Syrie : La Russie entrera en guerre contre la Turquie si elle envahit le pays

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BREIZATAO – ETREBROADEL (19/02/2016) La situation continue de dégénérer rapidement en Syrie ou les tensions entre la Russie et la Turquie menacent d’évoluer en conflit ouvert.

L’attentat d’Ankara : un tournant

L’attentat qui a coûté la vie à 28 personnes à Ankara hier a été attribué par le gouvernement islamiste turc aux Kurdes de Syrie. Cette action a touché des soldats de l’armée turque et, selon certaines sources, 22 pilotes feraient partie des victimes (voir ici). Un fait que le président Recep Tayyip Erdogan chercherait à dissimuler.

S’il était avéré que l’aviation turque ait été ciblée de la sorte, l’hypothèse d’un coup monté aux fins de mobiliser l’opinion publique turque en faveur de l’invasion du nord de la Syrie ferait long feu. Il pourrait dès lors s’agir d’une action opérationnelle d’origine extérieure visant à affaiblir la meilleure partie de l’armée de l’air turque en vue d’une confrontation ultérieure avec celle-ci.

La seule puissance qui puisse s’inscrire actuellement dans une telle perspective est la Russie.

Moscou n’a pas oublié le meurtre de son pilote le 24 novembre dernier non plus que les consignes très claires données par Ankara aux miliciens turkmènes afin de faire assassiner le second. Le président russe avait qualifié cet acte de « coup de poignard dans le dos » et la Russie n’avait pas fait mystère du coût futur que devrait payer la Turquie pour cet acte.

L’agence de presse turque ANADOLU a publié (lien) l’interprétation officielle de l’attentat par l’AKP, le parti islamiste au pouvoir :

Le PKK/PYD/YPG est une organisation terroriste mercenaire, selon le vice-président et le porte-parole du Parti pour la Justice et le Développement (AK Parti, Turquie), Omer Celik.

Selon Celik, le PKK, sa branche syrienne PYD (Parti de l’Union démocratique), et la branche armée de cette dernière, le YPG, sont des organisations mercenaires instrumentalisées, qui louent leurs services terroristes à tous les milieux troubles qui participent à la guerre menée par procuration en Syrie.

En utilisant le terme de « mercenaires », Ankara signifie qu’à ses yeux il ne fait aucun doute que la Russie a soutenu, d’une façon ou d’une autre, l’action menée contre son armée hier.

Extension du conflit syrien

Cet événement est intervenu alors que la Turquie voit sa politique syrienne au bord de l’effondrement. Les troupes de l’Armée Arabe Syrienne (gouvernementales) et les milices chiites actives autour d’Alep progressent rapidement, avec l’appui des Kurdes et celui de l’aviation russe. La fermeture totale de la frontière entre la Turquie et la Syrie est imminente, avec pour conséquence l’isolement de la Turquie et le déplacement du conflit vers le Kurdistan turc sous l’impulsion de la Russie et de Bachar al-Assad.

Au surplus, les Kurdes de Syrie et d’Irak bénéficient du soutien des USA qui voient en eux un allié fiable à même de contenir l’Iran et le radicalisme sunnite. La Russie y voit également un allié contre l’islamisme radical et, plus encore, l’outil idéal pour stabiliser la Syrie et détruire la Turquie de l’intérieur. Moscou a fait accepter à Damas le principe d’un état kurde autonome au sein de l’État Syrien sur le modèle du Kurdistan irakien. Une indépendance de facto mais non de jure.

Le spectre d’une insurrection kurde en Turquie, appuyée et armée par la Russie sous le regard indifférent des USA, se précise et le gouvernement turc sait qu’il joue désormais sa survie.

L’extension du conflit en Turquie déborderait potentiellement en Arménie et dans le Caucase.

Les Kurdes menacent la Turquie « d’une grande guerre »

Et cette perspective se précise. Depuis leur ambassade nouvellement ouverte à Moscou, la direction politique des Kurdes de Syrie a fait savoir que la Russie les « défendrait » si d’aventure l’armée turque franchissait la frontière pour détruire la guérilla kurde engagée contre les islamistes soutenus par Ankara.

Bloomberg rapporte (voir ici) les propos de Rodi Osman, le chef de la légation des Kurdes de Syrie à Moscou :

« Nous prenons cette menace très au sérieux parce que le parti au pouvoir en Turquie est un parti de guerre. La Russie répondra s’il y a une invasion. Il ne s’agit pas uniquement des Kurdes, ils défendront la souveraineté de la Syrie ».

Le même représentant a souligné que toute invasion du nord de la Syrie par les Turcs aboutirait à « une grande guerre ».

Ces déclarations ne sont pas le fruit du hasard. L’ancien directeur du FSB (ex-KGB), Nikolai Kovalyov, a déclaré que « si les troupes turques entraient en Syrie, les chasseurs russes les bombarderaient » (lire ici).

Pour Erdogan, toute action en Syrie suppose un soutien – même minimal – de l’Otan et des USA. Mais la politique kurde de Washington constitue un obstacle presque insurmontable. Si Ankara veut sauver l’insurrection islamiste d’Alep et surtout empêcher la fermeture de sa frontière par les forces kurdes soutenues par la Russie, elle doit être au moins sûr de ne pas frapper les USA présents aux côtés des Kurdes lors de l’invasion. Et obtenir à cet effet la « neutralité » américaine.

La question n’est donc plus tant de savoir si la Turquie frappera en Syrie – elle est dans une dynamique telle que plus rien ne peut l’en empêcher – mais si elle parviendra à s’attirer la sympathie au moins partielle de l’Otan.

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