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BREIZATAO – ISTOR (08/08/2019) Dans la semaine qui suit l’exécution de Roger Casement, le 3 août 1916, des images d’actualités du leader nationaliste irlandais sont projetées dans les cinémas américains. Selon une estimation prudente, quelque 15 millions de citoyens américains ont vu les images en mouvement. Un siècle plus tard, ce fragment de film offre un aperçu fascinant.


On aperçoit Casement à son bureau en train d’écrire : l’activité quotidienne qu’il accomplissait plus que toute autre. Il utilise la plume comme une épée, écrivant des critiques accablantes sur la mauvaise administration coloniale et de la corruption politique qui prévaut dans l’Irlande sous occupation anglaise.

Il existe des biographies sur Roger Casement dans toutes les principales langues européennes. En 2012, l’écrivain péruvien Mario Vargas Llosa, quelques semaines à peine après avoir reçu le prix Nobel de littérature, a publié une biographie fictive sur le combattant, « Le rêve du Celte ». Le roman est devenu viral. Environ 750 000 exemplaires ont été distribués dans le monde hispanophone.

Une partie de cette fascination internationale pour Casement vient du fait que son héritage n’est pas exclusif à l’Irlande ; il appartient à de nombreuses régions différentes du globe. Il a passé 20 ans en Afrique subsaharienne, dont plus d’une décennie au ministère britannique des Affaires étrangères, et a été fonctionnaire consulaire au Brésil pendant sept ans. Ses enquêtes sur la brutalité de l’État libre du Congo du roi belge Léopold II et son exposé sur les crimes contre l’humanité dans la forêt amazonienne ont contribué à définir le discours moderne sur les droits humains.

En tant que serviteur de l’empire, Casement voyageait et observait comment des vies ordinaires étaient ruinées par les forces effrénées du capitalisme et le poids de la modernisation. Grâce à l’observation et à la pensée critique, il a pu relier l’expérience du villageois congolais et de l’Indien amazonien à la victime du typhus du Connemara. Pourtant, malgré l’abondance d’écrits interprétatifs sur l’activiste, il demeure un personnage mystérieux, plein de paradoxes et de contradictions. En raison de ses responsabilités officielles, il préférait ne pas être sous les feux de la rampe.

Son salaire du ministère des Affaires étrangères a servi à financer des causes républicaines secrètes telles que Na Fianna Éireann, des écoles de langue irlandaise et des journaux à faible diffusion. C’était un réseauteur compétent et infatigable à la veille du réveil pascal, comptant parmi ses amis intimes les républicains dévoués Alice Milligan et Bulmer Hobson.

Sa connaissance de l’historienne Alice Stopford Green l’a mis en contact avec l’historien médiéval Eoin MacNeill, le philologue allemand Kuno Meyer et un cercle très actif d’intellectuels nationalistes à Londres. Il visite régulièrement la maison des organisateurs de la Ligue gaélique, Robert et Sylvia Lynd, à Hampstead.

L’Ulster était la province avec laquelle il s’identifiait le plus étroitement, séjournant régulièrement chez des parents dans les Glens d’Antrim lorsqu’il était en congé. Et quand il était à Belfast, il participait aux ceilídhs – les bals irlandais traditionnels – organisés par l’antiquaire Francis Joseph Bigger. Mais le nationalisme culturel se transformant à cause de l’aggravation de la crise de l’autonomie, M. Casement démissionna du ministère des Affaires étrangères et consacra son énergie au soutien ouvert à l’indépendance irlandaise.

Les Irish Volunteers, milices nationalistes clandestines atteignant 200,000 membres

Après la fondation des Irish Volunteers en 1913, Casement prend la parole lors de rassemblements de recrutement dans tout le pays et accompagné Pádraig Pearse, Tomás MacDonagh et Eoin MacNeill dans le développement du mouvement.

Fin juillet 1914, alors aux États-Unis, il entendit parler du débarquement réussi d’Erskine Childers et Mary Spring-Rice à Howth. Son rôle clé dans la planification de cette entreprise lui donna accès au cercle restreint du Clan na Gael et, en novembre 1914, avec le soutien de l’exécutif de la CISR, il arriva à Berlin pour promouvoir et expliquer la lutte irlandaise, tant au niveau politique qu’intellectuel.

Ses efforts pour recruter et former une brigade irlandaise, parmi les prisonniers de guerre de l’armée britannique d’origine irlandaise en Allemagne, échouent. Il est coupé de ses réseaux de soutien international.

En avril 1916, de retour en Irlande à bord d’un sous-marin allemand (juste avant la cargaison d’armes à feu envoyée de Berlin), Casement est capturé près d’une motte féodale près de Banna Strand dans le Kerry avant d’être envoyé à Londres pour être jugé pour haute trahison devant les Cours Royales de Justice.

La culpabilité était le verdict inévitable. Malgré de nombreux appels à la clémence, le nœud se resserra rapidement autour de son cou. Le procureur FE Smith, un syndicaliste de premier plan, menaça de démissionner du cabinet si le « traître » n’était pas pendu.

Mais dans la mort, Casement s’avéra être encore plus controversé qu’il ne l’avait été dans sa vie. Des stratégies furent mises en œuvre par les services secrets de l’État pour utiliser sa sexualité, notamment des notes sur ses aventures homosexuelles, afin de saper son autorité morale sur la résistance nationaliste irlandaise.

L’exemple de Roger Casement inspirera Célestin Lainé en 1939 lors de la formation du Lu Brezhon, groupe armé soutenu par l’armée allemande en Bretagne occupée par la France.

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