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BREIZATAO – POLITIKEREZH (06/10/2019) Rien n’enthousiasme plus la presse d’état française que la promotion de la démocratie. Mais à une condition : que ses prêches et consignes politiques ne s’appliquent qu’aux seuls états étrangers.

Ainsi, des journaux comme Le Monde dénoncent régulièrement des gouvernements qui emprisonnent leurs blogueurs, comme au Vietnam contre lequel le journal vespéral tonne par exemple en 2017 « La répression des blogueurs s’intensifie » (lire ici). Lorsque des blogueurs subissent les mêmes condamnations à de la prison ferme en France, la rédaction du Monde s’enthousiasme, suivant avec avidité les verdicts qui frappent l’opposition (lire ici).

Plus récemment, il en va de même pour le traitement de la situation à Hong Kong où l’interdiction par les autorités du port du masque lors des manifestations a entraîné les protestations virulentes des médias français.

Le journal Dernières Nouvelles d’Alsace titre ainsi sobrement « Les masques pour la liberté » (source).

 

Au printemps dernier, quand les Gilets Jaunes sont violemment réprimés par l’Etat Français et leurs masques confisqués, les Dernières Nouvelles d’Alsace cite longuement les juges aux ordres du gouvernement, sans aucun commentaire :

Le procureur de la République, Mathilde Pimmel, rappelle que depuis le début des manifestations, « nous devons multiplier les effectifs tant au niveau du tribunal que les effectifs policiers. Ce qui au départ était un mouvement de revendication légitime s’est radicalisé au fil des semaines. Aujourd’hui sept personnes vont être présentées devant le tribunal pour des faits similaires. Des personnes qui faisaient partie d’un groupe hostile en fin de manifestation. Le fait d’être masqué n’a pas d’autre explication que celle de vouloir en découdre. De même que lancer un fumigène sur les forces de l’ordre est constitutif de violences. On ne peut accepter ces violences ». 

Plus de place donc pour un quelconque romantisme révolutionnaire. Cette fois, les troubles ne se déroulent pas dans un pays lointain d’Asie mais sur le territoire de la République française, les masques ne sont plus ceux « de la liberté » mais ceux de des ennemis d’état et de l’ordre établi.

D’ailleurs, le coq médiatique français actuellement dressé sur ses ergots, n’a pas jugé utile de rappeler à l’opinion hexagonale que cette mesure est déjà en vigueur en France. Passible d’une peine d’amende dès 2009, le port du masque lors de manifestation a été pénalisé en février 2019.

En pleine crise des Gilets Jaunes, le gouvernement français rend ainsi passible d’un an de prison ferme et de 15,000 euros d’amende le fait de « dissimuler son visage lors d’une manifestation ». La presse d’état s’enthousiasme alors pour cette mesure ou se contente, au mieux, de la rapporter sans la commenter.

Il suffit de comparer le rapport du vote de la loi par Le Monde à ce qu’elle dit de l’actuelle situation à Hong Kong (source) pour s’en convaincre. Lors de son vote en février 2019, Le Monde rapporte avec pudeur :

C’était l’une des principales déclarations du premier ministre, Edouard Philippe, lorsqu’il a annoncé, le 7 janvier, la volonté du gouvernement de légiférer contre les casseurs : « Ceux qui arrivent cagoulés, aujourd’hui, c’est une contravention. Demain, ça doit être un délit. » Le nouveau texte sanctionne donc d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende le fait de « dissimuler volontairement tout ou partie de son visage sans motif légitime ».
Les personnes cagoulées pourront ainsi être interpellées et placées en garde à vue et devront par la suite prouver qu’elles avaient une bonne raison d’être masquées. « Se présenter masqué est a priori interdit », a résumé la députée (MoDem) du Puy-de-Dôme Laurence Vichnievsky à l’origine de l’écriture de cette version du texte, adoptée contre l’avis de la rapporteuse. En commission, les députés LRM avaient préféré circonscrire ce délit aux personnes masquées dans l’intention de « participer ou d’être en mesure de participer à la commission de ces troubles sans pouvoir être identifiée[s] », une rédaction considérée comme inapplicable par nombre d’élus.

Pas de contestation ni même de critique.

A Hong Kong, la rédaction du Monde a en revanche un avis très tranché sur cette mesure : « Pour enrayer la contestation, Hongkong interdit le port du masque ».

Le Monde parle ensuite d’une « initiative » qui « confirme l’intention du gouvernement de continuer de gérer la crise politique par la force et la répression plutôt que par le compromis et le dialogue ».

Doit-on en déduire que Le Monde considérait la pénalisation du port du masque lors des manifestations votée en 2019 comme d’une gestion « par la force et la répression » de la crise politique ? Si oui, pourquoi ne l’a-t-il pas dit dans les mêmes termes ? Si non, pourquoi dénoncer l’adoption de cette mesure à Hong Kong ?

Autrement dit, pourquoi le très moraliste journal Le Monde a-t-il deux opinions sur une même situation selon qu’elle a lieu en France ou en Chine ? La réponse est évidente : ce n’est pas une question de principe mais de pouvoir. La presse d’état française protègera toujours le système français et n’exigera jamais de lui ce qu’il exige d’états lointains dont elle peut commenter la vie intérieure sans risque.

A Hong Kong, le ton du Figaro est également des plus libertaires. Son correspondant sur place parle de « manifestants pro-démocratie » et de « trouble-fête » contre lesquels « le régime » chinois veut exercer une « reprise en main musclée » (lire ici).

Proche de la droite parlementaire, Le Figaro s’exprimait très différemment lors du vote de la loi portant sur l’interdiction du port du masque début 2019 qui avait été initié par le sénateur LR Bruno Retailleau, ancien bras-droit de François Fillon.

Il est alors question « d’individus cagoulés », de « violences » et du nécessaire maintien de « l’ordre public » (lire ici). Pas de « reprise en mains musclées » par le « régime ».

Encore hier, BFMTV évoquait les manifestants qui « bravaient » l’interdiction de porter un masque.

Les violences étaient curieusement absentes des reportages.

En revanche, en France, BFMTV dénonce le port de cagoules par des « casseurs » qui ne sont plus des « manifestants » contrairement à ce qu’elle décrit à Hong Kong.

La France, pays d’élection divine, se dispense d’appliquer les injonctions qu’elle adresse au reste du monde. Sa presse d’état, qu’elle soit écrite ou audiovisuelle, joue le rôle de filet de sécurité du système en place tout en continuant de prêcher pour l’étranger un évangile qu’elle s’interdit d’application en France.

Ce que l’on appelle l’hypocrisie systémique.

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