1scottish_2678776b

BREIZATAO – ETREBROADEL (07/09/2014) Et si le cauchemar des dirigeants britanniques, le premier ministre David Cameron en tête, était en passe de devenir réalité ? L’indépendance de l’Ecosse, longtemps pure chimère, improbable jusqu’à ces derniers jours, relève désormais du possible. A onze jours du référendum du 18 septembre qui doit en décider, le reste du Royaume, jusqu’ici peu préoccupé par l’enjeu écossais, se réveille brutalement. Pour la première fois, dimanche 7 août, un sondage d’opinion donne le « oui » à l’indépendance écossaise majoritaire.

Publié à la « une » du Sunday Times, l’enquête de l’institut YouGov attribue 51 % des voix au « yes » contre 49 % au « no », si l’on ne tient pas compte des électeurs indécis. Même si ce résultat se situe dans la marge statistique d’erreur, il confirme une poussée spectaculaire des partisans de l’indépendance : aujourd’hui à la traine, le « non » avait encore 22 points de pourcentage d’avance voici seulement un mois. Le résultat apparaît d’autant plus cinglant que YouGov n’est pas réputé pour être favorable à l’indépendance.

« Une victoire du « oui » est à présent une réelle possibilité », insiste Peter Kellner, patron de l’institut YouGov, dans le Guardian. Et même si le « non » l’emportait, poursuit-il, ce serait bien trop faiblement pour mettre KO les partisans de l’indépendance qui pourraient réclamer un autre référendum dans quelques années. Quelle que soit l’issue du vote, la question écossaise n’est donc pas prête de s’évaporer dans le ciel du Royaume-Uni.

Le 18 septembre, les Ecossais se rendent aux urnes pour dire si oui ou non, ils veulent leur indépendance. Un référendum d’autodétermination historique, alors qu’un mois jour pour jour avant le scrutin, le ‘oui’ reste bel et bien à la traîne dans les sondages. Sur les quatre millions d’électeurs appelés aux urnes, 46 % voteraient pour rester sous pavillon de l’Union Jack, contre 36 qui seraient pour l’indépendance. Pour avoir une chance de l’emporter, le Premier ministre et président du Scottish national party (SNP), Alex Salmond, doit de convaincre une grosse majorité des 16% d’indécis qu’une Ecosse indépendante serait plus prospère et plus juste socialement. Or, ce dernier a déçu début août lors de sa première grande confrontation télévisée avec Alistair Darling, ex-ministre travailliste qui dirige la campagne du non. Il n’a pas convaincu par exemple sur la question cruciale de la monnaie. Les indépendantistes désirent garder la livre-sterling, mais sont accusés de ne ‘pas avoir de plan B’, alors que Londres est officiellement opposé à une telle union monétaire. Se montrera t il plus persuasif le 25 août lors du prochain débat?

Là où Alex Salmond a voulu faire aussi la différence, c’est sur l’avenir des aides sociales et du système de santé, autre gros enjeu de la campagne. Mettant en avant les dérives d’une privatisation croissante, les indépendantistes proposent d’inscrire un service national de santé gratuit dans une nouvelle constitution écrite après l’indépendance. ‘Plus gros mensonge’ de la campagne rétorquent les partisans du non. L’autre carte sur laquelle comptait Alex Salmond, c’est le vote des jeunes écossais. Les adolescents de 16-17 ans ont été exceptionnellement invités à voter. Or, selon une récente étude de l’Université d’Edimbourg, 52 % d’entre eux sont contre l’indépendance. Une décision historique à prendre, dont le député Rory Stewart mesure l’ampleur. ‘D’une certaine manière, nous ne réalisons pas à quel point c’est la plus grande grande décision politique depuis la seconde guerre mondiale, peut-être la première grosse décision politique de notre pays en 300 ans, c’est un tiers de notre pays qui peut partir. C’est le Royaume-Uni qui peut être mis en pièces’ dit-il. Mais si le « non » l’emporte, ce qui semble l’issue la plus probable, leRoyaume restera Uni, comme il l’est, depuis 1707.

« Défendre l’Union pied-à-pied, toutes affaires cessantes »

A l’alerte sonnée par les sondages, s’est ajoutée la glissade de la livre Sterling contre l’euro et le dollar, et celle des actions des grandes entreprises écossaises. « Si nous perdions l’Union [avec l’Ecosse], ce ne serait pas seulement un désastre pour l’Ecosse, mais une humiliation nationale aux proportions catastrophiques », a tonné le député conservateur Edward Leigh, mercredi aux Communes, enjoignant les leaders des trois grands partis, tous défavorables à l’indépendance, à « défendre l’union pied à pied, toutes affaires cessantes ». David Cameron a montré qu’il prenait au sérieux la menace.

Dès l’ouverture du sommet de l’OTAN, au Pays de Galles, jeudi, il s’est adressé aux électeurs écossais : « dans ce monde dangereux, où les terroristes menacent, n’est-il pas préférable de faire partie du Royaume-Uni qui possède l’un des budgets de défense les plus élevés du monde ? ».

Mais si les Tories, qui dominent le gouvernement de coalition ont de sérieux motifs d’inquiétudes – un « oui » à l’indépendance sonnerait comme un désaveu cinglant du premier ministre –, la poussée pro-indépendantiste en Ecosse, terre d’élection des travaillistes, tracasse aussi le Labour. Alors que le parti milite au sein de la campagne du « non » (« Better together », « mieux ensemble »), la proportion de ses électeurs écossais optant pour le « oui » est passée, selon les sondages, de 18 à 35 % en l’espace d’un mois.

La débâcle du travailliste Alistair Darling, patron de « Better together » au cours de l’ultime débat télévisé, le 25 août, semble avoir accéléré la perte en ligne. Ce soir-là, Alex Salmond, le chef du parti séparatiste SNP qui conteste la politique néo-libérale de Londres, avait bousculé M. Darling, en l’accusant d’être complice des sévères mesures d’austérité décidée à « Westminster », symbole de l’oppression britannique aux yeux du SNP.

Miliband dépêché en toute hâte près de Glasgow

Leader charismatique et madré, M. Salmond semble avoir réussi à convaincre les électeurs travaillistes que le référendum était un vote contre les Tories. En répétant que « l’Ecosse est un des pays les plus riches du monde », pétrole aidant, il a flatté l’orgueil national tout en atténuant les craintes (monnaie, sécurité, pensions, etc) que suscite l’éventuelle séparation avec Londres. En arguant que l’indépendance était le seul moyen de sauver la sécurité sociale (NHS) de la privatisation, il semble avoir réussi à mobiliser des électeurs écossais, très majoritairement de gauche, mais troublés par la campagne commune contre l’indépendance que mènent ensemble gouvernement et opposition. «Je connais le moyen de se débarrasser de ce gouvernement Tory, a répliqué Ed Miliband, d’origine juive et chef de file du Labour, c’est de voter « non » et d’élire [en mai] un gouvernement Labour ». Car les travaillistes eux aussi ont fini par passer à la contre-offensive.

Dépêché en toute hâte jeudi à Blantyre, ancienne ville minière proche de Glasgow, M. Miliband a pris un bain de foule, et fait du porte-à-porte avec des militants locaux, poursuivi par une nuée d’indépendantistes. Se disant engagé en faveur de la « justice sociale » et du « changement », il s’en est pris à la fois aux Tories et à Alex Salmond, qualifié d’ « hypocrite », parce qu’il veut baisser l’impôt sur les sociétés tout en promettant une société plus solidaire.

Gordon Brown doit présider plusieurs meetings

Mais le message du leader travailliste a été brouillé par l’annonce concomitante du vote en faveur de l’indépendance des adhérents de l’influent syndicat écossais des transports. « Les électeurs travaillistes d’Ecosse tournent le dos à l’élite de Westminster qui inclut Ed Miliband », a asséné Alex Salmond Pour tenter d’endiguer l’hémorragie de leurs électeurs, les travaillistes vont dépêcher leurs poids lourds. Ecossais d’origine, l’ancien premier ministre travailliste Gordon Brown doit présider plusieurs meetings la semaine prochaine et une centaine de parlementaires Labour vont battre la campagne écossaise.

Afin de rassurer les Ecossais qui doutent des promesses de transferts supplémentaires de pouvoirs (« devolution ») au gouvernement d’Edimbourg en cas de victoire du « non », M. Brown a réclamé au président de la Chambre de communes un débat sur ce sujet juste après le vote du 18 septembre. Sur le strict plan de la politique intérieure, les travaillistes ont nettement plus à perdre que les Tories d’une sécession de l’Ecosse : alors que ces derniers n’y ont qu’un seul élu, le Labour en possède 40, dont les sièges disparaîtraient en cas d’indépendance.

Une éventuelle majorité travailliste issue des élections de mai prochain pourrait alors se trouver compromise. Un scénario catastrophe qui passionne les spécialistes de sciences politiques, mais donne des sueurs froides aux dirigeants du Labour.

(source)

Abonnez-vous à la newsletter de BREIZ ATAO !