Pseudo « Grand Débat » : seule la bourgeoisie urbaine macroniste a participé (expert)

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BREIZATAO – POLITIKEREZH (11/03/2019) Le pseudo « Grand Débat » organisé par le régime parisien est un échec. Les premières analyses de la participation démontre que les populations n’ont prêté aucune attention à la campagne médiatique intensive menée par le gouvernement central et le président français.

Le clivage gauche/droite n’existe plus. Il est remplacé par un clivage ethno-racial et territorial.

Le Parisien (source) :

Jérôme Fourquet, directeur du Département opinion publique à l’Ifop, revient sur notre analyse des 334 000 propositions citoyennes dans le cadre du grand débat.
Jérôme Fourquet, directeur du Département opinion publique à l’Ifop, vient de publier « L’Archipel français »*. Nous l’avons interrogé sur cette France coupée en deux, qui ressort de notre analyse, département par département, des 334000 contributions publiées sur Internet par les citoyens dans le cadre du grand débat.
Que vous inspirent les premiers enseignements géographiques des contributions spontanées sur Internet au grand débat ?
JÉRÔME FOURQUET. Cette carte des contributions est intéressante car elle ne correspond en rien au clivage gauche/droite de la France telle que nous la connaissions précédemment. Elle confirme et conforte l’idée que nous sommes entrés dans une nouvelle ère. La France qui a participé à cette vaste enquête est celle qui a voté pour Emmanuel Macron au premier tour de l’élection présidentielle. La crise des Gilets jaunes a remobilisé son électorat. Il a sans doute perdu un peu de celui qui était le plus à gauche, mais a gagné sur sa droite. Les contributeurs se retrouvent dans les départements de la façade ouest, le Massif central, l’Ile-de-France. Le Nord-Est et son électorat frontiste bien installé comme la Sarthe de François Fillon sont restés à l’écart. Cette photographie, certes encore impressionniste, montre que c’est une France urbaine, socialement favorisée et retraitée qui s’est exprimée, du moins sur Internet.
Le Grand débat a-t-il manqué sa cible ?
C’est un peu tôt pour le dire. En revanche, la carte de la participation qui se dessine ressemble étrangement à la France qui est descendue dans la rue après les attentats contre Charlie Hebdo. C’est une France intégrée, qui a un sens du civisme bien ancré. La carte des non-contributeurs correspond à celle du non à Maastricht. Le Nord-Est auquel Emmanuel Macron avait consacré son itinérance mémorielle pendant près d’une semaine, n’a visiblement pas été force de propositions et s’est peu investi dans l’exercice. Nous sommes face à des îlots indépendants. Une fracture civique et démocratique.
Une analyse qui valide la théorie de l’archipel français que vous développez dans votre livre…
Il s’agit d’une société fragmentée, avec des revendications très différentes. L’Ile-de-France illustre ce phénomène avec ses oppositions. Les départements riches de l’Ouest parisien très présents contre la Seine-et-Marne dont sont issus les Gilets jaunes Priscillia Ludosky et Eric Drouet. La Seine-Saint-Denis paraît encore plus éloignée du reste de « l’archipel ». Ce département s’est montré indifférent au mouvement des Gilets jaunes et n’a pas participé au grand débat.
Cette consultation géante ne montre-t-elle pas les limites de la démocratie participative ?
Le principe d’une participation plus grande des citoyens n’est pas remis en cause. En revanche, il ne faut pas lui demander ce qu’elle est incapable de donner. Elle n’est pas le remède ou le ciment d’une société fragmentée. Les outils de démocratie sont utilisés par ceux qui savent le mieux les utiliser.

Jérôme Fourquet vient de co-écrire un ouvrage qui confirme la balkanisation raciale et culturelle de l’Hexagone avec 1 naissance sur 5 d’origine musulmane en 2016 (lire ici). Ce qui n’intègre pas les autres naissances d’origine non-européenne qui représente 40% du total.

Ce à quoi nous assistons, c’est bien au remplacement du clivage gauche/droite hérité de la Révolution Française par un nouveau clivage, conditionné par cette balkanisation ethnique, qui fait de l’affinité communautaire/raciale le nouveau déterminant du politique qu’est l’affrontement entre ami/ennemi.

C’est encore l’attitude du département de Seine-Saint-Denis  massivement repeuplé par des populations extra-européennes qui traduit le mieux cette nouvelle situation. Il est indifférent au mouvement de révolte populaire et antifiscal des Gilets Jaunes, puisque vivant de l’assistanat offert par le gouvernement central. Mais il n’a pas davantage été mobilisé par cette campagne pro-gouvernementale qui a rassemblé une « France urbaine, socialement favorisée et retraitée ».

Cependant, très globalement, la mobilisation est extrêmement faible. En Bretagne, les départements les plus mobilisés – Morbihan et Loire-Atlantique – seuls 99,2% des gens n’ont pas participé à l’initiative gouvernementale.

Bref, l’Etat Français et sa direction parisienne n’ont plus la capacité de mobiliser les populations. Seulement d’occuper intensivement l’espace médiatique sans aucun impact sur le terrain, ce qui constitue une défaite majeure pour le système politique jacobin.

 

 

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