14-18 : deux tiers de pertes de plus pour les soldats bretons

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BREIZATAO – BREIZH (11/11/2018) Les chiffres présentés par la presse du régime faisant état de 130 000 morts essaient de gommer l’ampleur du massacre délibéré des hommes bretons durant le premier conflit mondial par l’État Français.

Cet effort existe depuis quelques années mais ne parvient pas à abolir cette vérité : les Bretons ont été les grands sacrifiés de 1914-1918. Ouest France tentait en 2015 un nouvel un exercice de travestissement de la réalité historique afin de nier la volonté de destruction du peuple breton. France Bleu s’essaie à la même chose en 2018.

Mais les Bretons le savent : aucune manipulation de la part de l’Etat Français ne peut masquer la réalité du carnage qu’ont connu des centaines de milliers de Bretons.

De 170 000 à 180 000 Bretons tués

En réalité, ce sont au moins de 170 000 à 180 000 soldats bretons qui sont morts durant le premier conflit mondial, dès lors qu’on y intègre les soldats issus de la diaspora bretonne qui formait en 1914 au moins 350 000 personnes.

Il faut y ajouter les dizaines milliers de morts survenues dans les années de l’après-guerre, résultats des blessures dont les effets sont parfois lents à produire leur issue fatale. Notamment par gazage.

Pire, lorsque l’on se lance dans la comparaison proportionnelle des chiffres, même les plus bas, cela laisse entrevoir toute l’horreur d’un massacre sciemment mis en œuvre par l’État Français.

Les démographies française et bretonne

Revenons sur la seule base de 150 000 morts habituellement admise pour les cinq départements en sachant qu’il y eut 1 350 000  de morts français.

Sur Wikipédia nous trouvons les données démographiques d’avant guerre pour la Loire Atlantique et la Région Bretagne actuelle :

L-A: http://fr.wikipedia.org/wiki/Démographie_de_la_Loire-Atlantique

Région BZH: http://fr.wikipedia.org/wiki/Démographie_de_la_Bretagne

On note 2,550,000 pour la « région » en 1901 et 670 000 pour la LA en 1911. Sur cette base on peut extrapoler une population de 3 100 000 habitants en Bretagne dite “historique”.

La population métropolitaine de la France en 1914 est de 41,000,000 d’habitants :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Démographie_française

Une perte de population de 30% supérieure à celle de la France

La population métropolitaine hexagonale,une fois enlevée la population bretonne, compte 38 millions d’habitants. Celle-ci a perdu un total 1,25 million d’hommes lors du conflit, soit 3.28% environ du total.

La population bretonne, forte 3,1 millions d’individus, a perdu 150 000 hommes – sans compter la diaspora – soit un total de 4.83%.

C’est 30% de pertes de plus par comparaison entre les deux populations, française et bretonne.

Taux de mobilisation français et breton

On compte environ 600,000 soldats bretons mobilisés pour le conflit sur cette période pour une population de 3,1 millions d’habitants. Cela fait 20% du total.

On compte 8,5 millions mobilisés pour l’ensemble de la France – il y a quelques centaines de milliers de sujets coloniaux – dont on retranche pour l’occasion les 600 000 bretons.

Cela représente 7,9 millions mobilisés pour 38 millions d’habitants. C’est environ 22% au total.

Comparativement, les Français ont mobilisé plus d’hommes sous les drapeaux que les Bretons. Chiffre s’expliquant par l’apport de troupes coloniales.

Mais surtout, ce chiffre invalide la théorie d’historiens tenants de la ligne officielle, négationniste, comme Lagadec et Guivarc’h, qui avancent une « surmobilisation » bretonne en raison de « familles plus nombreuses ». Nous l’avons vu, c’est faux : les Bretons ont été moins mobilisés que les Français, à 20% pour les premiers contre 22% pour les seconds.

La diaspora oubliée

À cela il faudrait ajouter les plus de 350 000 Bretons vivant en dehors de la Bretagne “historique” recensés dès 1900 dont 46,5% à Paris (Source “La population de la France au début du XXème siècle“, Fernand Maurette, Annales de géographie, 1909). Parmi eux, une grande majorité de jeunes hommes exilés pour rechercher du travail.

Nous pouvons ajouter a minima jusqu’à 66 000 mobilisés de plus avec ces expatriés si l’on estime que ces 350 000 comportent 50% de femmes. Mais si l’on admet la très forte présence d’ hommes en âge de travailler, on peut envisager qu’une part plus importante de ces 330 000 individus ont pu être mobilisés là où ils se trouvaient.

Si l’on envisage ce paramètre, une majorité de ces 350 000 personnes était des hommes et une grosse partie d’entre eux était mobilisable et effectivement mobilisée. L’hypothèse d’une mobilisation de 100 000 Bretons supplémentaires est possible.

En acceptant l’hypothèse d’une mortalité similaire à celles des français (15%) en raison du lieu de recrutement, on peut avancer 15 000 morts supplémentaires pour la diaspora.

Comparaison des pertes

Une fois les morts bretons enlevés, sur les 7,9 millions de Français mobilisés, 1,220,000 de soldats français sont morts soit 15%.

Le chiffre du nombre de soldats bretons mobilisés et tués – 150,000 – pour le contingent breton total (600 000 en Bretagne) donne une mortalité à 25%.

Les Bretons ont donc connu 66% de pertes de plus que la moyenne française (25% de pertes bretonnes moyennes contre 15% de pertes françaises moyennes, soit 10% de pertes de plus pour le contingent breton ; 10% de 15% font 66%).

Le chiffre minimaliste de 130 000 avancé par certains historiens à courte vue ou négationnistes, donne 7% de pertes moyennes de plus pour les soldats bretons, soit 45% de pertes supplémentaires en moyenne.

Ainsi donc, même les chiffres avancés par les historiens négationnistes et loyalistes démontrent une mortalité radicalement supérieure pour les troupes bretonnes.

Les Bretons représentent 11% des pertes françaises (150 000 sur 1.350 000) alors qu’ils ne représentaient que 7,0% des mobilisés. C’est 4% de plus. À 130 000 (chiffre minimaliste officiel), c’est 9 % des pertes. C’est toujours 2% de plus. À 175 000 (diaspora ajoutée), c’est près de 10%.

EN RÉSUMÉ :

– La population bretonne a perdu 30% d’habitants de plus que celle de France

– Le soldat breton a subi 66% de pertes de plus que le soldat français

– Au total, les Bretons ont perdu au strict minimum 175 000 hommes, une fois qu’on intègre diaspora et blessés de guerre. Ce chiffre est probablement plus proche des 200,000.

– Les « historiens » lorsqu’ils comparent les pertes bretonnes et françaises prennent toujours soin de ne pas retirer les morts bretons du total des pertes françaises.

Ceci a pour effet d’intégrer les pertes bretonnes dans les pertes françaises… que l’on cherche pourtant à comparer ensuite aux seules pertes bretonnes. Un non-sens logique.

Conclusion

Le chiffre de 200 000 soldats bretons est une hypothèse sérieuse, dans la mesure où nous ignorons le nombre exact de morts bretons consécutivement aux blessures de guerre.

Que 5% à 10% des soldats bretons, sur les 510 000 revenus du front vivants, aient péris dans les années d’après-guerre suite à leurs blessures, est une hypothèse parfaitement crédible qui mériterait investigation.

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16 COMMENTS

  1. Vos hypothèses sont biaisées par divers points :

    – Le chiffre de 130000 morts inclue les bretons de diaspora car le calcul est fait par rapport au lieu de naissance et non le lieu d’incorporation

    – Le calcul sur le taux de morts dans le reste du territoire français doit être majoré car une partie du nord de la France était occupée et donc les hommes n’étaient pas mobilisés.

    – Les taux de perte des bretons sont très variables car les paysans étaient en première ligne, les gens instruits plutôt versés dans la marine, l’artillerie, l’aviation. On a donc des taux similaires sur les zones rurales avec d’autres zones rurales en France.

    • – Le chiffre de 130 000 de Henri Gilles est faux et encore le gonfle t’il car il affirme en fait celui de 122 000. Sa méthode de calcul est invérifiable. Il est contesté la même année de sa parution par Yann Lagadec qui avance lui le chiffre de 138 000 morts sur la seule base du site « mémoire des hommes ». Ce site intègre les hommes « morts pour la France » uniquement, il n’est pas rare de trouver un soldat mort durant la guerre n’y figurant pas, pour diverses raisons d’ordre administratif de l’époque.

      – Les Français du nord ont été mobilisés, l’invasion ayant lieu après celle-ci. Les Français n’ont pas pu mobiliser les jeunes des classes ultérieures, soit 4 ans, un nombre relativement faible par rapport à la totalité mobilisée.

      – L’argument sur la ruralité ne tient pas : le Finistère ou le Morbihan sont aussi ruraux que très nombreux départements français. La Bretagne est le seul cas ou c’est tout un ensemble de départements, correspondant à toute une province, qui subit une surmortalité flagrante.

      – Démographie du Finistère en 1914 : environ 800 000 habitants / Pertes en hommes 32 885
      – Démographie Morbihan en 1914 : environ 580 000 habitants / Pertes en hommes 29 914
      – Démographie Côtes-d’Armor : environ 600 000 habitants / Pertes en hommes 26 809
      – Démographie Ille-et-Vilaine : environ 610 000 habitants / Pertes en hommes 23 896
      – Démographie de Loire Atlantique : environ 670 000 habitants / Pertes en hommes 23 999

      Total : 3 260 000 d’habitants.

      Total des mobilisés bretons : 600 000 soit un taux de mobilisation de 18,4%.

      Population française en 1914 : 41,6 millions d’habitants. Pour évaluer la mobilisation, enlever 3,2 millions d’habitants. 38,4 millions. Soldats mobilisés, environ 8 millions, moins les 600 000 Bretons, nous obtenons 7,4 millions. Taux de mobilisation de 19,27%.

      Bien que le taux de mobilisation breton soit plus faible le taux de mortalité breton est plus fort comme on va le voir. De quoi l’on conclut d’ores et déjà que les Bretons sont surreprésentés en première ligne.

      Pour évaluer la mortalité moyenne française, retrancher les 140 000 morts (n’incluant pas les morts d’après guerre ni la totalité de la diaspora), des 1,3 millions de morts français. Soit 1 170 000 de morts français à mesurer en rapport aux 7,4 millions de Français mobilisés, soit 15,8%.

      Pour les Bretons, 140 000 morts pour une population mobilisée de 600 000 hommes. Soit 23,3%. Cela représente une surmortalité de 7,5% soit 50% de plus par rapport à la moyenne française.

      Mais encore une fois, il s’agit là uniquement de la base des données disponibles pour les soldats nés en Bretagne reconnus « Morts pour la France ».

      Cependant si on affine le calcul entre départements bretons bretonnants et les autres, on trouve des faits remarquables.

      Mortalité par département par rapport à la mobilisation :

      Département Morbihan : 580 000 habitants, pour un taux de mobilisation de 18,4 % (moyenne bretonne) soit 106 720 soldats. Mis en rapport avec les pertes, 29 914 hommes, le taux de pertes s’élève à 28,1%. C’est près du double de la moyenne française. Le département du Morbihan a été le département le plus saigné de tous les départements bretons et les Bretons du Morbihan peuvent en effet dire « Deux fois plus de morts que les Français ».

      Département Finistère : 800 000 habitants, pour un taux de mobilisation de 18,4% soit 147 199 soldats. Pour 32 885 hommes tombés au combat, le Finistère affiche un taux de perte de 22,34% de ses mobilisés. Soit 6,5% de plus que la moyenne française, soit une mortalité supérieure par comparaison de 40%.

      Département Côtes-d’Armor : 600 000 habitants, pour un taux de mobilisation de 18,4%, soit 110 400 soldats. Pour 26 809 hommes tombés au combat, les Côtes-d’Armor affiche un taux de perte de 24,28% de ses mobilisés. Soit 8,4% de plus en moyenne, soit une mortalité supérieure par comparaison de 60%.

      En résumé :

      – Quand 1 Français meurt, 1,4 Breton du Finistère meurt
      – Quand 1 Français meurt, 1,6 Breton des Côtes d’Armor meurt
      – Quand 1 Français meurt, 2 Bretons du Morbihan meurt

      Département Loire Atlantique : 670 000 habitants, pour un taux de mobilisation de 18,4%, soit 123 279 soldats. Pour 23 999 hommes tombés au combat, la Loire Atlantique affiche un taux de perte de 19,4%. C’est le taux moyen le plus bas des cinq départements bretons mais il demeure à 4,4% au dessus de la moyenne française, soit pas loin du tiers.

      – Quand 1 Français meurt, 1,3 Breton de Loire Atlantique meurt

      Concluons en disant que, sur la seule base des chiffres officiels minimalistes, les Bretons mobilisés représentent 7,5% de l’effectif français mais 10,6% des pertes totales.

  2. Merci Tyler pour ces chiffres qui me paraissent logiques. Je pense qu’il faudrait estimer la diaspora bretonne mobilisée pendant cette période, ainsi il y avait 20,000 bretons né en Bretagne et vivant en région parisienne en 1915. Plus ceux de la deuxième voire 3ème génération arrivés dès 1830 et l’on obtient sans doute un chiffre proche du double soit 40,000.
    Estimons le même nombre pour le reste des régions françaises, hors RP et Bretagne donc 80,000.
    Sur ces 80,000 disons qu’un quart était mobilisables soit 20,000 et si l’on applique le taux moyen français soit 17 % il y aurait 3400 morts supplémentaires.

    Luc

    NB : à Sainte-Anne d’Auray, il est écrit sur le mur 250,000 morts bretons.

  3. Vous oubliez les gueules cassés mon arrière grand-père est semble t-il revenue les poumons foutues brulés par le gaz. Mais on l’a renvoyé à la pioche comme manœuvre au chemin de fer de France et d’Algérie résulta il est mort jeune sur le bord de sa tranchée…

    LE Frère de mon grand père est parti en Ukraine et en Crimée contre les rouges après l’Armistice. Il est revenu en 1922…Il a finit lieutenant colonel de réserve en commençant la guerre comme simple troufion à la fin de ses trois ans de service national. Il est toujours enterré à Nantes d’après grand mère il était un peu dérangé …

    Mon grand père est parti en 1920 dans la marine pour trois ans en temps de guerre car jusqu’en 1923 la France était en guerre au levant et en Crimée. Papy n’arretait pas de trembler, parlait peut et était sourd jeune homme mais il disait que c’était à cause la grippe espagnole qu’il tremblait d’après moi c’était les nerfs qui ont lachés…

  4. Seul une étude sur la natalité avant et après guerre entre 1910 et 1930 ainsi qu’une autre étude sur le taux de mortalité après la guerre des hommes mobilisés pourrait donner les pertes réelles dues à la guerre mais aussi l’impact sur la dynamique de la population durant l’entre deux guerres.

  5. Demat,

    Les chiffres ne prennent en compte que les « morts pour la France » non ? Car il ne faut pas oublier tous les fusillés, ces bretonnants passés en procès parce que leurs officiers les suspectaient de vouloir déserter ou passer à l’ennemi et qui n’ont pu se défendre car jugés sans interprète. A priori, le phénomène n’a pas été si marginal. En tout cas, article très recherché, félicitations ! Je suis assez d’accord pour dire que 200.000 morts semble un chiffre réaliste.

  6. Le département le plus touché fut la Lozère , plus de 5%de sa population a été tuée au combat. Les départements du Limousin ont aussi été durement touchés notamment la Corrèze . Dans le sud ouest ce sont les Landes et l’Ariège qui ont payé un lourd tribut . Et pourtant pas de velléité indépendantiste dans ces départements.

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