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Par Boris Le Lay

BREIZATAO – PENNADSTUR (20/12/2017) Brièvement commenté et en réalité à peine lu par la presse hexagonale, la publication de la nouvelle stratégie de sécurité nationale US constitue un tournant historique que les médias d’état français se sont montrés incapables d’analyser et d’appréhender.

Trump met fin au projet des néo-conservateurs

Si l’on devait résumer cette nouvelle stratégie, on la définirait comme l’acceptation par Washington de la fin de l’après Guerre Froide (1991-2016) qui avait vu les USA dominer l’ordre mondial après l’effondrement du système communiste international. Mais aussi comme la prise de conscience du déclin relatif de la puissance américaine au plan global. Ironie de l’histoire, ce sont les deux anciens piliers de ce système – la Russie et la Chine – qui sont au coeur du processus de contestation de l’hégémonie américaine.

Constituée autour de quatre « piliers », la nouvelle stratégie US marque un profond tournant pour le pays qui est encore la première puissance de la planète. Ce tournant est la conséquence d’un phénomène géostratégique majeur, largement sous-estimé en Europe : l’émergence de la Chine et de ses ambitions visant à faire d’elle la première économie mondiale d’ici à 2030 et la première puissance mondiale d’ici à 2049, 100 ans exactement après la révolution communiste menée par Mao.

Les fausses accusations de collusion entre Donald Trump et Vladimir Poutine agitées par la gauche occidentale et les médias globalistes depuis 2016 relèvent en partie d’un effort de sabotage de cette nouvelle stratégie de la part de l’établissement occidental.

L’infrastructure médiatique de l’actuel système socialiste occidental tente de discréditer toute remise en cause du projet d’unification planétaire portée encore il y a peu par Barack Obama et Hillary Clinton avec l’aide de plateformes internationalistes comme l’ONU et le Giec. Toute critique de l’ordre établi depuis 1991 est ainsi qualifiée de « fake news » – « fausses nouvelles » – par les médias d’une oligarchie dont le pouvoir repose sur l’internationalisme dogmatique et la centralisation planétaire des décisions et de l’économie.

La nouvelle présidence US a jeté de l’eau glacée sur ces espérances : non seulement cette uptopie globaliste – la « fin de l’histoire » de Fukuyama – a détruit la classe moyenne américaine et européenne à coups d’immenses transferts de technologies et de capitaux vers l’Asie, mais elle est surtout devenue caduque en raison des ambitions grandissantes de la Chine.

« [La survenue de] ces compétiteurs demandent de la part des Etats-Unis qu’ils repensent leurs politiques de ces deux dernières décennies, des politiques basées sur l’hypothèse selon laquelle un dialogue avec leurs rivaux et leur intégration au sein des institutions internationales et le commerce mondial les transformerait en acteurs bienveillants et en partenaires de confiance. Pour l’essentiel, ce postulat s’est révélé faux » constate le document officiel publié lundi dernier.

Aux USA, qu’il s’agisse d’un personnel militaire essentiellement formé durant la Guerre Froide et porté à ce titre à un réflexe antirusse quasi obsessionnel, ou qu’il s’agisse des grands groupes américains générant leurs profits grâce aux délocalisations vers la Chine, tous perçoivent dans la stratégie du nouveau président une remise en cause de leur propre vision du monde comme de leurs intérêts. Une vision globaliste, dite « néo-conservatrice », se proposant de créer une « démocratie planétaire » unifiée par l’usage de la force.

C’est ce néo-conservatisme globaliste qui est formellement jeté aux orties par la présidence Trump, au grand dam des Bush, Clinton et Obama et de leurs équivalents européens.

L’annonce de la nouvelle doctrine stratégique US a sans surprise été mal accueillie en Europe de l’Ouest. Pour les élites socialistes ouest-européennes, en crise d’identité profonde, infectées de pacifisme et dépourvues de volonté de puissance, ce retour du rapport de force et de la confrontation entre blocs pour l’hégémonie est devenu inintelligible.

En France particulièrement, ce brusque retour à la réalité a été reçu par un étrange revival politico-mystique autour du pseudo « réchauffement climatique » d’origine humaine. Un revival porté par Macron dont l’accent de plus en plus millénariste et sectaire traduit la mutation de la gauche occidentale en un mouvement quasi religieux et irrationnel à la limite de l’animisme. Car c’est bien l’abandon par la Maison Blanche de la théorie fallacieuse du « réchauffement climatique » d’origine humaine qui a été le seul élément du document véritablement retenu à Paris ou Bruxelles. C’est-à-dire le plus insignifiant.

L’élément central de la géopolitique mondiale des trente années à venir n’a même pas été perçu : la confrontation sino-américaine.

Réalisme et affrontement sino-occidental

Pourtant, cette rupture était non seulement prévisible mais surtout inéluctable. Le géopolitologue John Mearsheimer a régulièrement évoqué cette évolution ces dernières années et annonçait un « réveil américain » face à une Chine qui ne manquerait pas de tenter de contrôler l’Asie avant de contrôler le monde.

C’est pourquoi, dès la page 3 du document officiel publié par la Maison Blanche, la Chine est désignée comme un « compétiteur » et non plus, comme jusqu’à lors, comme un « partenaire ».

Ce seul mot constitue le coeur de la rupture stratégique américaine.

Dans la dernière partie du document intitulée « La stratégie dans un contexte régional », les USA intègrent la remise en cause de l’équilibre des forces dans différentes régions du monde. La première citée – et la plus importante en termes économiques selon le document – est la région indo-pacifique qui s’étend des rives occidentales de l’Inde à celles des USA.

La Chine y est présentée comme un état utilisant le chantage et l’infuence économique pour la contrôler et y imposer son modèle mercantiliste et autoritaire. Le document rappelle que de nombreux états asiatiques font appel aux USA pour qu’ils les souteniennent afin de pouvoir protéger leur souveraineté face à la Chine. Le Japon est ainsi présenté comme un allié « critique » des USA dans le Pacifique et les Etats-Unis accueillent très « favorablement » son « fort rôle dirigeant » en Asie. Un appel sans ambiguïté pour que le pays rompe avec 70 ans de pacifisme et d’effacement diplomatique consécutifs à sa défaite, en 1945.

La stratégie US entend par ailleurs accroître la coopération quadrilatérale impliquant le Japon, l’Inde, l’Australie et les USA.

Les quatre piliers de la stratégie US

La nouvelle stratégie US est une stratégie intégrée, complète et cohérente, qui entend agir sur tous les domaines simultanément pour contrer l’émergence de la Chine là où elle menace les USA et leurs alliés.

Elle comporte un premier pilier sécuritaire intérieur faisant de la sécurisation des frontières et du contrôle de l’immigration un enjeu fondamental.

Le deuxième pilier est économique avec pour but de rompre avec plusieurs de décennies de stato-socialisme qui ont progressivement endetté les USA et empêché l’émergence d’entreprises en raison d’une taxation massive. On note également l’intégration de la compétition économique avec la Chine comme nouveau paradigme, le document affirmant à la page 4 que les « Etats-Unis doivent préserver notre avance dans la recherche et les technologies et protéger notre économie des compétiteurs qui acquièrent inéquitablement notre propriété intellectuelle ». Jusqu’à lors, les administrations US étaient tétanisées à l’idée de poursuivre judiciairement la Chine pour son pillage de technologie. Une perspective désormais inévitable pour Pékin. En outre, les USA affirment leur volonté de lutter pour la suprématie dans le domaine des technologies de pointe, dont l’Intelligence Artificielle dont le document précise qu’elle est utilisée par le gouvernement chinois pour « évaluer la loyauté » de ses citoyens et piloter en conséquence ses politiques domestiques, comme un programme informatique.

Le troisième pilier concerne celui de la sécurité extérieure. Baptisé « La paix par la force » – le slogan de la présidence Reagan (1980-1988) – celui-ci consiste à s’assurer qu’aucune puissance ne « contrôle des régions » du monde, menaçant ainsi l’équilibre du dispositif stratégique américain. Cette annonce suppose donc des mesures visant à contenir les ambitions régionales de l’Iran au Moyen-Orient et de la Chine en Asie.

Le quatrième pilier est culturel et insiste sur la nécessité de promouvoir l’influence des USA au plan international, notamment en promouvant « la liberté », qu’elle soit politique et économique.

Ces « quatre intérêts nationaux » selon le document doivent être protégés grâce à une souveraineté retrouvée pour les USA en s’assurant d’une totale liberté d’action, sans regard pour les considérations des puissances rivales. Stratégie que le document qualifie selon le slogan « Amérique d’abord ».

La menace islamique identifiée en tant que telle

La menace globale de l’islam militant est régulièrement évoquée dans le document et présentée comme un acteur non-étatique particulièrement dangereux à long terme.

Le document, à la page 10, cite ainsi comme menace fondamentale l’expansionnisme islamique. « L’Amérique, aux côtés de nos alliés et partenaires, combat une longue guerre contre ces fanatiques qui soutiennent une vision totalitaire en faveur d’un califat islamiste global qui justifie le meurtre et l’esclavage, promeut la répression et recherche à affaiblir le mode de vie américain. Les terroristes djihadistes utilisent les réseaux virtuels et physiques autour du globle pour radicaliser des individus isolés, exploiter des populations vulnérables et inspirer et conduire leurs plans » est-il écrit.

Dans le chapitre « Pilier IV », à la page 42 relative à la défense des « valeurs américaines », il est encore écrit qu’il ne « peut y avoir de plus grande action pour promouvoir les droits des personnes que de vaincre les terroristes djihadistes et leur idéologie suprémaciste ».

Toujours à la même page, la stratégie US prévoit de défendre le droit des « minorités religieuses » menacées. Une allusion claire aux Chrétiens persécutés dans le monde musulman.

Dans la dernière partie du document, la partie réservée à la région « Europe » évoque sans détour la menace musulmane jugée stratégique aux côtés de la pénétration économique chinoise. « L’Europe affronte des menaces immédiates de la part de groupes islamistes extrémistes. Les attaques de l’Etat Islamique et d’autres groupes djihadistes en Espagne, en France, en Allemagne, en Belgique, au Royaume-Uni et dans d’autres pays montrent que nos partenaires européens continuent de faire face à de sérieuses menaces. L’instabilité au Moyen-Orient et en Afrique a déclenché des mouvements de millions de migrants et de réfugiés en Europe, exacerbant l’instabilité et les tensions dans la région ».

La doctrine stratégique US contredit là totalement l’analyse que fait l’Union Européenne de la situation démographique et migratoire, avec le Commissaire Européen Dimitris Avramopoulos (non élu) qui a encore récemment déclaré que s’opposer à l’immigration en Europe était impossible – malgré les succès hongrois et polonais en la matière – et que toute la surface de l’UE serait repeuplée de migrants, de gré ou de force (lire ici).

Cette rupture entre l’élite socialiste, tiers-mondiste et islamophile ouest-européenne, et une Amérique qui retrouve sa volonté de puissance et la réaffirmation de son caractère occidental ne pourra qu’engendrer des tensions durables.

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