Un article du Télégramme retient notre attention de par son degré de niaiserie heureuse d’elle même. Il faut aussi avouer que le journal s’en est fait une spécialité tant le discours volontairement naïf et infantilisant saute aux yeux. Le Télégramme, le journal du paternalisme provincial ou officie le plus grand dessinateur de ce sous genre, « Nono », bon socialiste paternalisant.

http://www.letelegramme.com/ig/generales/fait-du-jour/danse-la-tradition-revisitee-13-08-2010-1017890.php

S’il est toujours salutaire de faire évoluer les styles musicaux, de Tradition y compris, on est souvent confronté comme tout le temps en art aux limites mêmes des artistes. Depuis une quinzaine d’année la danse bretonne souffre des tentatives d’individus sans scrupules désireux de faire de la culture populaire bretonne un instrument de propagande en faveur d’une sorte de trotsko-libéralisme culturel. Le but est largement polémique et politique puisqu’il vise à faire passer un message fidèle à une dialectique totalement étrangère à la mentalité celtique.

Et les échanges culturels deviennent prétextes à autant de postures qui se veulent, mais ne peuvent, provocatrices. Si un amateur se rend dans un festival de musique bretonne, il entendra plus souvent qu’à son tour les influences de la variété française, soupe improbable et inaudible de jazz manouche et de salsa. On en ressort immanquablement avec l’idée que les artistes en question ne sont bon en jazz ni en salsa et que la danse et la musique celtiques en ressortent défigurées. On note aussi la propension à systématiquement s’identifier aux peuples dits du « tiers monde », comme un fait révélant parfaitement la logique marxiste sous jacente (et largement inconsciente). Bien plus rares, pour ne pas dire bannie, sont les associations pourtant aisée avec d’autres folklores européens, notamment du nord et de l’est.

Autant dire que nous payons le prix de l’influence des modes de pensée de la bourgeoisie bohême parisienne et surtout du syndrôme du colonisé qu’est l’auto-dérision pour satisfaire les canons de beauté du maître. Par exemple le cercle de Guingamp arrive à la Saint-Loup avec une chorégraphie sur les mariages homosexuels et les violences conjugales tandis que Kerfeunteun-Quimper danse en costumes de mendiants. Derrière la soi disant recherche de nouveauté se cache en réalité l’impasse que constitue mélange d’idéologie pseudo-transgressive et aplatissement francophile.

Certains en effet reproduisent leurs obsessions politico-sociétales dans un domaine qui n’a pas vocation à l’être. En plus de l’infantilisation esthétique que cela donne, et que ne manquent pas de railler les jeunes pour qui ces vieilleries gauchistes n’ont guère d’intérêt, on perçoit surtout l’effondrement objectif de la qualité artistique des prestations ou des Bretonnes sautillent en s’imaginant être des Rroms de Slovaquie… Ce qu’elles ne sont pas et ne seront jamais, fort heureusement pour les Rroms au reste.

Cette impasse qu’est la politisation française de la culture bretonne marque le dernier stade de l’acculturation. Mais quoique certains en pensent, le public lui recherche d’abord et avant tout dans un monde normé l’originalité et l’héritage des Anciens. Car n’en déplaise à ceux qui voient dans la Tradition un modèle limitatif, c’est bien sûrement l’invasion de thèmes de société parisiens dans la culture populaire qui marque une énième tentative de limiter notre culture aux passions françaises.

Plus que jamais la culture d’un peuple ne sert pas à l’aligner sur ses maîtres, mais à lui rendre force, dignité et cohésion. Trois choses qui échappent aux artistes ratés de notre temps

Boris Al Lae

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11 COMMENTS

  1. L’imprégnation de notre culture par la logorrhée idéologique parisienne n’est autre que le symptôme de la prise en main du mouvement culturel breton par les gauchistes francophiles de l’emsav collaborationniste issu de la décadence soixante-huitarde française.
    Cet emsav moribond aux ordres de l’occupant se comporte comme un véritable cheval de Troie, on de peut donc raisonnablement s’étonner de la « clochardisation » j’ajouterai volontier « africanisation » de notre culture vivante.
    La bonne nouvelle c’est tout de même que l’emsav poussiéreux est en train de crever. La mauvaise : la religion française a pris racine dans l’esprit de nos compatriotes, réveiller le sentiment national me être la seule perspective viable et ce travail est tout à la fois culturel et politique.

  2. A noter que dans les petites paroisses du Kreiz-Breizh où officie les kanerien, les festoù-noz sont authentiques, il n’y a pratiquement que des gens du cru. Ceux qui ne dansent pas les rounds pagan, les gavottes des montagnes ou le tro-plinn battent le pied sur le côté en sirotant une bière, très attentif aux airs.

    C’est un rite, un moment important et très fortement identitaire de notre communauté bretonne que le fest-noz. Les dañsoù évoquent les racines païennes du peuple tandis que les kanaouennoù présentent les thèmes chers aux Breton tels que le travail, l’Église, les joies et les peines de la vie rurale. La danse, ici, est un élément qui lie hier à aujourd’hui, où se forment et se déforment les alliances et les couples. Les Français de passage, s’ils goûtent l’exotisme de l’événement, sont souvent rassasiés et sortiront en ne voulant pas revenir, sortant des phrases du genre: « quand même, le Kan-ha-Diskan c’est répétitif, c’est chiant », « c’était à voir mais je ne vois pas l’intérêt de danser pour danser », « se tenir par le petit doigt c’est ridicule ». Tant mieux pour nous.

    Ce qui se vit chez nous est donc à mille lieux de ce que vous décrivez ici, de ce folklore pour touristes ne se trouvant d’ailleurs que là où le Français est en passe de devenir majoritaire (quant il ne l’est pas déjà). Ces derniers entraînent les Bretons du cru dans leur médiocrité, leurs bécassinades à la sauce « citoyen du monde », ils les entraînent dans des pseudo-festoù-noz que eux ne trouvent pas chiant, qu’ils trouvent intéressant et pas ridicule et que nous nous trouvons tout simplement laids…

  3. Les festoù-noz sont heureusement beaucoup plus traditionnels que ces démonstrations qui cherchent à innover sans cesse.

    Les seules originalités en fest-noz consistent à lever les talons lors des surrections sur laridé, ou à laisser les bras ballants en rond de saint vincent…

    Avant de voir des hommes se tenir par le petit doigt, on verra surement les dans Leon mélanger hommes et femmes 🙂

  4. Je suis globalement d’accord avec votre analyse. Je dirais même que je suis frappé par la qualité de cette réflexion qui tranche avec les balivernes habituelles. Une réserve cependant : ne confondons pas tradition et traditionalisme. Il ne faut pas que les Bretons restent fixés dans le passé, se contentant de répéter indéfiniment les mêmes gestes stéréotypés. Freud parlerait à juste titre de fixation névrotique au passé. La traditio,, telle que je l’entends, implique à la fois un enracinement dans le passé et une capacité créative nourrie par ce legs du passé. Les merveilleuses créations irlandaises modernes nous donnent une véritable idée de ce que doit être une authentique tradition

  5. Je reviens sur cet article qui aborde un sujet d’une importance capitale, à cause de l’ampleur qu’ont pris dans la société bretonne de l’après-guerre, la danse et la musique bretonne. Je serais tenté d’appliquer à la danse bretonne la formule qu’utilisait le sociologue Marcel Mauss dans son « Essai sur le don » : il s’agit d’un « phénomène social total ». Pourquoi cela ? Parce qu’il peut servir de miroir et de révélateur à la crise globale que traverse la société bretonne. Aussi ne saurais-je souscrire au jugement que porte sur ce phénomène le rédacteur de cet article. Je ne crois pas qu’il faille imputer ces errements et ces divagations à une quelconque volonté de faire de la danse un « instrument de propagande au service d’une sorte de trotsko-libéralisme culturel ». Je me référerais plutôt à la parole prononcée par Jean Ollivro lors de sa dernière conférence sur l’identité bretonne au festival de Lorient : les jeunes Bretons sont « des orphelins de leur pays ». Ignorants de leur histoire, de la valeur de leur langue et de l’ensemble de leur civilisation, ils n’ont pas la foi dans l’avenir de leur pays et versent aisément dans le nihilisme ambiant. De ce fait, les stéréotypes qui façonnent notre univers collectif viennent alimenter leurs créations. Je me rappelle un spectacle à Lannion, il y a 5 ans : un concert suivi d’un Fest-noz : d’un côté de jeunes chanteurs corses, nourris de la richesse musicale de leur pays, chantant avec beaucoup de noblesse et de dignité des mélodies qui émurent profondément tous les spectateurs ; de l’autre, un groupe de chanteurs trégorrois talentueux et sympathiques, qui s’appelait « Bro-Dreger Swing Orchestra » (titre significatif). Dès le premier instant, le contraste était saisissant : d’un côté la foi dans leur pays, la volonté de mettre leur esprit et leur âme au service de leur Peuple, de l’autre, auto-dérision et facétie. Le message était étrangement identique à celui que nous délivrent les danseurs de la Saint-Loup : tout est risible, no future, jouissons de l’instant, vivons notre désespoir dans la joie. Tout cela demanderait, certes, de longues et minutieuses analyses. Je me contente d’énoncer quelques intuitions. Mais je tiens à remercier le rédacteur de cet article : il a le mérite de soulever une question essentielle. Cela vaudrait incontestablement un long débat.

  6. Je suis tombé un peu par hasard sur votre blog, cette article a le mérite de soulever des questions, qui pourrait nous amener à des débats fort intéressants.
    Malgré tout certains propos des personnes qui ont commentés cette article me dérange au plus haut point.
    Tout d’abord, je suis convaincu qu’une culture ne peut avancer et exister, que si elle échange avec d’autres cultures.
    Il est vrai que certains groupes de musiques et de danses font des mélanges parfoits hasardeux voir de mauvais gout.
    Mais après tout le renouveau de la musique bretonne et de la culture bretonne n’est il pas arriver grace à des artistes, comme Alan Stivel, Dan ar Braz, Gilles Servat, Ar Re Yaouank, les frères Molard, etc… qui n’ont pas hésité à fusionner avec d’autres styles ?
    Utiliser le terme « africanisation de notre culture » est fachisant.
    Je suis personnelement membre de l’organisation du Roue Waroch de Plescop et aussi musicien, et je travail (bénévolement) toute l’année pour que notre culture puissent continuer à vivre et évoluer. Je crois malheureusement que votre article ne fait que créer des clivages au sein des acteurs de la culture bretonne, même si il pose des questions intéressantes.
    Mais n’oubliez pas que tout les gouts sont dans la nature (même mauvais).

  7. Il est heureux de créer des émulations, personne n’en disconvient et en tous cas pas Breiz Atao.

    La diversité, nous la soutenons ardemment. La face néfaste de l’ouverture comme crédo c’est la culture mac donald’s, bricolé avec des influences non pas déterminées par un style, une approche réellement artistique, mais par un goût de « variété ».

    Nous n’appelons pas à la censure. Mais nous avons trop l’impression lors de festivals ou autres évéments de voir une recherche de modernité sans l’harmonie. Et pour tout dire à faire de la musique un instrument presque politique contre une certaine tradition.

    Le seul verdict est celui de la beauté et malheureusement, trop souvent ce verdict est négatif, en tous cas à nos yeux !

    A galon !

  8. KerrainDans l'Antiquité, l'architecte était un ingénieur, mais aussi un artiste. Aujourd'hui, les architectes ont une conception purement technicienne de leur métier. Il y a un // évident entre l'architecture moderniste et la littérature. Le Corbusi

    Je reviens à nouveau dans le débat. Je pense qu’il y a un accord fondamental entre tous les intervenants : ne pas confondre tradition et traditionalisme. Toute culture vivante doit se nourrir des apports extérieurs. Les noms cités par F.Loric illustrent bien cette idée. A Stivell ainsi que Dan ar Bras ou les frères Molard se sont imprégnés notamment de la musique celtique. Et je me souviens d’une oeuvre de Stivell inspirée par la musique kabyle. Cette ouverture au monde est une nécessité en art. Ce fut, en littérature, l’un des grands mérites de Roparz Hemon qui, le premier, arracha la littérature bretonne au provincialisme en lançant la revue Gwalarn. Sur ce point, nous sommes tous d’accord.
    Je tiens toutefois à souligner la nécessité de tenir compte de trois aspects :
    – prendre conscience du nihilisme moderne et vouloir y résister dans la création artistique.
    – Ne pas oublier l’importance du plaisir en art. Sans doute allant de pair avec ce nihilisme ravageur, on oublie trop souvent cette dimension. Je pense à l’architecture, les architectes modernes ont une conception purement technicienne de leur métier. C’est comme s’ils avaient oublié le plaisir, l’émotion esthétique. C’est comme si la notion de Beauté était, à leurs yeux,dénuée de sens. Ce qui vaut pour l’architecture ou la littérature vaut aussi pour la danse. Procurer du plaisir, faire éprouver au spectateur une émotion esthétique, cela doit être pour le chorégraphe un souci primordial.
    -Enfin, ce qui va de soi mais que je rappellerai cependant, rester enraciné dans la tradition bretonne, ie au sens étymologique, dans ce qui nous a été transmis par nos ancêtres.

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