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Leçon de Catalogne : L’UE comme l’État Français seront toujours hostiles à la lutte pour la liberté des peuples
Posted by La Rédaction on 11th octobre 2017
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BREIZATAO – PENNADSTUR (11/10/2017) La crise institutionnelle espagnole qui découle de la lutte de la nation catalane pour sa liberté a été l’occasion pour l’Union Européenne de rappeler ce qu’elle a toujours été : un syndicat interétatique.

Illusions

S’il n’est certes pas étonnant que les mouvements d’émancipation nationale ouest-européens aient souvent voulu croire que l’Union Européenne pouvaient comprendre leurs aspirations, voire les soutenir, la réalité a toujours été radicalement différente.

En Bretagne, nul ne pourrait dire, si on le lui demandait, ce qu’a fait, en plus de 25 ans d’existence, l’UE pour la défense ou la promotion des droits fondamentaux du Peuple Breton. Ses droits linguistiques, culturels et politiques sont toujours activement réprimés par l’État Français sans que cela n’ait jamais ému Bruxelles.

De la même façon, quand l’État Français a détruit l’Alsace pour la faire fusionner avec l’entité artificielle « Grand Est », l’UE n’a pas davantage réagi ou dénoncé une atteinte insupportable aux droits du Peuple Alsacien.

Avec la crise en Catalogne, l’UE a daigné sortir de son silence – contre sa volonté – pour soutenir Madrid sans sourciller.

Ironiquement, c’est en Grande-Bretagne que les voix les plus discordantes se sont faites entendre, notamment le souverainiste Nigel Farage qui a dénoncé le silence de l’UE au sujet de la répression espagnole.

Conséquence du socialisme pervasif

Cette hallucination collective, qui a si longtemps affecté les nations sans état d’Europe Occidentale, trouve sa source dans la prévalence en leur sein d’un courant général d’idées allant de l’internationalisme marxisant, au fédéralisme dogmatique en passant par l’écolo-gauchisme. Tous ces familles politiques tiennent le dépassement de la nation comme un objectif fondamental.

Paradoxalement, nombre de ces mouvements nationalitaires – appelés à tort « régionalistes »- ont généralement été récupérés par des formations pour lesquelles l’UE devait devenir l’équivalent d’une sorte d’URSS sociale-démocrate. Ainsi en est-il par exemple de l’organisation « Peuples et Régions Solidaires ».

Si leur critique du stato-nationalisme n’était pas dénuée de fondements, elle présupposait que l’UE pourrait devenir une entité politique « post stato-nationaliste ».

Avec la déclaration d’indépendance catalane du 10 octobre 2017, ces gens ont découvert que l’UE n’avait jamais été rien de tout cela, ni de près ni de loin. Cette illusion est si forte que le président de la Catalogne, Carles Puigdemont, a jusqu’à la dernière minute demandé la médiation de Bruxelles afin de l’aider à dialoguer avec Madrid. L’UE, loin d’y consentir, a appuyé son état-membre et poussé la Catalogne à la capitulation.

Rappelons au passage que cette position de l’UE intervient après les déclarations du porte-parole du parti au pouvoir en Espagne, le Parti Populaire, menaçant de faire fusiller le président catalan à l’instar de son prédécesseur en 1940, Lluis Companys, par le régime franquiste.

La toute puissante Commission Européenne a rappelé à cette occasion ce qu’elle est : l’instrument des 28 états-membres qui désignent chacun un commissaire après de longues négociations croisées. Soit la fameuse « Europe des états » dont rêvent tant les souverainistes français.

L’Union Européenne, simple relais des états bourgeois

Rappelons ici une évidence, pour les Bretons comme pour les autres : l’UE n’est qu’un instrument du statu quo politique et institutionnel en Europe. Elle n’est que l’organisation mutualisée des 28 états qui la composent. Lorsque l’on parle de Bruxelles, on ne parle en réalité que de Paris, Berlin, Madrid ou Rome et de leurs bureaucraties étatiques respectives. Les peuples n’y ont pas leur place.

L’UE n’est qu’un instrument intergouvernemental et c’est précisément ce qui va la perdre, n’ayant aucune réalité en elle-même. L’UE n’est pas faite dans un but positif mais par défaut, contre la volonté d’états-membres qui se résolvent, de mauvaise grâce, à y participer parce qu’ils ne peuvent pas s’en dispenser.

Trop longtemps en Bretagne, le poison fédéraliste a détourné du combat des Bretons qui, autrement, auraient logiquement opté pour la seule voie qui importe : le nationalisme. L’UE ne fera rien pour le Peuple Breton dont elle n’a que faire et dont elle ignore jusqu’à l’existence. Comme dans le cas de la Catalogne – qui est autrement plus organisée – Bruxelles ne jugera jamais que par Paris et l’État Français. Au jacobinisme parisien se surajoute désormais le super jacobinisme bruxellois.

Les gauches périphériques hors jeu

Pour la gauche catalane et ses équivalentes d’Écosse ou d’ailleurs, le retour à la réalité est aussi brutal que définitif. Ces gauches seront toujours subordonnées à celles de leurs états de tutelle respectives. N’est-il pas d’ailleurs particulièrement révélateur de voir les républicains français, unanimes dans leur soutien à la monarchie espagnole fondée par Franco quand, lors de la Guerre Civile, ils ne juraient que par les républicains espagnols ?

Il n’est pas jusqu’à Jean-Luc Mélenchon qui n’ait pris fait et cause pour la couronne espagnole et la droite au pouvoir.

S’il existait encore un soupçon d’idéalisme dans les années 30, aujourd’hui les bourgeoisies nationales ont passé un accord général pour que le statu quo demeure. Et c’est l’UE, bouclier des états, qui sert de plateforme à cette coalition.

Le SNP écossais – situé sur une ligne socialiste dure – ne pourra plus jouer la carte de l’UE pour justifier de ses velléités indépendantistes. D’ailleurs, Londres ne manquera pas de rappeler Bruxelles à la règle qu’elle s’est elle-même fixée en défendant Madrid contre Barcelone : pas d’ingérence !

Ironiquement, ce sont les rares peuples pro-UE qui auront été les seuls à être effectivement victimes des manœuvres de Bruxelles, se rendant par là-même universellement détestable à tous.

Écossais ou Catalans pourront d’ailleurs méditer sur le soutien unanime apporté à l’état fantoche et mafieux du Kosovo par l’Union Européenne quand, chez eux, elle s’ingéniait à briser leur aspiration.