France : la guerre des générations qui vient

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Avec 21% d’écart de vie entre jeunes et vieux, la France est le pays le plus inégalitaire vis-à-vis des jeunes

BREIZATAO – ARMERZH (13/10/2014) Les inactifs sont donc de plus en plus nombreux. Rien de très surprenant, c’est une réalité connue et anticipée depuis de nombreuses années. Ce que l’on sait moins, c’est qu’au pouvoir du nombre, ils ont ajouté le pouvoir de l’argent. Dans ce contexte général, la France apparaît comme le pays où les vieux ont le plus radicalement organisé la précarisation et l’appauvrissement de la jeunesse. Les retraités-rentiers contre les jeunes actifs.

Inégalités croissantes entre retraités et jeunes actifs

Aujourd’hui, en France, le patrimoine est concentré chez les plus de 50 ans. Ils détiennent 68 % du patrimoine net alors qu’ils ne représentent que 37 % de la population. Selon l’INSEE, les plus de 65 ans possèdent la moitié de la capitalisation boursière et 75 % des retraités sont propriétaires de leur logement.

Aux États-Unis, les plus de 50 ans sont dans une position encore plus confortable puisqu’ils concentrent 74 % du patrimoine alors qu’ils ne représentent que 32 % de la population

Surtout, et c’est le plus important, l’évolution du patrimoine a été très favorable ces dernières années aux plus de 60 ans. En France, selon les chiffres de l’INSEE, le patrimoine net d’un ménage dont le chef de famille a 30 ans est de 32 700 euros, soit onze fois moins que celui des Français âgés de 60 à 69 ans, en moyenne de 345 500 euros. Ce chiffre très important pourrait sembler logique de prime abord, les plus âgés ayant travaillé plus longtemps ont pu accumuler du patrimoine à l’inverse des jeunes qui démarrent à peine. Mais si on remonte dans le temps, on se rend compte que les inégalités générationnelles se sont accrues. Il y a vingt ans, en 1992, le patrimoine était seulement sept fois plus grand.

La richesse va vers les plus vieux

En vingt ans, on note un très net déplacement de la richesse vers les retraités. En 2010, la cohorte la plus riche est celle des 60-69 ans – pratiquement tous retraités – nés entre 1941 et 1950 qui possèdent un patrimoine 1,5 fois plus important que celui du reste de la population, alors que les actifs de 40-49 ans, nés entre 1961 et 1970, ont un patrimoine supérieur de 1,24 fois seulement au niveau médian de la population. En 1992, les mieux dotés étaient les 50-59 ans – presque tous actifs – qui avaient un niveau de vie médian 1,6 fois supérieur au patrimoine médian des ménages français.

Aujourd’hui, mieux vaut être rentier que travailleur acharné. Dans son ouvrage Le Destin des générations, le sociologue Louis Chauvel démontre que les changements sociaux massifs qui affectent la structure sociale (élévation du pourcentage de cadres supérieurs, croissance de la scolarité, des revenus, etc.) concernent moins la société dans son ensemble que certaines cohortes. En 1970, à l’âge de 25 ans, les titulaires du baccalauréat avaient 60 % de chance d’accéder à la catégorie de cadre ou profession intermédiaire. En 2005, le taux n’était plus que de 20 %. Trente ans après, la génération née en 1970 compte toujours 55 % de cadres et professions intermédiaires. La génération de 1970, elle, n’a pas progressé sur l’échelle sociale.

Ecart de revenus de plus de 20%

Ainsi, en s’intéressant à l’évolution du revenu disponible 2 des jeunes actifs et des baby-boomers encore actifs sur une période de vingt-six ans entre 1979 et 2005, il démontre que le revenu des 35-39 ans a diminué d’environ 12 % par rapport à la moyenne nationale, tous âges confondus, tandis que celui de la classe d’âge des 55- 59 ans a progressé de 11 % par rapport à la moyenne nationale. Il était 4 % en dessous de la moyenne nationale ; il se situe maintenant 7 % au-dessus. En conséquence, les jeunes actifs qui ont la trentaine ont perdu 23 points relativement à leurs aînés de vingt ans. Autant que les inégalités de revenu entre hommes et femmes !

En 2010, les ménages des personnes âgées de 65 à 74 ans disposaient d’un revenu disponible 1,04 fois supérieur à celui des 25-34 ans. Mais le plus surprenant, c’est que le revenu de cette tranche d’âge inactive progresse plus vite que celui des ménages des jeunes actifs. Situé à 32 560 euros en 2010, il a progressé de 25 % en quinze ans alors que celui des ménages de 25-34 ans n’a augmenté que de 12 % pour atteindre 31 250 euros, les revenus du capital progressant plus vite que les revenus du travail.

La conclusion de Louis Chauvel est limpide sur ce sujet : « Les générations nées dans les années 1940 apparaissent ainsi comme surfant sur une vague montante qui se brise derrière eux . »

La pauvreté : le privilège des jeunes générations

Dans le même temps, la pauvreté a changé de camp. Alors qu’hier elle frappait d’abord les plus âgés, la pauvreté est devenue le problème de la jeunesse. Les courbes par âge de la pauvreté se sont renversées. Au début des années 1970, le taux de pauvreté des plus de 60 ans dépassait la barre des 30 %. Nées avant 1925, ces générations frappées de plein fouet par la guerre n’avaient guère pu épargner ni accumuler des droits sociaux. Quarante ans après, le taux de pauvreté des seniors a fortement diminué grâce notamment à la généralisation des systèmes de retraite. Désormais, c’est chez les jeunes que la proportion de pauvres est la plus élevée. En 2008, le taux de pauvreté des 18-29 ans a atteint 15 % contre environ 10 % pour les plus de 60 ans.

France : les jeunes générations désespérées et lucides

Un sondage réalisé fin 2013 indiquait que 84% des moins de 30 ans considéraient qu’ils « vivraient moins bien que leurs parents ». Un chiffre donnant l’ambiance générale au sein des nouvelles générations qui se considèrent comme invisibles, sacrifiées et écartées par un système politico-économique globalement conçu par et pour les Baby-Boomers. C’est un chiffre qui est égal à celui de la jeunesse grecque interrogée sur la même question. Et pourtant, en France, aucune vague de réformes économiques profondes n’a encore été mise en oeuvre…
Conséquence de ce désespoir, les jeunes Français (18-30) veulent massivement devenir fonctionnaires, comme leurs parents. Bénéficier d’un salaire fixe, augmentant avec l’ancienneté, en plus de l’emploi à vie, voilà ce qui tente une génération qui, très rationnellement, comprend que créer son entreprise relève du suicide en France. Ils sont ainsi 73% à vouloir rentrer dans la fonction publique dans cette classe d’âge.
Les jeunes diplômés sont massivement tentées par une expatriation. Selon un autre sondage réalisé en 2013, 79% des étudiants indiquent qu’ils seraient prêts à envisager de partir à l’étranger pour chercher un emploi après l’obtention de leur diplôme.Parmi les raisons qui pourraient susciter ce départ vers l’étranger figurent l’opportunité d’évolution de carrière et de rémunération (pour 59 % des sondés), la qualité de vie (56 %), l’environnement économique (52 %).
Ce sentiment se retrouve plus largement chez les jeunes Français et pas seulement les catégories de niveau universitaire. Selon une autre étude, 50% des 18-24 ans aimeraient partir à l’étranger, tandis qu’un tiers de ceux s’étant exilés affirment ne jamais vouloir rentrer.
Des dépenses publiques qui bénéficient aux vieux
Tous les partis politiques vantent l’état social français et flattent l’étatisation croissante de l’économie. Désormais, ce sont 57% du PIB français qui sont absorbés en dépenses publiques. Un niveau qui devrait atteindre 60% en 2017, malgré les affirmations réformistes du gouvernement.
Ces dépenses sociales, souvent présentées comme la panacée, ne sont jamais analysées à la lumière des inégalités entre classes d’âge. Et on en comprend la raison : 45% de la dépense publique était sociale en 2012 et retourne donc d’abord aux plus âgés (santé, retraites, etc.). Depuis les années 70, la part de l’investissement public, dans les infrastructures notamment, a reculé pour atteindre 6% en 2012. Armée, Education, Recherches, etc. voient leurs crédits s’effondrer tandis que dans le même temps les dépenses en direction des nouveaux retraités ne cessent d’augmenter.
Ce à quoi il faut ajouter l’accroissement du nombre de fonctionnaires dans les administrations qui a fait exploser les coûts de fonctionnement. Bref, depuis 40 ans, les deux générations antérieures ont alloué les budgets aux dépenses de court-terme, dont beaucoup à caractère politique et électoral, au lieu d’offrir aux futures générations les bases infrastructurelles dont elles avaient besoin.

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