Le Premier ministre turc menace directement la Russie

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Ahmet-Davutoglu

BREIZATAO – ETREBROADEL (15/02/2016) Le chef du gouvernement turc, Ahmed Davutoglu, a profité d’un déplacement très symbolique en Ukraine pour menacer directement la Russie.

La Turquie entend intervenir militairement

Les opérations militaires menées par Moscou dans le nord de la Syrie ont atteint un tournant ces derniers jours, avec la fermeture probable de la frontières entre Alep – première de Syrie et bastion de l’opposition islamiste – et la Turquie.

Conscient que s’il n’entreprend rien rapidement la Turquie perdra un conflit durant lequel il s’est totalement engagé, le gouvernement turc semble privilégier l’intervention directe.

Les déclarations d’Ahmed Davutoglu sont sans ambiguités. Le chef du gouvernement a notamment déclaré que son pays « ne laisserait pas chuter » la ville d’Azaz (1), une ville turkmène frontalière cruciale pour le soutien logistique à la rébellion islamiste.

Ahmed Davutoglu a souligné que la Turquie « prendrait toutes les mesures nécessaires pour assurer sa sécurité » (2).

Ankara désormais sur la défensive

Le Premier ministre turc a ensuite désigné sans difficulté l’ennemi du gouvernement turc : « Le Parti de l’Union Démocratique (Kurdes de Syrie) peuvent s’asseoir à la table des négociations, aux côtés du gouvernement syrien mais pas de l’opposition ».

Les Kurdes, qui peuplement l’essentiel de la frontière nord entre la Syrie et la Turquie, sont considérés comme une menace existentielle par le gouvernement islamiste turc. Le PUD est considéré par Ankara comme une simple vitrine du PKK de Turquie, le parti indépendantiste des Kurdes de Turquie.

Face aux progrès conjoints de l’armée syrienne, des forces spéciales iraniennes et des Kurdes – tous appuyés par l’aviation russe – la Turquie risque de se retrouver rapidement avec une frontière close. Pire, le territoire kurde deviendrait une base pour les forces kurdes indépendantistes de Turquie.

La position de la Turquie a donc évolué, passant de l’offensive à la défensive. L’implication turque visait à installer un régime fantoche à Damas. Il est désormais question pour le gouvernement islamiste turc de conjurer la partition de son territoire sous la pression des Kurdes du PKK et de son allié russe.

Si d’aventure quelqu’un pouvait douter de la volonté russe de venger la destruction de son avion le 24 novembre dernier, l’ouverture de la première ambassade officielle des Kurdes à Moscou dissipera les derniers questionnements (4).

La Turquie désigne la Russie

Le chef du gouvernement turc a fait une déclaration lourde de sens indiquant que telle était l’analyse de la Turquie. « Le PKK en Turquie et le PUD en Syrie sont des pions de la Russie » a dénoncé Ahmed Davutoglu (5).

Cette position du chef du gouvernement indique, comme écrit ci-dessus, que la situation au nord de la Syrie est considérée par la Turquie comme relevant de sa sécurité intérieure. En réduisant les forces kurdes de Turquie et de Syrie à de simples auxiliaires de Moscou, Ahmed Davutoglu désigne la Russie comme le véritable ennemi de la Turquie.

Ce qui implique que toute action armée contre les Kurdes en Syrie et en Turquie ne sera, du point de vue turc, qu’un volet d’une guerre contre la Russie.

Alliance turco-saoudienne

La Turquie a entrepris de bombarder les positions kurdes, en territoire syrien, tandis que l’Arabie Saoudite a annoncé que son alliance des « états islamiques » allait envahir la Syrie. Des avions saoudiens ont rejoint la base turque d’Incirlik d’où ils doivent appuyer des opérations conjointes en Syrie (6).

Il semble que la Maison Blanche et le Kremlin se soient entendues pour une répartition des zones d’influence. L’Ouest de l’Euphrate revenant à la Russie et Damas tandis que l’Est reviendrait aux USA. Ce projet est rejeté en bloc par les Arabes sunnites, les Turcs mais aussi les Israéliens et la faction belliciste de l’État Américain.

Les puissances sunnites ont donc décidé de placer les USA devant le fait accompli et de forcer les USA à choisir entre la Russie et l’Iran d’une part et la coalition sunnite menée par les Turcs et les Saoudiens de l’autre.

La collision entre ces différentes puissances apparaît comme de plus en plus inévitable, avec des conséquences imprévisibles dans la mesure où la totalité du monde musulman et occidental, en plus de la Russie, est impliquée.

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