Les raisons de la guerre en Syrie : le contrôle de l’approvisionnement en gaz de l’Europe (Partie 1)

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BREIZATAO – ETREBROADEL (31/08/2013) Le public est intoxiqué par une vaste campagne de désinformation au sujet de la guerre en Syrie. Cette manipulation de masse vise à masquer les causes réelles de cette guerre – largement énergétique et géostratégique – pour permettre au gouvernement français d’appuyer ses alliés avec l’aval de l’opinion publique. Il convient donc d’éclairer avec le plus de détails possibles nos lecteurs sur ce qui se joue en Syrie : la lutte pour le contrôle de l’approvisionnement en gaz de l’Europe. Quatre acteurs ont élaboré et mis en œuvre quatre projets distincts d’exportation de gaz vers l’Europe.

Le projet russe

La Russie tout d’abord avec son gazoduc South Stream. Ce dernier, opérationnel, part de Russie, passe par la Mer Noire jusqu’en Bulgarie, traverse les Balkans par la Serbie jusqu’en Hongrie, avant d’atteindre l’Italie. C’est la grande alliance énergétique promue par Silvio Berlusconi entre Rome et Moscou qui doit permettre à l’industrie italienne du nord d’avoir accès à une énergie abondante et peu chère. Le gazoduc a une capacité de 63 milliards de mètres cube de gaz par an.

Ce projet est le pendant italo-russe du partenariat germano-russe en Mer Baltique appelé Nord Stream, mis en œuvre par Gerhard Schröder et son homologue Vladimir Poutine.

Comme on le voit sur cette carte, Allemands et Italiens sont géographiquement plus proches de la Russie et sont donc les premières des grandes économies européennes à pouvoir être ravitaillées par Gazprom. Il s’ensuit évidemment une dépendance stratégique découlant d’une intégration économique de facto entre ces trois puissances. Les économies d’Europe de l’Ouest atlantiques ne peuvent se ravitailler en gaz russe que dans un second temps, et aux conditions des Allemands et des Italiens chez qui passent les gazoducs. La France en particulier doit trouver d’autres fournisseurs compte tenu de sa position.

Au sein de l’Union Européenne, cela renforce le centre gravité italo-allemand ainsi que la voix russe et diminue la puissance française, mais aussi anglaise. Le tropisme anti-russe est largement encouragé par l’Angleterre, les USA et divers médiats associés afin de compliquer ce partenariat énergétique des Européens et des Russes.

Le projet chiite

Après la Russie, vient le second projet. C’est celui de l’Iran, de l’Irak et de la Syrie. Il part du principe que l’Europe cherche à réduire sa dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie et recherche donc des partenaires capables de l’y aider. Il y a plus de deux ans, le 25 juin 2011, était signé à Bushrer, en Iran, un mémorandum entre ces trois pays portant sur la construction d’un gazoduc de 1500 kilomètres partant de l’Iran jusqu’aux rivages méditerranéens de Syrie. Cette ligne d’approvisionnement partirait de Asaluyeh – le plus grand champ gazier du monde – jusqu’à Damas. Il se subdivise en trois parties : 225 kms en Iran, 500 kms en Irak, 700 kms en Syrie. Une option visant à l’étendre jusqu’à la Grèce est envisagée. Près de dix milliards de dollars sont investis dans ce projet. Il a une capacité de 40 milliards de mètres cube de gaz liquéfié par, soit les deux tiers du projet russe.

Le projet euro-turc

Le troisième projet est celui de l’Europe et de la Turquie. C’est le projet Nabucco. Il vise explicitement à affaiblir South Stream en alimentant l’Europe en gaz d’Asie Centrale via la Turquie et réduire ainsi la dépendance du continent vis-à-vis de la Russie. La Russie a cependant anticipé ce mouvement en reliant le plus d’acteurs possibles dans son projet South Stream, en le réalisant plus vite, si bien que l’intérêt immédiat des investisseurs pour Nabucco s’est fortement atténué. Un des principaux fournisseurs de gaz du projet turco-européen était l’Azerbaïdjan, mais celui-ci a finalement préféré rejoindre la Russie au sein de South Stream. L’autre fournisseur, le Turkmenistan, a décidé de réserver l’essentiel de son gaz à la Chine. L’Iran a été écartée sur pression américano-israélienne.

Pour la Turquie, il s’agit d’assurer sa centralité entre l’Est et l’Ouest, en devenant le point central des échanges énergétiques entre ces deux mondes. Elle vise aussi à hâter son intégration au sein de l’Union Européenne.

Le projet Américano-arabe

Le quatrième projet enfin est celui du Qatar et de l’Arabie Saoudite, joint par la Turquie et Israël. Il est activement soutenu par les USA qui cherchent à verrouiller les importations de gaz européennes et à s’assurer qu’elles soient donc délivrées par des alliés sûrs. Le projet vise à créer un gazoduc partant du Qatar, traversant l’Arabie Saoudite puis la Jordanie, remontant vers la Syrie puis vers la Turquie. Israël, isolé, pourrait ainsi écouler ses nouvelles et immenses ressources gazières des champs « Léviathan » et « Tamar ». Il vise à empêcher la création du projet de gazoduc « chiite » qui assurerait la puissance régionale de l’Iran, ce que ne veulent ni les Turcs, ni les Sunnites arabes, ni les Israéliens.

L’objectif de ce projet est donc : premièrement de casser le monopole russe du gaz en Europe, deuxièmement libérer la Turquie de sa dépendance au gaz iranien et donc le renforcer comme puissance dans la région, troisièmement permettre à Israël de respirer économiquement en exportant son gaz en Europe. Ajoutons-y de conforter les pétro-monarchies du Golfe qui vendent leur gaz en dollars et permettent donc à la monnaie américaine de conserver sa centralité mondiale dans les échanges. C’est-à-dire de vivre à crédit en faisant payer au monde ses besoins via une dévaluation permanente de sa devise.

C’est justement ce point précis  qui confère son importance et sa dangerosité au conflit syrien. Outre la dimension énergétique donc géostratégique et celle politique des clivages ethno-confessionnels, se situe le nœud de la domination américaine et de sa fragilité, à savoir le monopole de sa monnaie sur les échanges, fortement lié aux ventes de pétrole et de gaz des pays du Golfe. Si ceux-ci ratent le marché européen du gaz liquéfie au profit des Russes et des Chiites, le déclin américain comme le leur s’accélérera.

Suite bientôt

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