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BREIZATAO – KELTOURIEZH (17/06/2019) C’est un étonnant bouclier celte, façonné à partir d’écorces d’arbres et vieux de 2300 ans, que des archéologues britanniques ont découvert. Une première en Europe où jamais un tel exemplaire n’avait été rencontré ! Les chercheurs de l’Université de Leicester (ULAS) qui viennent d’en faire l’annonce, avaient mis au jour en 2015 les vestiges fragmentés de cette pièce d’armement remontant à 395-250 avant notre ère, laquelle marinait depuis des siècles dans un sol gorgé d’eau, proche de la rivière Soar, sur le site d’Everards Meadows (sud de l’Angleterre). Avait-il été déposé là en tant qu’offrande? Avait-il été abandonné par son propriétaire, trop fragile pour résister aux assauts répétés de lances ou d’épées dont il semblait porter les traces ?

Bouclier celte de Leicester (« Cair Lerion » en breton)

Pendant quatre ans, des expériences visant à reconstituer ce bouclier ont alors été menées sous la direction de Matt Beamish. L’étude de sa composition a d’abord révélé un assemblage complexe réalisé à partir d’écorces d’aulne, de saule, de peuplier et de noisetier, renforcés par des lamelles de bois fibreux de pommier, tilleul, peuplier et aulne. L’ensemble était sans doute recouvert de plusieurs épaisseurs de cuir pour éviter l’éclatement et assurer la cohésion du montage. Une ornementation peinte en damier décorait la partie externe.

Ces recherches expérimentales ont ainsi permis de découvrir que cet élément d’armement en écorce, bien moins résistant qu’un bouclier en bois massif ou en métal, était cependant beaucoup plus léger, permettant à son utilisateur d’évoluer avec une grande liberté de mouvement. Et d’établir que les célèbres guerriers Celtes n’utilisaient donc pas uniquement des boucliers en métal, à l’image du célèbre bouclier de Battersea, exposé au British Museum de Londres, composé de grandes plaques de bronze.

Le bouclier celte en plaques de bronze de Battersea (Ier siècle av. J.-C.), découvert au XIXe siècle. ©British Museum

« Contrairement à ce que les gens imaginent, de nombreux boucliers celtiques étaient fabriqués en bois, explique Nathalie Ginoux, spécialiste en art et archéologie des mondes celtes au Centre André Chastel (UMR 8150) à l’Université Paris-Sorbonne. On en a retrouvé à Clonoura, près de Tipperary, en Irlande –où un bouclier portait aussi à des traces de coups– à La Tène*, en Suisse, à Hjortspring, au Danemark. Sans oublier ce bouclier en bois retrouvé près du Caire, en Egypte, témoignant de la grande mobilité des mercenaires celtes* dans ces régions et celles de l’Asie mineure [un phénomène militaire de grande ampleur NDLR], vers le IIIe siècle avant notre ère », précise la spécialiste du second âge du fer.

Guerriers celtes, reconstitution

Mais l’exemplaire mis au jour par les chercheurs britanniques est unique : « C’est le seul que nous connaissons à ce jour qui ait été façonné en écorce. Il permet de confirmer des sources historiques », poursuit la chercheuse. Ainsi ce passage de La guerre des Gaules (Livre II) (Commentarii de Bello Gallico) dans lequel Jules César note : « […] se servant, d’une part, des armes qu’ils avaient retenues et cachées, d’autre part de boucliers qu’ils avaient fabriqués avec de l’écorce ou en tressant de l’osier qu’ils avaient sur-le-champ, vu l’urgence, revêtus de peaux, firent à la troisième veille, du côté où la montée vers nos retranchements était le moins rude, une sortie soudaine et en masse ». Il est aussi question de boucliers en osier lors de la bataille du lac de Trasimène (21 juin 217 av. JC) pendant la deuxième guerre punique opposant les troupes romaines du consul Flaminius à l’armée carthaginoise d’Hannibal Barca (qui comprenait des contingents celtes). Le bouclier en écorce de Leicester devrait être prochainement présenté au British Museum.

Combattants gaulois

* Un phénomène de grande ampleur pour les « Celtes », « Galates » ou « Gaulois », ainsi que les nommaient les auteurs antiques. Plus de 150 mentions de mercenaires ou auxiliaires celtes ont été recensées chez une vingtaine de ces auteurs. Leurs mentions signalées dans les sources gréco-latines s’échelonnent du Ve siècle avant notre ère (-480, bataille d’Himère, en Sicile, jusqu’à la fin du 1er siècle de notre ère). « L’acmé du phénomène se situe au IIIe siècle avant notre ère », explique Luc Baray, directeur de recherche au CNRS, qui leur a consacré un livre. « C’est en effet pendant ce siècle que les Celtes eurent à intervenir le plus fréquemment dans les rangs des armées étrangères, soit dans le cadre des deux premières guerres puniques et des théâtres d’opérations en Méditerranée occidentale, soit dans le cadre des guerres des Epigones en Asie Mineure ». Dans l’Antiquité, toutes périodes confondues, les mercenaires celtes ont été signalés en Italie, Grèce, Asie Mineure, Thrace… jusqu’en Babylonie, en Sicile ou dans le nord de l’Afrique, et l’Egypte.

Reconstitution militaire celtique par une société culturelle britannique :

(Source : Sciences et avenir)

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