Le nouveau parti souverainiste de Nigel Farage, résolument cosmopolite et europhobe

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BREIZATAO – ETREBROADEL (12/04/2019) Quel est l’intérêt de rompre avec l’Union Européenne ? Il s’agit, pour ceux qui y sont favorables, de retrouver un contrôle plein et entier sur leur destinée nationale, que ce soit au plan économique ou sécuritaire, mais aussi culturel.

Les partisans de cette rupture – habituellement appelés « souverainistes » – ne sont cependant pas nécessairement favorables à une rupture avec l’idéologie cosmopolite dominante que promeut l’UE.

Ainsi en va-t-il de Nigel Farage, homme politique britannique à l’origine du référendum sur la sortie de la Grande-Bretagne de l’UE. Son nouveau parti, le « Brexit Party », est certes favorable à une telle sortie mais son adhésion à l’idéologie cosmopolite – multiraciale et globaliste – ne fait pas l’ombre d’un doute.

Dans son nouveau clip de lancement, la moitié des intervenants sont des afro-asiatiques, notamment musulmans.

Alors ?

Alors le « souverainisme » est d’abord et avant tout une question de concurrence politique entre deux centres de pouvoir : la capitale de l’état auquel appartiennent les souverainistes et le centre du système qu’est l’UE, Bruxelles.

Si un nationaliste comme le Hongrois Viktor Orban est partiellement un souverainiste – il n’appelle pas à rompre avec l’UE mais à arrêter l’intégration politique européenne au stade actuel -, il n’est pas, à l’évidence, sur les mêmes positions que Nigel Farage. Contrairement à ce dernier, Orban est foncièrement hostile au cosmopolitisme et ses produits dérivés que sont sans-frontiérisme et immigrationnisme. Orban est un ethno-nationaliste.

Farage est quant à lui adepte d’une thèse très claire : restaurer l’empire britannique contre l’Union Européenne qu’il perçoit comme un obstacle à cette restauration.

Mais cet empire est fondamentalement multiracial, globalisé, marchand.

Quand Nigel Farage était encore président du parti UKIP, il recrutait volontiers d’anciens sujets coloniaux.

Sanya-Jeet Thandi, ex-présidente de la branche jeunesse de UKIP

Farage tente, depuis des années, non pas de discréditer l’idéologie cosmopolite de l’UE mais bien de convaincre les Britanniques que l’empire britannique est capable de mettre en place un cosmopolitisme plus efficace pour la Grande-Bretagne que celui mis en oeuvre par Bruxelles.

Sur l’immigration, sa rhétorique a systématiquement ciblé les travailleurs est-européens établis en Angleterre tandis qu’il est demeuré silencieux sur l’immigration extra-européenne, du Pakistan notamment.

En 2015, interrogé par un journaliste désirant savoir s’il avait des « préférences culturelles » en matière d’immigration, Farage avait clairement répondu que les migrants indiens avaient sa préférence plutôt que des migrants européens, arguant du fait que le Royaume-Uni devait regarder « en dehors de l’UE ».

En résumé : Farage n’est pas opposé au cosmopolitisme du système qu’est l’Union Européenne, il estime que le cosmopolitisme britannique est en concurrence avec lui.

C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il a finalement quitté l’UKIP fin 2018, assurant que le parti était devenu beaucoup trop hostile à l’islam.

Ouest-France (source) :

Le parti a « changé fondamentalement » sous la direction de Gerard Batten, a déclaré Nigel Farage, accusant l’eurodéputé de faire une « fixation » sur l’islam. 
« C’est le cœur lourd que je quitte l’Ukip. Ce n’est pas le parti du Brexit dont notre nation a cruellement besoin », a écrit cet europhobe convaincu dans le journal Daily Telegraph, après avoir contribué au vote en faveur du Brexit au référendum de juin 2016.

Le souverainisme n’est donc pas, en soi, un « nationalisme » ou un anti-cosmopolitisme. Il est d’abord et avant tout l’expression d’une volonté de puissance politique exprimée par une faction appartenant à un état qui veut accroître le pouvoir de cet état par rapport à l’Union Européenne.

A bien des égards, le Rassemblement National (ex-FN), n’est pas différent du Brexit Party. Lui aussi surfe volontiers sur la nostalgie de la période coloniale et il n’est pas rare, chez des souverainistes comme François Asselineau, d’entendre dire que les Français ont plus d’affinités culturelles avec les Noirs d’Afrique ou les Maghrébins qu’avec les Allemands ou les Polonais.

Le souverainisme n’est pas, en lui-même, une proposition identitaire. Il peut même être volontiers anti-identitaire.

Au vu de la situation raciale en Grande-Bretagne où la balkanisation ethnique s’accélère sur fond d’islamisation de masse des anciennes grandes villes ouvrières, la pertinence de cette réaction « impérialiste » britannique semble désuète voire dangereuse tant elle détourne l’attention du public sur les risques actuels de désintégration sociale, culturelle et politique que porte en elle l’immigration de repeuplement.

 

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