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BREIZATAO – KOMZOUDIEUB (22/08/2014) Nombre de personnes sont relativement mal informées quant à un intellectuel russe : Alexandre Douguine. Ancien « national-bolchevique », ami d’Alain De Benoist – avec lequel il partage une aversion totale pour l’Amérique et son peuple – Alexandre Douguine est souvent présenté comme « l’idéologue » de Vladimir Poutine. C’est pourtant largement erroné : Douguine a été écarté des cercles du pouvoir à Moscou où il est considéré comme un illuminé. Il est désormais un critique acerbe du président russe.

Isolé en Russie

Récemment, Alexandre Douguine a été exclu, selon ses propres termes, de l’Université d’Etat de Moscou. Il en a accusé à demi-mots le président russe, y voyant son « penchant lunaire » qu’il présente comme « pro-occidental ». Abusivement présenté comme le « mentor » de l’occupant du Kremlin, Douguine n’influence guère le chef de l’Etat russe qui perçoit bien plutôt en Ivan Ilyin la source d’inspiration spirituelle et idéologique auprès de laquelle il puise pour édifier la Russie nouvelle.

Alexandre Douguine s’implique toujours un peu plus dans les surenchères nationalistes, ce qui lui vaut la méfiance des autorités. A l’occasion des événements d’Ukraine, l’idéologue « eurasiste » et les franges groupusculaires qu’il inspire se sont mis à rêver d’une « révolution » avec à sa tête Igor Girkin, alias « Colonel Strelkov », l’ancien ministre de la Défense de la République Populaire de Louhansk. Ce dernier, présenté comme le nouveau héros de la cause russe par Douguine, serait en quelque sorte le représentant idéal de ce que doit être un chef d’état russe.

Las, Strelkov a été démis de ses fonctions et surtout, les factions radicales qui intriguaient en son nom ont été neutralisé récemment à Moscou.

Des franges marginales du spectre politique russe « envisageaient » même un coup d’état aboutissant à la mise au pouvoir de Strelkov en lieu et place de Vladimir Poutine. Un scénario de science-fiction qui fit sourire nombre d’activistes russes très en pointe dans l’affaire ukrainienne. Et qui contribua un peu plus à la marginalisation de Douguine.

Cet isolement n’est pas que politique, il est aussi, largement idéologique. Le maître du Kremlin ne veut pas entendre parler des théories anti-européennes de Douguine. Vladimir Poutine n’est d’ailleurs pas fondamentalement contre l’Union Européenne. Mais à mesure que l’Otan et les USA font pression sur la Russie, le président russe et ses conseillers appuient en retour des organisations europhobes comme le Front National ou le FPÖ autrichien. Mais cette position est essentiellement prise à des fins diplomatiques, afin de faire comprendre à Bruxelles que l’alignement pro-américain a un coût et que Moscou entend alimenter l’agitation en Europe occidentale comme mesure de rétorsion.

Poutine l’Européen, Douguine le multiculturaliste

Quand il parle de l’Europe, Vladimir Poutine en a une conception très claire mais en parle en termes sybillins. A de nombreuses reprises, le président russe a exposé ses idées sur le sujet. Voici une des réponses qu’il a formulé et qui résume sa pensée :

 

Voici ce que déclare Vladimir Poutine :

« En réalité, les valeurs russes ne diffèrent pas des valeurs européennes… Bien sûr, nous sommes différents. Mais les valeurs fondamentales demeurent identiques. Et je pense, comme je l’ai dit très souvent auparavant et comme je le redis aujourd’hui, que nous devons faire tout notre possible pour créer une nouvelle Europe qui s’étendrait de Lisbonne à Vladivostok. Si nous y parvenons, nous aurons de bonnes chances d’occuper une bonne place dans le monde futur. Si nous nous séparons de l’Europe, de ses valeurs et de ses nations et si nous nous impliquons profondément dans le séparatisme, au sens plein et entier de ce mot, alors nous deviendrons insignifiants et incapables d’user d’aucune espèce d’influence sur le développement global (du monde) comme sur le notre ».

Cette thématique de l’Europe allant de « Lisbonne à Vladivostok » fut présentée par différents penseurs en leur temps, comme par exemple Francis Parker Yockey et, plus récemment, par Guillaume Faye que ce dernier appelle « Euro-Sibérie ».

Mais ce qui nous intéresse est la première phrase de Poutine, qui résume l’essentiel : « Les valeurs russes ne diffèrent pas des valeurs européennes ».

Douguine quant à lui pense rigoureusement l’inverse.

Dans une interview accordée au magazine allemand Der Spiegel, il déclarait à ce propos :

« La civilisation occidentale est une civilisation raciste et ethnocentrique. Tout occidental est un raciste… Non pas comme Hitler, biologiquement, mais culturellement. Mais mon opinion est la suivante : les civilisations de l’Ouest et de l’Est sont complètement différentes. Celles d’Orient sont supérieures dans la mesure où elles se défendent contre le racisme occidental… L’ethnocentrisme des Européens de l’Ouest est une constante… Tous les penseurs européens sont racistes… »

Si le projet fondamental de Vladimir Poutine est bien de bâtir prioritairement l’Euro-Sibérie, pour Douguine, il s’agit de se détacher le plus complètement possible de l’Europe et de la civilisation « occidentale ».

Dans le même magazine, le journaliste pose la question de la confrontation entre « l’Ouest » et « l’Est » à l’intéressé :

« Der Spiegel : Danilevsky a parlé très tôt, il y a 150 ans, d’une guerre des civilisations. Pourquoi les slavophiles considèrent une confrontation avec l’Ouest inévitable ?

Douguine : Le conflit des civilisations est inévitable. »

Or, dans l’extrait de l’entretien accordé par Vladimir Poutine, le président russe est très clair à ce sujet. Répétons ce qu’il en dit :

 » Si nous nous séparons de l’Europe, de ses valeurs et de ses nations et si nous nous impliquons profondément dans le séparatisme, au sens plein et entier de ce mot, alors nous deviendrons insignifiants et incapables d’user d’aucune espèce d’influence sur le développement global (du monde) comme sur le notre ».

Pour le chef de l’Etat Russe, la Russie est un élément à part entière de l’Europe prise comme civilisation et à ce titre, souligne la communauté de valeurs entre les différentes nations européennes et la Russie. Ce que je rejette catégoriquement Alexandre Douguine, comme nous l’avons vu. Il pousse donc le raisonnement à son paroxysme et nourrit une forte agressivité contre les Européens qu’il considère, globalement, comme perdus.

Voici ce qu’il déclarait par exemple en 2002 à la revue Kommersant-Vlast :

« Je suis un supporter des noirs. La civilisation blanche – ses valeurs culturelles et son faux et déshumanisant projet pour le monde, créé par eux – n’offre aucun bénéfice. Tout mène au démarrage de pogroms anti-Blancs à l’échelle planétaire. La Russie est seulement sauvée par le fait que nous ne sommes pas de purs Blancs. Les corporations multinationales prédatrices, oppressantes et détruisant tous les autres, sans parler de MTV, des gays et des lesbiennes – c’est le fruit de la civilisation blanche, dont il est nécessaire de se débarrasser. Donc je suis pour les rouges, les jaunes, les verts, les noirs, mais pas pour les blancs. Je suis de tout coeur du côté du peuple du Zimbabwe. »

Ce goût de Douguine pour les déclarations spectaculaires ne résume bien évidemment pas sa pensée. Mais il est fondé sur une conviction profonde : combattre l’Occident démocratique nécessite de combattre les Blancs qu’il juge irréversiblement hostiles aux traditions communautaires, qu’elles soient culturelles ou religieuses. Mieux, la Russie devrait selon lui organiser une séparation stricte d’avec l’Europe de l’Ouest, devenue ontologiquement incompatible.

Vladimir Poutine quant à lui, s’il n’a de cesse de souligner l’appartenance de la Russie à l’Europe et son désir d’édifier l’Euro-Sibérie, place la frontière ailleurs. Dans une interview accordée à la chaîne Russia Today, le président russe livre sa pensée sur les rapports entre Russie et Etats-Unis :

Voici ce que déclare le président russe :

« En termes idéologiques, il n’y a pratiquement aucune différence… Nous avons une différence fondamentale de logique et de culture. La base de la conscience américaine repose sur un idéal individualiste. La base de conscience russe sur un idéal collectiviste. Dans l’esprit d’une personne russe, il y a d’autres buts. Quelque chose qui va au-delà de l’horizon. Quelque chose de spirituel. Quelque chose qui est connecté à Dieu. Ce sont des philosophies de la vie différentes ».

Douguine, un Orthodoxe hétérodoxe

Douguine propose une critique somme toute classique de l’Ouest démocratique, déjà formulée en substance chez les penseurs contre-révolutionnaires français, notamment catholiques, au XIXème siècle ou encore allemands dans le cadre de la révolution conservatrice germanique. Dénonciation de la bourgeoisie, du relativisme, du matérialisme, de la démocratie dite « représentative » et spectre de la décadence. Ses constats sont généralement justes et sont admis par la majorité des critiques de la modernité européenne.

Ses solutions ne sont pas réellement novatrices. Héritier du mouvement slavophile anti-occidental avec des figures comme Dostoïevsky, Douguine nourrit l’idée de l’exceptionnalisme russe qu’il présente comme la face politique du monde orthodoxe.

Cependant, « l’orthodoxie » que défend Douguine n’est pas chrétienne. Elle est même foncièrement hérétique, s’inspirant des enseignements gnostiques et ésotériques ayant cours depuis toujours en Europe et en Orient. Douguine défend donc le pilier fondamental du traditionalisme gnostique : toutes les religions détiennent une parcelle de vérité, fragment d’une tradition spirituelle primordiale perdue qu’il faut reconstruire, notamment par une sorte de « fédéralisme religieux ». C’est l’approche qu’en ont également les maçonneries d’Europe de l’Ouest depuis l’origine qui ont, de tous temps, combattu le principe de Vérité Révélée dont est gardienne l’Eglise.

Face à la « décadence moderne » européenne, qui prend pourtant racine dans les cercles gnostiques dès le Moyen-Âge, Douguine oppose l’idée d’une Eurasie fédérative, rempart des traditions organiques – culturelles et spirituelles – face au globalisme occidental.

Voici ce que déclare Alexandre Douguine sur sa conception de l’Orthodoxie russe :

« Non, l’Orthodoxie spirituelle n’est pas exclusive. A la différence du Catholicisme, l’Orthodoxie est plus flexible. Nous Russes ne sommes pas nationalistes, nous n’avons jamais été une nation. Quand nous disons « nous », cela n’a pas un sens ethnique. Les Tchétchènes ou les Ouzbeks sont aussi inclus. Nous avons dit aux peuple turc et mongol : vous faites maintenant partie de la culture orthodoxe, mais nous ne vous persécuterons pas. Vous aurez vos mosquées, vous pourrez prier. Quand nous parlons de l’esprit orthodoxe d’un peuple, cela ne veut pas dire que nous déclarons la guerre contre les autres cultures ».

Dans cet extrait, nous voyons qu’en fait d’orthodoxie, il n’est pas question d’Eglise Orthodoxe ou de Christianisme, mais du concept fumeux « d’esprit orthodoxe ». Ce concept est aussi utilisé par Julius Evola, un autre auteur gnostique ayant influencé la pensée spiritualo-politique des cercles antimodernistes, sous le nom de « race de l’esprit ».

Pour Douguine, peu importe la tradition religieuse, qui n’est qu’une spécificité extérieure, l’essentiel se situe dans l’attitude spirituelle supposée d’un homme. C’est l’approche indifférentiste courante de la tradition gnostique, par ailleurs spécifiquement tournée contre le principe de vérité révélée du Christianisme.

Pour Douguine donc, l’Orthodoxe russe ressemble aussi à cela :

buddhist+monks

Des moines bouddhistes lors de la parade du Deel en Mongolie, 2013

Il ne s’agit pas, dans notre argumentation, de dénigrer les minorités diverses de l’empire russe. Mais d’éclairer sur la nature profondément dévoyée du discours d’Alexandre Douguine quand il parle à la fois de l’Orthodoxie et de l’identité des peuples de Russie. A cet égard, comme évoqué précédemment, cette intégration confuse de toutes les religions sous le vocable de « Tradition » et « d’Orthodoxie » se retrouve également dans la définition que donne Douguine de la nationalité russe. Comme il le dit, pour lui, les Tchétchènes sont russes au même titre que les Turcs.

Il apparaît sans doute possible, quoiqu’en dise le penseur « eurasiste », que Douguine soit un esprit parfaitement moderniste au sens où nous l’entendons, dans la tradition catholique. Face au jacobinisme culturel et à l’athéisme de l’Occident, il propose un girondisme spirituel qui pour autant n’aspire pas moins à l’unification des religions en un tout cohérent et fédéré, moyennant les nécessaires espaces de « travail » ésotérique. A ce girondisme spirituel il ajoute un jacobinisme ethno-politique le poussant à « russifier », verbalement du moins, les minorités nationales de Russie.

Au final, ce « multiculturalisme » eurasiatique semble n’être que le pendant du multiculturalisme occidental, érigé en « défiance » de ce dernier.

Bien sûr ici il n’est pas question de valider l’idée d’un éclatement de la Fédération de Russie sur des lignes ethniques, mais de souligner que par définition une fédération fédère des entités différentes. Quoique dotés de passeports de la Fédération de Russie, les Tchétchènes n’en sont pas moins de nationalité tchétchène et non pas « russe ». Cette dénaturation de l’identité slave du peuple russe semble être le produit du constructivisme typique de la modernité, Douguine appelant à faire de la Russie charnelle le versant profane, politique et superstructurel de ses conceptions ésotériques et idéologiques. A l’image de ce que devint la France en 1792, quoique selon une forme différente naturellement.

Dès lors, on se demande en quoi l’indifférentisme d’un Douguine serait d’aucune aide à la Russie orthodoxe et plus largement à l’Europe. Celui-ci ne tend finalement qu’à promouvoir un jacobinisme racial d’une part et un relativisme religieux de l’autre, dans le but de combattre paradoxalement ces mêmes concepts qu’il accuse l’Occident d’importer en Russie.

Quelle différence, en termes réels, entre ce genre de réunions interreligieuses en France :

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Et celles que réalise lui-même Alexandre Douguine, comme ici avec l’imam Imram Hossein :

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Ou ici avec des rabbins à Paris :

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Hélas, il n’y a là rien de nouveau. Alexandre Douguine est un ami des sectes sabbataïstes et a donné en leur sein des discours (source) où il souligne toute la proximité qu’il entretient avec ces cercles ésotériques connus de longue date pour leurs actions subversives.

Les rapports troubles entre les Illuminés de Bavière – une organisation voulant fédérer Maçons, Rose-Croix, etc. en vue d’une révolution en France – et ces sectes sont notoires. Il n’est pas jusqu’à l’ésotériste René Guénon – dont par ailleurs se revendique également Douguine – qui n’ait abordé la question.

Ainsi Guénon cite-t-il les Cahiers Romains dans A propos des Supérieurs Inconnus in La France antimaçonnique 1913  : « Le fameux Bernard Lazare n’a pas reculé devant cet aveu: « Il y eut des Juifs autour de Weishaupt« . Lorsque Guénon fait cette citation, il n’est pas indifférent de noter que les rapports entre juifs sabbataïstes et Illuminés de Bavière ont été établis par le kabbaliste Gershom Scholem, et que d’autre part, le « fameux Bernard Lazare » était un sabbataïste déclaré. Voir à ce sujet son livre testament, Le Fumier de Job, dont la postface d’Hannah Arendt donne aussi de précieuses indications sur les rapports de Bernard Lazare avec Theodor Herzl.

Gershom Scholem, kabbaliste et sabbataïste lui-même, est présenté par Alexandre Douguine comme « le plus grand penseur traditionnaliste ».

Citons encore ce passage de La Stricte Observance et les Supérieurs Inconnus, publié en 1913 dans La France antimaçonnique :

« Pour ce qui est de Falck-Scheck, nous relevons dans une [i]Notice historique sur le Martinésisme et le Martinisme[/i] dont nous reparlerons, un fait qui mérite d’être cité: « Mme de la Croix, exorciste de possédés et trop souvent possédée elle-même, se vantait surtout d’avoir détruit un talisman de lapis-lazuli que le duc de Chartres (Philippe-Egalité, plus tard duc d’Orléans, et Grand-Maître de la Maçonnerie française) avait reçu en Angleterre du célèbre Falck-Scheck, grand-rabbin des Juifs, talisman qui devait conduire le prince au trône, et qui, disait-elle, fut brisé sur sa poitrine (à elle) par la vertu de ses prières ». Que sa prétention ait été justifiée ou non, il n’en est pas moins vrai que cette histoire jette un singulier jour sur certaines des influences occultes qui contribuèrent à préparer la Révolution. »

Ce qui est à noter, c’est que selon Gershom Scholem, Falk était un initié sabbataïste :

« L’un (des « possesseurs du Nom ») s’appelait Moïse-David de Podhajce, l’autre, Samuel Falk, connu sous le nom de « docteur Falk, le Baal Shem de Londres. »

Gershom Scholem Aux origines religieuses du Judaïsme laïc – Calmann-Lévy page 187.

Gershom Scholem, kabbaliste et historien du judaïsme, admet volontiers les liens occultes dont nous avons parlé et qui ont oeuvré, parmi d’autres, à la révolution française puis à celles qui suivirent.

Douguine signe également volontiers ses échanges avec les sabbataïstes par des « Humblement en étincelles » ou encore « Bien à vous en étincelles ». Cette référence est une allusion à un des éléments de la croyance sabbataïste selon laquelle Dieu serait éclaté en d’infinies « étincelles » divines – les « nitzotzot » – répandues dans l’univers et prisonnières dans des sortes de « coquilles ». Ces « étincelles divines » peuvent être « libérées ». Pour cela, selon les tenants de cette croyance, des actions individuelles diverses peuvent hâter cette libération et, ce faisant, précipiter l’arrivée du Messie. La libération de cette « énergie divine » par l’action individuelle pourra ainsi « réparer » le monde selon le concept de la « Tikoun Olam » ainsi que le « Royaume divin ».

Multipolarité cosmopolite

On comprend dès lors que Douguine ne souscrive absolument pas au principe de vérité révélée seule détenue par l’Eglise, orthodoxe ou catholique, et qu’en conséquence son approche géopolitique consiste à défendre un strict cosmopolitisme spirituel. Acquis à l’idée gnostique que la connaissance éclaire l’homme et le sauve et que la vérité est partout, pour qui sait la voir, Douguine veut donc dresser l’ensemble des civilisations non-occidentales, contre l’Ouest démocratique paradoxalement né dans les mêmes cercles.

Cette approche hérétique du point de vue orthodoxe comme catholique sert pourtant de base idéologique à l’intellectuel « eurasiste » afin de se faire passer comme le tenant d’une Russie orthodoxe intransigeante.

Ce confusionnisme spirituel, il le partage avec celui qui est de mise aux USA où les sectes et groupes religieux de toute nature sont particulièrement puissants, de l’Eglise de Scientologie à la maçonnerie, en passant par les églises évangélistes, les organisations musulmanes ou bouddhistes. La république américaine, digne fille de maçons comme Benjamin Franklin, affiche en toute circonstance sa filiation déiste, en conformité avec l’héritage de la maçonnerie britannique. Déisme « tolérant », c’est-à-dire non dogmatique qui insiste sur la « liberté de conscience », pierre cardinale des sectes gnostiques, lancée en défi du Catholicisme depuis l’origine. L’Amérique n’est pas, n’a jamais été le fer de lance de l’athéisme.

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Réunion interreligieuse dans la cathédrale de Washington : Bouddhistes, Hindous, Catholiques, Protestants, juifs sont présents

Il n’est pas difficile de critiquer la modernité occidentale. Les esprits qui se sont montrés les plus virulents contre ses émanations ont souvent été de simples ramifications de cette dernière. A l’instar de Marx. Ceci selon le principe connu de la « contradiction interne » qui génère ses propres paradoxes et forces centrifuges.

Aussi, quand Alexandre Douguine dénonce les « Femen » ou la « Gay Pride », il n’offre pas une critique à valeur ajoutée qui puisse nous être d’une aide particulière : elles sont déjà formulées en Europe même. Cela n’est pas davantage le gage d’une pensée proche de nos cercles. Après tout, nombre de salafistes dénoncent le décadentisme moral en Europe et nous ne nous sentons pas de proximité particulière avec ces derniers pour autant.

Douguine n’est pas aussi éloigné de la modernité européenne qu’il le dit et ses critiques, finalement, sont d’une grande banalité quant à leur objet. L’eurasiste est évidemment conscient de ce qu’il oeuvre contre l’Orthodoxie chrétienne qui, par définition, se dresse face à l’hétérodoxie et ses prurits.

Les agitations de Douguine, loin de servir le Bien objectif à défaut de servir le Bien principiel, s’oppose factuellement aux efforts de Vladimir Poutine dès lors que ce dernier cherche à rassembler en une Europe commune, qu’il qualifie de « Confédération », Russie et peuples européens du continent.

On doit s’interroger sur cet intellectuel qui semble particulièrement empressé de vouloir pousser la Russie dans les pièges que lui tend l’Amérique, au nom d’une pureté idéologique et morale que réprouve le président russe. Et qui ne vise, en somme, qu’à asiatiser la Russie qui pourtant a son destin lié à celui des autres Européens.

Alexandre Douguine, marginal, n’est pas un ami de l’Europe pour laquelle nous combattons, c’est la conclusion légitime que nous tirons. Ponctuellement, des critiques communes peuvent viser une même cible, mais cela ne forge pas une unité idéologique ou spirituelle.

Ce projet qu’on pourrait qualifier de « Grand-Européen » est étranger à la pensée de l’eurasiste dont l’idée consiste finalement à lier rabbins, imams, occultistes et autres moines mongols dans une construction politique qui n’a pour seule cohérence que les contours géographiques de la mappemonde et son incompatibilité radicale avec la foi chrétienne.

 

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8 COMMENTS

  1. Vraiment pas convaincant comme article…

    Quelle différence entre euro-sibérie et eurasime?

    Je suis sur qu’on peut trouver des extraits ou Poutine affirme également que les cultures musulmanes et bouddiques font partie de l’identité russe.

    Des photos de poutine avec des juifs, on peut en trouver également.

    Les nationalistes ethniques russes sont mis en prisons pour néo-nazisme.

    Douguine n’a jamais été communiste, le NBP n’était qu’une réaction a l’entrée du capitalisme en Russie en 1991.

    Douguine n’est de loin pas le pire isolationniste russe.

    • Cet article est suffisamment convaincant pour faire enrager les quelques pelés qui suivent le Gourou gnostique et compagnon de route de la tribu de David.

      Douguine est un clown, un hérétique de la pire sorte, un marginal vomi par le gouvernement russe. Il faut tout de même mettre au clair la situation.

      Fort heureusement, il n’inspire personne à proprement parler, sauf quelques individus impressionables à Paris. Mais il fallait préciser quand même que cet énergumène était un ennemi fondamental de l’Eglise Orthodoxe et de la Russie comme empire chrétien et l’opposant déterminé de l’Euro-Sibérie qui à l’exact opposé de « l’Eurasisme », ce machin improbable pour attardés.

      A notre avis, l’avenir de Douguine est derrière lui et avec lui, les trois pelés de sa secte kabbalistique. Il pourra toujours aller deviser avec ses rabbins, c’est finalement là qu’il est le plus à sa place.

  2. Oui A. Douguine a participé à une réunion sur la pensée de R. Guénon avec des rabbins et alors? Il dénonce la corruption occidentale est-ce mal? Il veut un monde multipolaire et que chaque peuples développent son génie particulier, est-ce trop demandé? La quatrième théorie est un concept essentiel pour dépasser les vieux clivages et faire de l’Europe autre chose que l’occident, un occident qui détruit le proche orient sous les bombes avec l’aval des maîtres américains. Désolé mais il y a beaucoup à prendre dans la vision eurasiste, mais il faudrait pour mieux la connaître, traduire les autres auteurs eurasistes.

    • Douguine est un clown enjuivé doublé d’un hérétique, ennemi de la foi orthodoxe. A part nous faire rire, il ne fait pas grand chose.

  3. Merci beaucoup à l’auteur pour cet article passionnant. Ce Douguine est un mondialiste illuminé. Ce qui est plaisant chez Poutine c’est sa référence à l’Europe qui est incontestablement le berceau de la Russie et au christianisme. Par ailleurs la bouillie syncrétiste de Guénon et d’Evola, il faut en sortir! Elle nous conduit directement à faire de nous des dhimmis. Voir dans le même ordre d’idée le saint-simonisme (secte religieuse maçonnique) qui a marqué de son empreinte la politique coloniale en Algérie, on en voit le résultat aujourd’hui.

    Bravo à Tyler Durben, entièrement d’accord avec vous!

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