erdogan_2800643b

Recep Tayyip Erdogan, le président islamiste de la Turquie

BREIZATAO – ETREBROADEL (03/12/2015) L’acte de guerre qu’a constitué la destruction du bombardier SU-24 russe a été planifié et mis en oeuvre avec le plein soutien de l’OTAN. Ou plus exactement, de la composante US du commandement de l’OTAN. L’intervention russe en Syrie menace les intérêts de la faction radicale de l’établissement politique américain qui dispose de liens stratégiques avec l’Arabie Saoudite depuis le Pacte du Quincy, en avril 1945.

Tout est désormais fait pour provoquer l’échec de l’intervention russe, y compris la fermeture du Bosphore par lequel transite le ravitaillement russe pour ses troupes en action en Syrie.

Coup monté des bellicistes de l’Otan

Le président russe, qui s’exprimait devant le parlement russe aujourd’hui, a clairement indiqué que cette attaque était une provocation visant à entraîner la Russie dans une confrontation avec la Turquie et donc l’Otan (source) :

« Nous n’aurons aucune réaction nerveuse, hystérique, dangereuse pour nous-même et pour le monde entier. Une réaction destinée à obtenir un quelconque effet extérieur ou à obtenir des dividendes intérieurs immédiats. Cela n’aura pas lieu. Nos actions seront avant tout guidées par la responsabilité envers notre pays et envers notre peuple », a-t-il dit.

Poutine démontre là qu’il comprend parfaitement le but de cette destruction volontaire, qui n’a absolument pas pu être réalisée de manière indépendante des USA dont dépend Ankara pour sa défense.

Le ministre de la Défense grec, Panos Kammenos, a indiqué à la télévision grecque que l’avion russe avait été abattu au dessus du territoire syrien et non pas au dessus de la Turquie (source), soulignant que c’est un groupe radical turc connu pour être contrôlé par le gouvernement qui avaient abattu le pilote russe :

« L’attaque a eu lieu dans l’espace aérien syrien. Cela ne fait aucun doute. La partie turque sait que autrement Ankara devrait invoquer l’article 5 de la charte de l’Otan et demander l’aide de l’alliance. Il s’agit indubitablement d’une action militaire dans le territoire d’un autre état. Mais le meurtre du pilote est encore plus important, car il a été assassiné par des membres du groupe extrémiste turc des Loups Gris ».

Les « Loups Gris » sont connus pour être secrètement dirigés par le renseignement turc, y compris en Europe, mais aussi pour faire partie des réseaux secrets de l’Otan (source). La chaîne de commandement paraît donc évidente et la provocation établie.

Empêche l’accord américano-iranien d’aboutir

Alors que Poutine, Obama et, plus récemment Hollande, se sont accordés pour parvenir à une détente globale au Moyen-Orient, la faction radicale de Washington, les états du Golfe et la Turquie tentent par tous les moyens de parvenir à leur but de guerre : s’emparer de la Syrie et reprendre pied en Irak. En plus de faire échouer les accords entre l’Iran et la Maison Blanche.

Rappelons ici que le but de cette opération contre le bombardier russe vise à empêcher un rapprochement entre la Turquie et la Russie pour le transit de gaz vers l’Europe.

Les USA étaient déjà parvenus à empêcher le projet russe de gazoduc devant transiter par la Bulgarie (« South Stream / Courant Sud »), pays vassal membre de l’Otan. L’alternative russe était le « Turkish Stream / Courant Turc » (en bleu) :

1423566023

La Grèce avait commencé à bâtir le prolongement du « Turkish Stream » afin d’atteindre la Hongrie et l’Autriche. De quoi renforcer la coopération euro-russe, cauchemar de l’impérialisme atlantique :

Turkish Stream
Le premier résultat de la destruction du bombardier russe a été de suspendre, provisoirement, les négociations entre la Turquie et la Russie au sujet du « Turkish Stream ».
Sputnik News (source) :

« A l’heure actuelle, les négociations (sur le gazoduc Turkish Stream, ndlr) sont suspendues, d’autant plus que le travail de la commission intergouvernementale sur la coopération commerciale et économique russo-turque a été suspendue conformément à un arrêté ad hoc du gouvernement russe », a indiqué aux journalistes M. Novak.

La crise syrienne n’est qu’un autre volet de la même guerre : empêcher l’Europe et la Russie de créer une intégration économiquement, notamment énergétique, dont les ramifications seront à termes géopolitiques. Ainsi, les pétromonarchies du Golfe tentent de faire transiter leur projet de gazoduc vers l’Europe via la Syrie. Mais cette dernière est actuellement encore contrôlée par le gouvernement syrien, pro-iranien et pro-russe.

La constitution d’un axe Iran-Irak-Syrie est en passe de créer un géant énergétique capable de marginaliser Turcs, Saoudiens et Qataris, mais aussi Israël. c’est-à-dire les alliés des USA.
Mais pour cela, il doit atteindre les côtes de la Méditerranée :
iran-iraq-syria-pipeline
A cette fin, le gouvernement socialiste français, soudoyé par les pétrodollars d’Arabie Saoudite, a mis au service de la théocratie wahhabite l’armée et la diplomatie de la France. Quitte à soutenir et appuyer des forces djihadistes et participer, aux côtés de l’ancien chef du renseignement saoudien, Bandar Ben Sultan, un état sunnite extrémiste, connu sous le nom de « Etat Islamique » (lire notre article ici).
Fermeture du Bosphore
En échange de son renoncement au projet gazier conjoint avec la Russie, l’Otan a promis à la Turquie de l’intégrer rapidement au sein de l’Union Européenne (lire ici) mais aussi, vraisemblablement, de mettre en oeuvre un plan permettant une victoire en Syrie qui lui permettrait d’accueillir le gazoduc saoudo-qatari.
Ce qui expliquerait son revirement brutal et ses actions récentes qui visent à empêcher la Russie de remporter la victoire. Cela renforce l’hypothèse d’une intervention au sol, probablement déjà planifiée, mais encore impossible en raison de l’opposition de la Maison Blanche.
La Convention de Montreux de 1936 qui régule le passage des navires dans le détroit du Bosphore, entre la Méditerranée et la Mer Noire, assure de la liberté de navigation pour les navires civils. Nikolay Tokarev, président de la compagnie de transport russe Transneft, spécialisée dans l’acheminement de pétrole par voie maritime, a cependant évoqué l’hypothèse d’une telle fermeture. S’il se veut volontairement « rassurant » sur la question, le fait qu’il l’évoque et commence à citer le coût induit pour la Turquie – 440 millions de dollars par an – indique que Moscou pense la menace crédible (voir ici).
Le gouvernement turc a multiplié les signaux en ce sens à l’attention de Moscou. Ainsi un sous-marin turc a été aperçu à proximité d’un navire russe dans les Dardanelles (source). Les navires commerciaux russes ont également été ralenti pendant des heures par l’utilisation de contrôles (source).
Une telle fermeture viserait à étouffer l’offensive aérienne russe en Syrie qui est en train de rapidement détruire les forces islamistes actives dans le pays.
Ne nous trompons pas : une telle fermeture constituerait un acte de guerre de la Turquie islamiste – et de l’Otan – contre la Russie. Ceci au moment où les révélations se multiplient sur l’implication de la Turquie dans le soutien à l’Etat Islamique.