du Nord en tête. Et c’est le Québec qui devient, pour celui qui fuira en Allemagne moins d’un an plus tard face à une poignée d’anarchistes menés par Cohn-Bendit, le levier de ce projet grandiose.

De Gaulle ne veut rien de moins qu’une « république française du Canada » dont il se servirait comme foyer d’agitation anti-américain. C’est dans cet esprit qu’il fait un voyage officiel au Canada. Il lui faut donner le signal du soutien politique de l’État Français aux séparatistes locaux.

C’est ce qu’il fait en déclarant, « Vive le Québec libre ! », agrémenté de la comparaison usuelle avec la libération de la France, en 1944. Il va même jusqu’à dire, « mais on est chez soi ici ! ».

Naturellement, l’appétit gaullien effraie les esprits les plus raisonnables qui, à Paris, ont conscience d’une fuite en avant grotesque aux conséquences potentiellement désastreuses. Rouvrir la Guerre de Sept Ans, en 1967, alors que les chars soviétiques campent à quelques centaines de kilomètres du Rhin paraît, au mieux, hors de saison.

Les « principes » gaulliens réservés à l’exportation

Au reste, la tentative de redonner une ambition internationale à la France est limitée par le moteur réel de cet effort : l’aigreur, le ressentiment et la nostalgie. Mais aussi l’hypocrisie. Il n’y a bien sûr aucune sincérité dans les propos de De Gaulle : il n’y a qu’une agitation saupoudrée d’opportunisme sur fond de revanche entre une puissance déchue et ses vainqueurs. Et, inversement, un plaisir sadique à vouloir humilier les peuples encore sous domination française ou que le gouvernement français peut tourmenter. C’est un système qui a sa cohérence, marqué par l’absence totale d’empathie et de générosité.

En déplacement en Bretagne, à Kemper en 1969, De Gaulle est à son tour confronté aux indépendantistes bretons. Alors qu’il déroule un discours ronflant et interminable près de la préfecture, le président français s’entend scander « Vive la Bretagne libre ! » dans la foule. La nation bretonne, occupée par la force depuis des siècles et réprimée politiquement depuis toujours, heurte la rhétorique du monarque venu parader. Il réplique, devant un parterre de fransquillons, « elle a déjà été libérée en 1944 ! ». Le disque, rayé, tourne à vide. Quelques mois plus tard, il sera chassé du pouvoir.

Il se pourrait d’ailleurs qu’un jour un président américain scande « Vive la Bretagne libre ! » dans cette même ville de Kemper. Qui sait, on a déjà vu des retournements historiques plus spectaculaires.

 

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