Les nationalistes corses tentent de capitaliser leur victoire électorale récente aux élections régionales françaises en montrant un visage apaisé et responsable. Le but: briser l’isolement du camp nationaliste en négociant avec la gauche jacobine. Le nationalisme corse tente de sortir de l’impasse qu’est devenue la lutte armée.

AJACCIO — Poursuivant leur révolution tranquille après un score historique aux élections territoriales de mars, les nationalistes corses continuent leur marche vers les responsabilités avec la proposition de « compromis historique » faite ce week-end par les indépendantistes à la majorité de gauche au pouvoir dans l’île.

« On joue la détente », titrait lundi à la « une » le journal 24 Ore, qualifiant la main tendue par le dirigeant indépendantiste Jean-Guy Talamoni de « discours de paix plutôt inhabituel ».

Pour Corse-Matin, « les nationalistes prônent une +sortie de crise+ » et « s’affirment +au centre du jeu politique+ ».

Chef de file de la mouvance radicale du nationalisme, M. Talamoni a lancé dimanche soir à Corte (Haute-Corse) un appel pour un « compromis historique » pour sortir de la crise politique, économique, sociale et morale dans laquelle s’enfonce l’île.

« L’heure est à la réconciliation de cette communauté avec elle-même, (…) à l’union de tous les Corses qui veulent le demeurer, (…) à l’édification d’un nécessaire compromis historique », a-t-il déclaré devant plus de 600 personnes réunies dans la capitale historique de la Corse, au centre montagneux de l’île, pour la clôture des Journées internationales de Corte organisées par son parti Corsica Libera.

Cinq mois après les élections territoriales où les deux formations nationalistes avaient obtenu près de 36% des voix (plus de 25% pour les autonomistes et presque 10% pour les indépendantistes), M. Talamoni a souligné que « les revendications qui sont les nôtres semblent désormais largement partagées, y compris au sein de la classe politique dite +traditionnelle+ ».

Loin des grands-messes militantes des années 1980 et 90, suivies de l’éclatement du mouvement nationaliste et de la baisse de fréquentation des Journées de Corte ces dernières années, le rassemblement estival indépendantiste a vu converger vers Corte des centaines de militants et sympathisants de toutes générations pour des débats animés et détendus.

La présence, pour la première fois depuis quinze ans parmi les délégations étrangères -basques, catalanes, kanaks notamment- d’un dirigeant du Sinn Féin, Paul Fleming, ancien de l’IRA et artisan du processus de paix irlandais, a symbolisé la volonté des indépendantistes de parvenir à une solution politique.

Les élections de mars avaient déjà été le signe d’une évolution pragmatique du mouvement nationaliste, plus en prise que les partis traditionnels avec les questions économiques et sociales. « Nous sommes prêts à participer avec loyauté au débat sur l’avenir de la Corse, qui devra nécessairement être ouvert dans les mois à venir, ne serait-ce qu’en raison de la réforme institutionnelle projetée par Paris », a dit M. Talamoni.

S’appuyant sur des points de convergence avec la majorité de gauche à l’Assemblée de Corse, il a mentionné trois conditions « sine qua non de l’apaisement ».

Il s’agit d’abord du règlement de la question foncière et immobilière, pour enrayer la spirale de la spéculation qui empêche souvent les Corses de devenir propriétaires dans leur île. L’Assemblée a déjà accepté leur demande d’organiser à l’automne des assises du foncier.

Le principe de l’officialisation de la langue corse a également été favorablement accueilli par l’exécutif territorial. Enfin, la demande de rapprochement des prisonniers détenus sur le continent a fait l’objet d’une motion votée à l’unanimité en mai par l’Assemblée.

Source: AFP

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