Loading...

tolerance

BREIZATAO – ETREBROADEL (21/07/2016) Le président islamiste turc est-il derrière les attentats de Nice revendiqué par l’État Islamique ? De nombreux éléments l’accréditent. La Turquie islamiste, mécontente du soutien américain aux Kurdes comme à l’appui offert à Bagdad et Damas contre les djihadistes, semble identifier l’opération aérienne de la coalition contre l’État Islamique comme une attaque directe contre ses intérêts.

La situation devient de plus en plus hors de contrôle, avec le blocus de la base aérienne US d’Incirlik par la police turque. Une base qui contient plus d’une cinquante de bombes nucléaires américaines (source).

L’enchaînement des événements

Le 13 juillet –  la veille de l’attentat de Nice – l’ambassade de France à Istanbul annonce sa fermeture « jusqu’à nouvel ordre ». Les festivités autour du 14 juillet avaient été annulées peu de temps auparavant.

France 24 rapportait (source) :

Dans un email adressé aux ressortissants français en Turquie, la consule générale Muriel Domenach évoquait plus précisément « des informations concordantes [qui] font état d’une menace sérieuse contre l’organisation de la fête nationale du 14 juillet en Turquie » – sans préciser la nature de ces menaces.

Compte tenu du caractère très localisé des festivités en question en Turquie, il est difficile de croire que le gouvernement turc était dans l’incapacité d’assurer leur protection. A tout le moins, le gouvernement français estimait que ce dernier ne pourrait – ou ne voulait – empêcher des attaques. Pour ne pas dire plus.

Le 14 juillet au soir, l’attentat de Nice faisait 84 morts et des centaines de blessés. L’action était menée par l’État Islamique.

De façon très curieuse, le président français réagissait en plein milieu de la nuit, vers 4H du matin. Parmi les éléments de son discours, il annonçait un renforcement de l’action militaire française au Proche-Orient.

RFI rapportait (source) :

« Rien ne nous fera céder dans notre volonté de lutter contre le terrorisme et nous allons encore renforcer nos actions en Syrie comme en Irak. Nous continuerons à frapper ceux qui, justement, nous attaquent sur notre propre sol, dans leurs repères », a martelé M. Hollande.

L’interprétation du gouvernement français était donc simple : « on » essayait de les dissuader d’agir en Syrie et en Irak et, pour réponse, la France accentuerait son intervention.

Il est difficile de croire que l’État Islamique puisse être raisonnablement en mesure de dissuader la France d’intervenir, même si des attentats surviennent. C’est plus probablement le véritable parrain de l’État Islamique qui était visé par François Hollande : le gouvernement islamiste turc.

La Turquie islamiste peut-elle soutenir de tels attentats ? Oui, si l’on en croit le roi de Jordanie qui déclarait à des parlementaires américains que Erdogan était derrière les nombreux attaques djihadistes en Europe, utilisées comme un levier dans ses négociations avec l’UE et les USA (source) :

Ainsi, le chef de l’Etat jordanien a déclaré que le président turc Recep Tayyip Erdogan « croyait en une solution islamiste radicale aux problèmes régionaux ». Le roi Abdallah II a noté que « le fait que les terroristes soient envoyés en Europe fait partie de la politique turque, et la Turquie reçoit une tape sur les doigts, mais elle s’en tire toujours« .

Le coup d’état

De façon encore plus extraordinaire, au moment même au François Hollande s’exprimait, un coup d’état éclatait à Ankara dans la nuit de samedi 15 juillet avant d’échouer au petit matin. On apprenait quelques jours plus tard que les putschistes avaient du agir précipitamment, ayant été identifiés par le gouvernement turc qui était sur le point de lancer une vaste opération contre eux (source).

La purge actuellement entreprise n’est donc pas une réaction à chaud des autorités turques, mais une opération pensée en amont qui devait avoir lieu quoiqu’il arrive. C’est ce qu’ont affirmé les officiels turcs qui ont ainsi déclaré que les putschistes avaient agi « prématurément » car ils avaient découvert qu’ils allaient être arrêtés (source).

Le 17 juillet, seulement deux jours après le coup d’état, Jean-Marc Ayrault – ministre des Affaires Etrangères – questionnait ouvertement la fiabilité de la Turquie d’Erdogan face à l’État Islamique.

France 24 (source) :

« La semaine prochaine à Washington à la réunion à laquelle je vais participer, il y aura mon homologue turc qui sera présent et son collègue de la Défense », a déclaré, dimanche 17 juillet, le chef de la diplomatie française dans une interview sur France 3.

« Nous poserons clairement des questions sur comment faire pour combattre encore plus Daech (acronyme arabe de l’EI-NDLR) en Syrie« , a-t-il ajouté. Prié de dire si la Turquie restait un allié fiable dans la lutte contre l’organisation jihadiste, il a répondu : « Il y a des questions qui se posent et nous les poserons. Il y a une part de fiabilité et une part de suspicion, il faut être sincère. »

Cette critique avait, en réalité, un parfum d’accusation formulée selon les convenances diplomatiques. Les « suspicions » officiellement exprimées par le gouvernement français quant aux efforts turcs face à l’Etat Islamique signifiaient que la Turquie était activement engagée aux côtés de celui-ci.

Dissuader la France de lutter contre l’EI en Irak ?

Dès lors, les pièces du puzzle se mettent en place. L’action entreprise contre la France, en pointe contre l’État Islamique aux côtés des USA en Irak et en Syrie, sont perçues par le gouvernement islamiste turc comme un défi direct à ses propres projets dans la région. Et l’attentat de Nice intervient au moment où les aviations française et américaine s’activent pour reprendre Mossoul et Raqqa.

La coalition pro-occidentale se réunit précisément à Washington jeudi et vendredi pour accélérer la campagne contre l’Etat Islamique.

France Inter (source) :

Une quarantaine de ministres sont réunis ces jeudi et vendredi à Washington pour établir un plan d’action contre l’Etat islamique. Parmi eux : le ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault et le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian.

En Irak, après la reconquête de Fallouja par les forces irakiennes, la coalition a Mossoul en ligne de mire et veut passer à la vitesse supérieure. Mossoul a été autoproclamé capitale du « Califat » par le groupe Etat islamique. Washington a annoncé l’envoi de centaines de soldats américains supplémentaires en Irak pour aider l’armée gouvernementale à combattre l’EI et reprendre Mossoul. Les Etats-Unis compteront alors plus de 4 600 militaires dans ce pays, dont ils s’étaient retirés militairement fin 2011.

Les forces irakiennes  ont reconquis la base aérienne de Qayyarah, à une soixantaine de kilomètres au sud de la ville, qui sera un « tremplin vital » pour l’offensive sur Mossoul, selon des militaires américains.

En somme, l’implication française et américaine en Syrie a progressivement évolué d’une alliance avec l’Arabie Saoudite, le Qatar et la Turquie pour s’emparer de la Syrie en une confrontation contre l’État Islamique qu’ils ont pourtant contribué à créer. Ce retournement bénéficie aux intérêts iraniens dans ce pays dans la mesure où l’État Islamique se dresse explicitement contre l’influence chiite en Irak et en Syrie.

Face à cela, la Turquie semble déterminée à ne pas voir le nord de l’Irak non plus que l’est et le nord de la Syrie lui échapper au profit des gouvernements de Bagad et de Damas.

En décembre 2015, Erdogan reconnaissait platement que l’armée turque était stationnée à Mossoul « depuis 18 mois » (source). Soit la période depuis laquelle l’État Islamique s’y est installée ! Il existe de nombreux témoignages directs sur l’encadrement des djihadistes de l’État Islamique par des conseillers militaires turcs, pour ne pas parler du trafic de pétrole organisé par l’État Islamique en Turquie qui implique le fils du président turc (source).

Est-ce si extraordinaire ? Rappelons qu’un des axes stratégiques principaux de l’Etat Islamique consiste à abolir les accords franco-britannique de Sykes-Picot qui découpaient le Proche-Orient en états artificiels par les deux puissances coloniales. Cette restructuration intervint au lendemain de la défaite turque aux côtés de l’Allemagne lors de la première guerre mondiale.

L’Etat Islamique est donc en train d’effacer les résultats de la défaite turque et place de facto les anciennes provinces impériales ottomanes d’Irak et de Syrie sous l’influence d’Ankara. Toute reprise de Mossoul et de Raqqa signifierait l’échec du projet turc.

La Turquie se rapproche de la Russie, peu avant le coup d’état

La décision prise au moins de juin par Ankara de s’excuser auprès de Moscou pour l’avion russe abattu en novembre 2015 et de normaliser leurs relations (source) s’était couplée d’un accord global avec Israël autour d’une exploitation commune du gaz régional (source).

Ce revirement marque, à l’évidence, une révision de la ligne diplomatique turque après l’échec des révolutions islamiques menées par les Frères Musulmans en Égypte, en Libye, en Tunisie ou encore en Syrie. Les tensions entre la Turquie et la Russie s’étaient considérablement accrues suite à l’intervention militaire russe sur le territoire syrien pour soutenir Bachar al-Assad dont Erdogan est un ennemi juré.

L’accord avec Israël autour de question énergétique marque un retour des priorités strictement nationales du point de vue turc. Une évolution encore renforcée par le déplacement de la crise syrienne vers le territoire turc avec la reprise du conflit avec les séparatistes kurdes. Les Kurdes, soutenus par la Russie et les USA, constituent pour la Turquie une source d’inquiétude majeure qui l’emporte sur tous les autres objectifs à court, moyen et long terme.

Erdogan a donc décidé de se focaliser sur la stabilisation de la situation politique interne de la Turquie. La normalisation des relations avec la Russie a le caractère d’une trêve, tout comme celle vis-à-vis d’Israël qui suppose de passer par pertes et profits le soutien turc aux Frères Musulmans du Hamas palestinien.

Rappelons que c’est la neutralisation d’une flottille islamiste au large de Gaza par l’armée israélienne qui avait déclenché la rupture diplomatique entre Ankara et Tel Aviv. Erdogan, suite à l’accord avec Israël, a même pris soin d’attaquer violemment les organisateurs de la flottille en public, puis de les menacer (source).

Un rapprochement purement opportuniste

Erdogan compte bien faire de la Turquie le pivot d’une restauration ottomane, contestant à l’Égypte son influence dans le monde arabo-musulman.

Il n’est dès lors pas étonnant que le président turc ait violemment dénoncé son homologue égyptien, le maréchal al-Sissi, dans son allocution faisant suite à l’échec du putsch. Erdogan a accusé le président égyptien d’avoir soutenu le coup d’état, le qualifiant au passage de « tyran » (source).

Cette attaque contre le gouvernement égyptien démontre que le rapprochement d’Erdogan avec la Russie est purement tactique. Al-Sissi, un allié de Vladimir Poutine, a fait du rééquilibrage de sa diplomatie en faveur de Moscou un élément clef de la politique étrangère égyptienne. Ceci dans le but précis d’écraser les Frères Musulmans soutenus par Washington. Le rapprochement entre la Turquie et la Russie n’a donc aucune espèce d’influence sur l’hostilité que nourrit Erdogan pour l’armée égyptienne.

L’Egypte nationaliste, outre un concurrent pour le leadership civilisationnel au sein du monde musulman, incarne l’alternative au projet islamiste porté par l’AKP turque. Tant que Le Caire échappera aux islamistes, Ankara craindra que son modèle ne soit contesté régionalement.

Changement de tactique mais pas de stratégie

Outre la crise interne que traverse la Turquie autour de la question kurde, Erdogan avance à marche forcée vers l’instauration d’un régime présidentiel de type autoritaire et islamiste dur. Une évolution inscrite dans l’agenda idéologique des Frères Musulmans auquel appartient le parti au pouvoir en Turquie, l’AKP. Il s’agit pour eux de « monter dans le train des méthodes démocratiques » pour restaurer un califat planétaire assis sur la charia, la loi islamique.

L’agenda stratégique du gouvernement turc consistait à soutenir la révolution islamique aussi bien domestiquement que régionalement, quoique par des moyens différents. Avec l’intensification de la crise politique intérieure, le gouvernement a jugé nécessaire de se recentrer sur le volet interne avec comme objectif de finaliser la présidentialisation du régime. Dans ce contexte, la purge massive à laquelle se livre Erdogan marque une accélération de cette prise en main.

En parallèle, Erdogan semble vouloir d’abord renforcer la position de la Turquie géopolitiquement en prenant son indépendance vis-à-vis de Washington comme de l’Union Européenne. La conquête de la Syrie par les Turcs, Qataris et Saoudiens devient donc secondaire, mais pas oubliée. Erdogan a compris qu’il ne pouvait pas contrer la Russie en Syrie et qu’il fallait donc inverser l’ordre de son agenda : faire d’abord transiter le gaz turc et israélien vers la Turquie avant de s’assurer du gaz qatari et saoudien devant transiter par la Syrie.

En définitive, l’objectif de faire de la Turquie la plateforme incontournable du transfert du gaz régional est inchangé, seule la méthode a évoluée en raison de l’attentisme américain et de la crise kurde.

Le conflit entre l’Otan et la Turquie se précise

D’alliés, les islamistes turcs et l’Otan sont progressivement en train de devenir des ennemis dans la mesure où une Turquie indépendante, dirigée par un régime islamiste dur, se transforme en source de nuisance incontrôlable.

Immédiatement après le putsch, le chef de la diplomatie américaine, John Kerry, a ainsi souligné que tout durcissement du régime impulsé par Erdogan pourrait aboutir à l’expulsion de la Turquie de l’Otan (source). En parallèle, l’annonce du rétablissement de la peine de mort par le président turc a généré une mise en garde de l’Union Européenne sur l’impossibilité pour Ankara d’adhérer à l’UE (source).

Ankara a rapidement accusé les USA et leurs alliés d’avoir soutenu – voire organisé – le coup d’état et a lancé des représailles contre les intérêts américains dans le pays. La base aérienne d’Incirlik où vivent 2700 citoyens américains affiliés au Département de la Défense US est désormais coupée du monde depuis six jours, encerclée par la police turque qui interdit aux soldats américains d’en sortir. Du jamais vu.

Outre le fait qu’elle stocke plus d’une cinquantaine de bombes nucléaires américaines, cette base est utilisée par les USA dans leur campagne aérienne contre l’État Islamique. En coupant l’électricité à cette base, la Turquie semble vouloir ralentir les efforts occidentaux contre les djihadistes.

Dans le même temps, des appels soudains de l’opposition islamiste pro-turque du nord de la Syrie ont commencé à exiger que les USA « cessent les bombardements » contre « les civils » (source). En fait de « civils » il s’agit des djihadistes qui ont par ailleurs félicité Erdogan d’avoir écrasé le coup d’état (source).

La Turquie a en outre exigé l’extradition de Fethullah Gulen, un ancien allié islamiste d’Erdogan vivant en exil aux USA. Erdogan accuse Gulen de diriger « un état dans l’état » qui, aux côtés de la CIA, tente d’empêcher Erdogan de prendre le contrôle total du pays et d’y instaurer une tyrannie islamiste. John Kerry a formellement rejeté les accusations turques (source).

En conclusion

Le paysage géopolitique est donc en train de changer très vite, conséquence de la déstabilisation irresponsable de la Syrie, de l’Égypte, de la Libye et, dans une moindre mesure, de la Tunisie par les USA, la France, la Grande-Bretagne et leurs alliés islamistes.

La Turquie, sur la voie de la radicalisation islamiste, s’émancipe de l’Otan et des USA et menace désormais d’entrer en conflit ouvert contre eux s’ils continuent de vouloir empêcher Ankara de contrôler les parties sunnites de Syrie et d’Irak sous le faux nez de l’État Islamique.

L’Otan est donc sur la voie de l’implosion – un point sur lequel joue Erdogan et auquel il sait que Poutine n’est pas indifférent – après avoir soutenu les islamistes en Syrie. La France fait face aux conséquences de la politique menée depuis 2011 par son gouvernement en faveur des Frères Musulmans, du Qatar et de l’Arabie Saoudite.

Loading...

2 COMMENTS

  1. Bravo ????
    Analyse tout bonnement géniale.
    Tout cela nous promet de grands conflits pour les 10 prochaines années. Bon pour nous. Aucun doute que tout ce chaos permettra aux natios d’émerger.

Comments are closed.