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BREIZATAO – ISTOR (07/09/2019) Il s’agit de l’une des histoires les plus fascinantes du XIVe siècle, que les chroniqueurs de l’époque aimaient raconter et que les historiens ont toujours raconté depuis. C’est la défense d’Hennebont en 1342 par la comtesse Jeanne de Flandre qui lui valut le surnom de Jeanne la Flamme.

Le meilleur récit de cet épisode est peut-être celui des « Chroniques Véritables » de Jean le Bel, qui a été traduit récemment par Nigel Bryant. Jean le Bel était un écrivain flamand qui avait été chargé de composer une histoire des événements récents. Il voulait que son travail soit honnête et impartial, et qu’il n’inclut que les événements dont « j’ai été moi-même témoin ou dont j’ai entendu le récit par ceux qui ont été présents quand je ne l’ai pas été ».

Si les historiens connaissent Jean le Bel depuis longtemps, son œuvre s’est perdue pendant des siècles et n’a été redécouverte qu’au milieu du 19e siècle. Sa chronique couvre les années 1290 à 1360, et se concentre sur la situation entre l’Angleterre et la France pendant les premières étapes de la guerre de Cent Ans. Une grande partie est consacrée à la guerre dite de la Succession Bretonne, conflit qui a débuté à la mort de Jean III, duc de Bretagne, le 30 avril 1341. Comme il n’avait pas d’enfants, son héritage était incertain et il y avait deux demandeurs. L’un était son demi-frère Jean de Montfort et l’autre sa nièce Jeanne de Penthièvre, qui était mariée à Charles de Blois.

Les rois d’Angleterre et de France n’ont pas tardé à s’engager dans le conflit – même s’il y eut une accalmie dans les combats de la guerre de Cent Ans – ils voulaient chacun que leur propre candidat deviennent le prochain souverain de Bretagne, un duché très stratégique. Tandis que le roi de France soutenait Jeanne et Charles, les Anglais se rangèrent du côté de Jean de Montfort.

À l’automne 1341, la partie monfortienne reçut un coup très dur quand Jean de Montfort fut capturé par le roi Philippe VI de France, bien qu’il lui ait promis un sauf-conduit. Charles de Blois commence alors à préparer une armée pour envahir et conquérir la Bretagne, qu’il pense être bientôt la sienne. Cependant, Jeanne de Flandre, épouse de Jean de Montfort, n’était pas prête à abandonner. Elle envoya l’un de ses disciples de confiance vers l’Angleterre pour s’entretenir avec le roi Édouard III, lui demandant d’envoyer des troupes pour l’aider à défendre la Bretagne.

Pendant que son messager était en route, les forces de Charles de Blois envahirent le duché et commencèrent à conquérir ses villes. Après avoir capturé Rennes en mai 1342, il marcha sur Hennebont, où Joanna était basée.

Tours Bro Erec’h à Hennebont, contemporaines de la guerre d’indépendance

Jean le Bel poursuit l’histoire :

Quand la vaillante dame et ses partisans apprirent que Sire Charles venait les assiéger, ils donnèrent l’ordre d’armer toutes leurs troupes et de faire sonner la grande cloche pour appeler tout le monde à la défense de la ville. Cela s’est fait sans attendre. Lorsque Sire Charles et les seigneurs français s’approchèrent et virent la puissante défense de la ville, ils ordonnèrent à leurs hommes d’établir un campement en vue d’un siège. Certains jeunes Génois et Espagnols – et des Français aussi – allèrent attaquer les murs. Il y eut un certain nombre d’affrontements violents au cours desquels les Génois, par imprudence, ont perdu plus qu’ils n’ont gagné. Quand la soirée commença, tout le monde retourna dans ses quartiers.

Les combats se poursuivirent au cours des deux jours suivants, avec « la comtesse vaillante, armée et montée sur un grand destrier, allant de de rue en rue, acclamait et appelait tout le monde à la défense de la ville, ordonnait aux femmes, aux dames et à tous, de prendre des pierres aux murs et de les jeter aux attaquants, ainsi que des seaux de chaux vive ».

Remparts d’Hennebont, contemporains de la bataille de la guerre d’indépendance

Après trois jours de combats, Jean le Bel relate l’un des moments les plus dramatiques du siège :

Et maintenant, vous allez entendre parler de l’exploit le plus audacieux et le plus remarquable jamais accompli par une femme. Sachez ceci : la comtesse vaillante, qui n’arrêtait pas de grimper les tours pour voir comment la défense avançait, vit que tous les assiégeants avaient quitté leurs quartiers et s’en allaient à l’assaut. Elle conçut un bon plan. Elle remonta son destrier, entièrement armée comme elle l’était, et fit appel à quelque trois cents hommes d’armes qui gardaient une porte qui n’était pas attaquée pour monter avec elle ; puis elle partit avec cette compagnie et fonça hardiment dans le camp ennemi, qui était dépourvu de quiconque sauf de quelques garçons et domestiques. Ils les tuèrent tous et mirent le feu à tout : bientôt tout le campement s’embrasa.

Quand les seigneurs français virent leur camp en feu et entendirent les cris et le vacarme, l’assaut fut abandonné alors qu’ils se précipitaient et pleuraient : « Traîtrise ! Traîtrise ! » La comtesse vaillante, les voyant alertés et les assiégeants affluant de tous côtés, rallia ses hommes et, réalisant qu’il n’y avait pas de chemin de retour vers la ville sans perte grave, partit dans une autre direction, directement au château de Brayt, à environ quatre lieues de là.

Une représentation du 15ème siècle de Jeanne de Flandre menant l’attaque depuis Hennebont.

Alors que les défenseurs d’Hennebont se réjouissaient de leur victoire, ils ne savaient pas ce qui était arrivé à Joanna. Les assiégeants français n’ont pas non plus été d’une grande aide, comme ils l’ont crié : « Continuez ! Va trouver ta comtesse ! Elle est perdue, c’est sûr : il faudra des années avant que tu la revoies ! »

Les défenseurs n’ont eu à s’inquiéter que cinq jours :

Puis la vaillante comtesse, devinant que son peuple serait alarmé et craignant pour elle, leva environ cinq cents hommes de troupe bien armés, vêtus et montés, et partit de Brayt à minuit et arriva à l’aube à l’une des portes du château de Hennebont avant d’y pénétrer à coups triomphants de trompettes, tambours et autres instruments.

Le comte de Blois, frustré par les victoires de Jeanne et les nombreux morts de son côté, fit venir douze machines de siège qui pouvaient bombarder les murs de Hennebont. Partis pour aller assiéger une autre ville, Charles laissa Sire Hervé de Léon en charge. Très vite, les machines de siège détruisirent la ville et le château, et les esprits des défenseurs commencèrent à vaciller. Parmi ceux qui se trouvaient à Hennebont se trouvait Guy, évêque de Léon et oncle de Sire Hervé. Les deux tinrent des pourparlers et le neveu persuada l’évêque de convaincre les autres seigneurs d’abandonner avant qu’il ne soit trop tard. Guy a parlé aux autres défenseurs pour leur faire connaître les conditions de la reddition.

Jeanne de Flandre part à la rencontre de la flotte anglaise

Jean le Bel écrit :

La comtesse craignit immédiatement le pire et les supplia, sur l’honneur de la Sainte Vierge, de ne rien faire d’imprudent, car elle était sûre que l’aide arriverait dans trois jours. Mais l’évêque était insistant et persuasif, remplissant les seigneurs d’alarme et de crainte. Il continua le lendemain matin, jusqu’à ce qu’ils soient presque convaincus qu’ils devaient céder ; Sire Hervé arriva en ville pour accepter leur reddition quand la vaillante comtesse, regardant vers la mer par la fenêtre du château, se mit à crier de joie, pleurant de toutes ses forces : « Je vois le secours que j’ai si longtemps voulu ! »

Tous les habitants de la ville coururent vers les murs pour voir ce qu’elle avait vu ; et là, aussi clairement que possible, ils virent une vaste flotte de navires, grands et petits, se dirigeant vers Hennebont.

C’est la flotte anglaise, dirigée par Sir Walter Mauny, qui était arrivée. Le roi Édouard III avait accepté de venir à la rescousse de la comtesse, mais la flotte avait été gênée par des tempêtes dans la Manche, et avait mis quarante jours pour atteindre la Bretagne. Pendant ce temps, « Sir Herve était furieux, il appela la plus grosse catapulte qu’ils avaient et ordonna un bombardement constant de jour comme de nuit. »

Alors que les Anglais débarquaient, Jeanne de Flandre célébra un festin en leur honneur et, par la suite, Sire Walter Mauny proposa un plan pour arrêter l’attaque de la machine de siège :

Sire Walter et toute sa compagnie s’armèrent donc aussitôt et se glissèrent discrètement par une porte, emportant avec eux un corps de trois cents archers qui lâchèrent des salves si fines et si denses qu’ils repoussèrent les hommes qui gardaient la machine de guerre. Les hommes d’armes avancèrent alors et tuèrent un bon nombre d’entre eux, renversèrent la grande catapulte et la réduisirent en pièces avant de charger le camp ennemi et de l’incendier.

Les combats se poursuivront, attirant davantage de combattants de chaque côté, mais les troupes anglaises parviennent à revenir derrière les murs d’Hennebont avec leur victoire assurée. Jean le Bel ajoutait que « quiconque voyait la vaillante comtesse descendre du château et embrasser deux ou trois fois de suite Sire Walter Mauny et ses compagnons, aurait dit qu’elle était en effet une dame d’esprit noble ».

Deux jours plus tard, les forces françaises se retirent d’Hennebont. La guerre de succession bretonne se poursuivra pendant encore 22 ans, mais lorsque Charles de Blois est tué à la bataille d’Auray en 1364, la revendication de son épouse sur le duché s’effondre.

Le chant populaire breton « An Alarc’h » célèbre la victoire finale des patriotes bretons contre l’envahisseur français au terme de la Guerre de Succession.

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1 COMMENT

  1. Jeanne la Flamme qui signifierait davantage en rapport avec l’époque, Jeanne la Flamande terminologie proche du flamand actuel Vlamsk…

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