BREIZATAO – ISTOR (19/11/2019) Olivier V de Clisson, né le 23 avril 1336 au château de Clisson et mort le 23 avril 1407 au château de Josselin, est un grand seigneur féodal breton, connétable de France, comte de Porhoët, baron de Pontchâteau. Représentant le plus illustre de la famille de Clisson, sa cruauté au combat lui vaut d’être surnommé « le Boucher ».

Son existence est jalonnée par deux grands retournements : d’abord ennemi des Valois ayant fait exécuter son père, il se retourne contre son suzerain, le duc Jean IV de Bretagne, alors allié aux Anglais, pour se mettre au service des rois de France Charles V puis Charles VI, avant de se réconcilier avec Jean IV et devenir tuteur du fils et successeur de celui-ci, Jean V. Il fait preuve d’une exceptionnelle valeur militaire et est nommé connétable de France en 1380. Sa position de grand féodal fortuné, impliqué dans les conflits de succession en Bretagne, le plonge au cœur des antagonismes de la guerre de Cent Ans.

Enfance d’un seigneur du parti français

Château de Clisson

Olivier V de Clisson, fils d’Olivier IV de Clisson et de Jeanne de Belleville, naît le 23 avril 1336 dans le château de Clisson.

Son père, qui choisit le camp de Charles de Blois et du roi de France, est gouverneur militaire de Vannes lorsque les Anglais prennent la ville après le quatrième siège de Vannes en 1342. Prisonnier, Olivier IV est conduit en Angleterre et libéré contre une somme relativement peu élevée. Du fait du montant selon eux anormalement faible de cette rançon, le roi de France Philippe VI et ses conseillers soupçonnent Clisson d’avoir intrigué avec le roi Édouard III d’Angleterre. Attiré par traîtrise à Paris, Olivier IV est exécuté par décapitation sur ordre du souverain français le 2 août 1343.

Cette exécution expéditive choque la noblesse, la culpabilité de trahison n’étant à l’époque pas publiquement démontrée, puisque la décision a été le fait du roi, sans procès. De plus la notion de trahison ne s’entend pas à l’époque de la même manière pour les nobles : ils revendiquent le droit de choisir à qui rendre hommage, sans pour autant être indigne. Or l’exécution d’Olivier IV de Clisson s’accompagne d’une humiliation posthume : son corps est pendu par les aisselles à des fourches patibulaires au gibet de Montfaucon à Paris, puis sa tête exposée à la porte Sauvetout à Nantes, tandis que le reste de son cadavre est exposé aux portes de Paris, outrages réservés aux dépouilles des grands criminels.

Vestiges de la Porte Sauvetout à Naoned (Nantes)

La veuve d’Olivier IV, Jeanne de Belleville, fait jurer à ses fils Olivier et Guillaume de venger leur père. Elle consacre sa fortune à lever une armée pour assaillir les troupes favorables à la France stationnées en Bretagne. Menacée sur terre, elle fait armer deux navires et, toujours accompagnée de ses deux fils, mène une guerre de piraterie contre les bateaux français. Cette épopée s’achève lorsque des vaisseaux du roi de France s’emparent des navires de Jeanne de Belleville qui peut s’échapper avec ses deux fils à bord d’une barque. Les cinq jours de dérive suivants sont fatals à Guillaume, qui meurt de soif, de froid et d’épuisement. Olivier et sa mère sont recueillis à Morlaix par des partisans des Montfort, ennemis du roi de France.

C’est après ces épreuves qu’Olivier de Clisson est conduit par sa mère en Angleterre, alors qu’il est âgé de douze ans. Il est élevé à la cour d’Édouard III avec le futur Jean IV, Jean de Montfort, alors prétendant au trône ducal de Bretagne. Le roi d’Angleterre mise sur Montfort, héritier potentiel du duché, mais Olivier de Clisson est apprécié et est traité comme l’égal de Jean. Jeanne de Belleville épouse Gautier de Bentley, un noble anglais à la tête des armées britanniques œuvrant en Bretagne, vainqueur de la bataille de Mauron en 1352. Pour ses services, Bentley reçoit de nombreux fiefs à Beauvoir-sur-Mer, Noirmoutier, Bouin, etc. L’oncle d’Olivier, Amaury, est conseiller d’Édouard III. Au cours des dix ans passés à la cour de Londres, Clisson est donc héritier d’une puissance féodale. Ce n’est pas le cas de Jean de Montfort, qui dépend entièrement du bon vouloir du roi anglais. Physiquement supérieur, Clisson fait figure de bras armé, celui qui peut militairement battre le roi de France.

Durant cette période, Édouard III d’Angleterre prend le dessus sur les monarques français. Les victoires anglaises se succèdent, notamment à Crécy en 1347 et Poitiers en 1356. Les Anglais prennent le contrôle des mers lors de la bataille de L’Écluse (1340) et tiennent Calais. La série de revers pousse certains princes tels Charles le Mauvais, roi de Navarre, et les bourgeois de Paris, las de payer des impôts infructueux, à contester le pouvoir royal. Le successeur de Philippe VI, Jean le Bon est retenu prisonnier en Angleterre, son fils le dauphin, futur Charles V, doit faire face à la révolte conduite par Étienne Marcel en 1358.

Bataille d’Auray

Bataille d’Auray, victoire bretonne contre l’envahisseur français

Clisson fait partie des chefs de troupes qui secondent Montfort dans sa tentative échouée de prise de Nantes, puis du siège de Bécherel en 1363. En septembre 1364, quelques mois après l’avènement de Charles V, Jean IV profite de la situation troublée que connaît la France depuis la capture du roi Jean le Bon pour porter un effort décisif avec les Bretons de son parti. Aidé d’un corps anglais sous les ordres de John Chandos, ce capitaine qui avait décidé du sort de la bataille de Poitiers en 1356, Jean IV assiège Auray, ville au secours de laquelle se portent Charles de Blois et un corps de troupes françaises commandé par Bertrand Du Guesclin.

Les deux armées s’affrontent sous les murs de la ville le 29 septembre 1364. Les monfortistes y sont retranchés, et Jean de Monfort propose, pour pallier l’infériorité numérique de son armée, d’attaquer le camp français par surprise. Mais le commandement anglais retient la proposition d’Olivier de Clisson d’attendre que l’armée du roi de France soit contrainte de gravir la pente les menant à Auray, et mise sur la défensive, choix tactique que Clisson reprendra au cours de sa carrière militaire.

Le sort est d’abord indécis, mais les trahisons dans le parti de Blois, et l’appui apporté par Chandos et Olivier de Clisson à Jean IV décident de l’issue de la bataille. Ils réussissent à disjoindre les troupes de Charles de Blois afin de les combattre séparément. Éloigné du gros de son armée, Charles de Blois est entouré par ses ennemis et tué dans la mêlée, tandis que Du Guesclin est fait prisonnier, et libéré contre une forte rançon en 1365. La guerre de succession prend fin avec cette batailleR 5, au cours de laquelle Olivier de Clisson joue un rôle important, montrant l’exemple par son ardeur au combat ainsi que le relate l’historien de l’époque, Jean Froissart. Au cours des combats, Clisson est blessé et perd l’usage d’un œil, ce qui lui vaut le surnom « l’Éborgné d’Auray ».

Le Traité de Guérande

La veuve de Charles de Blois, Jeanne de Penthièvre, s’incline devant les événements, et les pourparlers de paix entre les maisons de Blois et de Montfort commencent au château de Blain qu’Olivier vient de recouvrer.

Par le traité de Guérande de 1365, Jean IV, surnommé le Conquérant, est reconnu seul duc de Bretagne. Olivier V se repose à Blain, soignant sa blessure, lorsqu’il apprend que Jean IV a préféré donner à l’Anglais John Chandos le château du Gâvre et sa forêt. Or, Olivier de Clisson les convoite en récompense de ses bons et loyaux services. Alors qu’il exprime son mécontentement au duc, celui-ci lui répond évasivement. Clisson, saisi de colère, s’écrie « J’aimerais mieux me donner au diable que de voir l’Anglais mon voisin » et, quinze jours plus tard, incendie le château du Gâvre et en fait transporter les pierres en son château de Blain à quelques kilomètres au sud. Le duc lui confisque alors la seigneurie de Châteauceaux.

Jean IV envoie Clisson à Paris en ambassade auprès de Charles V pour obtenir du roi de France des garanties quant au respect du nouveau statut de la Bretagne après le traité de Guérande. Le 22 mai 1366, Olivier V est reçu en grande pompe, le monarque français n’hésitant pas à flatter l’orgueil de Clisson pour détourner celui-ci des Montfort. En 1367, Olivier de Clisson participe, en tant que général anglais aux côtés de Robert Knolles et sous le commandement du Prince noir, à la bataille de Nájera (Castille) face aux troupes commandées par Bertrand Du Guesclin. Les Français perdent le combat et Du Guesclin est fait prisonnier pour la seconde fois. En 1369 par contre, Clisson combat côté français. Au printemps, il déconseille au roi de chercher à débarquer en Angleterre étant donnée la faiblesse de la flotte française, et en août de la même année, Olivier V échoue, avec Amaury de Craon, à prendre Saint-Sauveur-le-Vicomte aux Anglais, échec dû à sa double allégeance, puisqu’il est contraint de lever le camp pour aller négocier au nom de Jean IV auprès de Charles II de Navarre. Charles V, pour s’attacher les services de Clisson, lui restitue les possessions normandes d’Olivier IV, le dispensant de certains impôts.

Ce sont ces terres normandes que Clisson échange contre la seigneurie de Josselin avec le comte d’Alençon, son cousin, en 1370. Quelques mois plus tard, Clisson formalise son changement de camp, puisqu’il signe une charte établissant la suzeraineté du roi de France sur Josselin, située en plein cœur de la Bretagne ducale. Olivier V, dont le tempérament s’accommode mal de la vassalité, n’est pas fait pour s’entendre avec le duc et ne supporte plus les Anglais qui l’entourent. De son côté, le duc n’a aucune sympathie pour celui à qui il doit en grande partie sa couronne ducale.

Jusqu’en 1396, la lutte entre les deux hommes marque l’histoire de la Bretagne.

Alliance avec Bertrand Du Guesclin

Bertrand Duguesclin, traître éminent à la Bretagne

Charles V fait alors appel à Olivier de Clisson pour mettre fin aux agissements des grandes compagnies qui, sans engagement après la victoire anglaise en Espagne, pillent le sud-ouest de la France. Clisson entre au service de la monarchie française pour la première fois. Le 23 octobre 1370, Clisson s’allie avec Du Guesclin, par le serment de Pontorson. Bertrand Du Guesclin est depuis le 3 octobre de la même année connétable de Charles V et ennemi du duc de Bretagne. Aidé de Clisson, il est vainqueur des Anglais lors de la bataille de Pontvallain, premier des succès dont Du Guesclin tirera sa renommée, bien que la compétence militaire de Clisson ait été déterminante pour compenser le manque de vision stratégique de son nouvel allié.

Les termes du serment de Pontorson entre les deux nouveaux alliés précisent que les bénéfices des éventuelles conquêtes sont partagés par moitié. Cette alliance est révélatrice de l’état général des liens vassaliques, le temps ayant conduit à une situation où ces liens sont entremêlés et inextricables, chacun devenant libre de choisir son camp selon les intérêts du moment. La fraternité d’armes est devenue supérieure au lien vassalique, Clisson respectera le serment fait à Du Guesclin. Par ce pacte, Clisson devient un fidèle des Valois, meurtriers de son père. La même année, lors d’un raid de Robert Knolles aux portes de Paris, il conseille au roi une tactique prudente, une stratégie défensive pour éviter une bataille rangée sans l’avoir suffisamment préparée ; Knolles se détourne de la capitale.

Exil du Duc Jean IV

Après la victoire sur Charles de Blois et l’accession au titre ducal, Jean IV est débiteur financier auprès du roi d’Angleterre Édouard III. À l’image de Thomas Melbourne, receveur général et trésorier du duché, certains des conseillers de Jean IV sont les Anglais qui l’ont entouré lors de son exil. La rancœur exprimée par Olivier de Clisson contre le duc dès 1365 est peu à peu partagée par d’autres nobles bretons. À cela s’ajoute le mécontentement populaire consécutif à la mise en application d’un impôt ducal permanent, le fouage. Constamment obligé de louvoyer entre la pression française, la contestation du puissant parti Clisson-Penthièvre et son lien de vassalité avec le souverain anglais, le duc de Bretagne choisit en 1372 de signer un traité d’alliance avec l’Angleterre, accord habile de la part du duc breton au regard des avantages qu’il en tire. Mais les termes signifient nettement, aux yeux du roi de France, la soumission à la couronne anglaise. Le duc tente de calmer le monarque français en expliquant qu’il est contraint d’accueillir des troupes anglaises pour contrer Olivier de Clisson, sans succès. Le 22 mars 1373, Charles V ordonne à Bertrand Du Guesclin de s’emparer du duché. Pour s’assurer du soutien de Clisson, il lui donne la seigneurie de Guillac.

Du Guesclin et Clisson mènent alors une guerre de propagande à destination de la noblesse bretonne pour discréditer la politique de Jean IV. Des troupes anglaises stationnent à Derval, Rougé, Brest, Saint-Mathieu. Plus grave encore pour les intérêts des nobles bretons, des Anglais reçoivent toujours des seigneuries et des rentes importantes. Malgré la faiblesse quantitative de ces récompenses données à ses alliés, Jean IV est jugé trop soumis aux Anglais. Abandonné par la majorité de la noblesse bretonne, il est contraint à l’exil et traverse la Manche le 28 avril 1373.

Olivier de Clisson corégent de Bretagne

Clisson aurait pu prétendre au titre de duc, mais Charles V choisit de mettre la main sur la Bretagne, et place son frère, le duc d’Anjou, marié à une Penthièvre, fille de Charles de Blois, à la tête du duché, avec le titre de « lieutenant du roi ». Mais cette nomination n’est qu’honorifique, le duc d’Anjou ne se rendant jamais en Bretagne. Olivier de Clisson est nommé régent pour la partie gallophone, et Jean Ier de Rohan pour la partie brittophone. Les deux s’entendent parfaitement et deviennent parents par la suite.

Sur le plan militaire, l’été 1373 débute par le siège de Derval, lieu symbolique puisque le château de la cité est propriété de Robert Knolles. Concarneau est conquise, et tous les Anglais la défendant sont tués. Jean IV obtient que le duc de Lancastre intervienne dans le duché breton à la tête de dix mille hommes. Jean IV reprend Saint-Pol-de-Léon et assiège Saint-Brieuc. Dans le Sud de la Bretagne, Olivier de Clisson assoit sa domination militaire. Le duc de Bretagne tente de le capturer en assiégeant Quimperlé, mais une trêve conclue entre les rois de France et d’Angleterre l’empêche de profiter d’une situation quasi-désespérée pour Clisson. À la reprise des combats, l’avantage va au Français. Le siège de Brest dure de 1373 à 1377 ; Olivier de Clisson fait construire la forteresse de Guesnou pour interdire l’accès à la ville par la mer. Brest est la dernière possession anglaise en Bretagne. Après la prise d’Auray par Olivier V en 1377, Jean IV n’est le suzerain que de Brest et d’une petite partie de la péninsule du Finistère.

Clisson fait du château de Josselin une imposante place-forte. Sur la base d’un fort édifié au XIIIe siècle, il bâtit une forteresse de 4 500 m2 disposant de neuf tours et d’un donjon de 26 mètres de diamètre et 32 mètres de hauteur. Il épouse en secondes noces Marguerite de Rohan, sœur du vicomte Jean Ier de Rohan, en 1378. Immensément riche, il apparaît alors comme le chef du parti français en Bretagne.

Retour du Duc Jean IV

Retour du Duc Jean IV, libérateur de la Bretagne (bas-relief Dinard)

Charles V fait le choix politique d’annexer la Bretagne au royaume de France le 18 décembre 1378, ce qui provoque un revirement de la noblesse bretonne, y compris Jeanne de Penthièvre, puisque le traité de Guérande n’est plus respecté. Le roi de France demande à quatre grands seigneurs bretons jusqu’ici fidèles à la France de donner leur position sur le sujet. Guy XII de Laval refuse de lutter contre Jean IV, Rohan promet timidement. Après la mort de Du Guesclin, le roi Charles VI, peu après son sacre à l’âge de douze ans, élève Olivier de Clisson au rang de connétable de France le 28 novembre 1380, avec le soutien du duc d’Anjou et malgré l’opposition des ducs de Berry et de Bourgogne, tous trois oncles du roi, et après que les deux autres candidats ont décliné l’offre considérant que Clisson était le plus apte. Outre le fait d’avoir prouvé ses compétences au combat, Olivier V est breton comme Du Guesclin, à une époque où les mercenaires bretons formés lors de la guerre de Succession de Bretagne sont prépondérants. Le rôle de connétable est très important politiquement, et il donne le droit à Clisson de conserver le butin de guerre hormis l’or, l’argent et les prisonniers, privilège dont Olivier de Clisson saura tirer profit.

Connétable de France

Face au deuxième personnage du royaume, le duc de Bretagne ne peut considérer Clisson comme un simple vassal ; peu de temps après le second traité de Guérande du 4 avril 1381 qui normalise les relations entre le duché de Bretagne et le royaume de France, Jean IV et Clisson signent un traité de « bons alliés » le 30 mai 1381, renouvelé le 27 février 1382. La rivalité des ducs de Berry et de Bourgogne avec Clisson permet à Jean IV d’obtenir des appuis côté français. t son aide, Clisson et Du Guesclin affirment leur fidélité au Valois. Jean IV retrouve des appuis sur sa terre natale, un gouvernement provisoire breton ayant été créé pour faire face au roi de France. Clisson voit s’échapper là une chance de prendre le titre de duc. Il ne parvient pas à convaincre le roi de France que le duc de Bretagne a de nouveau passé un accord secret avec le roi d’Angleterre, Richard II, et souligne vainement que si Jean IV est entouré de beaucoup moins d’émissaires d’outre-Manche qu’auparavant, il a pour conseiller un proche du roi anglais. Jean IV est rappelé en Bretagne, et recouvre son duché à l’exception des terres tenues par Olivier V, notamment Nantes dont ce dernier est brièvement institué gouverneur en 1379. Le duc parvient à rallier les Rohan, Jean Ier devenant son chancelier. C’est un échec pour Clisson, qui mise alors tout sur le royaume de France.

Première tentative d’assassinat

Emplacement de l’ancien Château de l’Hermine à Gwened (Vannes)

En juin 1387, Olivier de Clisson est invité par Jean IV à assister à la session du parlement de Bretagne, à Vannes, et à inaugurer le château de l’Hermine que Jean IV a fait construire. Le 27 juin 1387, le connétable est saisi et emprisonné, et le duc de Bretagne ordonne qu’on l’exécute (il était prévu d’enfermer Clisson dans un sac, et de le jeter à l’eau), mais cet ordre n’est pas suivi par Jehan de Bazvalan , maître d’armes de Jean IV, qui se contente de le maintenir enfermé. Au matin, Jean IV s’enquiert du sort de Clisson, et Jean de Bazvalan avoue la non-exécution de l’ordre, et le duc le remercie finalement de cette prudence. Clisson doit payer une forte somme et remettre à Jean IV les forts de Blain, Josselin, Jugon et Le Guildo. Le roi de France rend un arbitrage en 1388 qui restitue au connétable les terres confisquées, mais pas la rançon. Il s’agit de ménager le duc, afin d’éviter que la Bretagne ne serve de point d’appui aux armées anglaises.

Seconde tentative d’assassinat

En 1392, il reprend aux Anglais l’île d’Yeu, dont le château-fort a été construit par son père Olivier IV. Le 13 juin 1392, alors qu’il se rend de l’hôtel Saint-Paul à son hôtel particulier, Olivier V de Clisson fait l’objet d’une seconde tentative d’assassinat, à l’entrée de la rue de la Culture-Sainte-Catherine à Paris, menée par Pierre de Craon. Après l’échec de l’agression, au cours de laquelle Clisson est blessé, de Craon affirme qu’il a commis son acte seul, contre un ennemi personnel, mais pour l’entourage du roi de France c’est le duc de Bretagne qui est l’instigateur de cet attentat. Jean IV ayant refusé de livrer le criminel au roi, Charles VI prend en août 1392 la tête d’une armée pour attaquer le duché breton, mais dans les environs du Mans, il est frappé par sa première crise de folie qui met un terme à l’expédition.

Retour en Bretagne

Lorsque Charles VI entre pour la première fois dans une phase de démence, les oncles du roi reviennent au pouvoir. Ils en chassent les Marmousets et en premier lieu Olivier de Clisson, qui est destitué de sa charge de ministre. Le parlement le juge « faux traître », le condamne le 10 décembre 1392 pour s’être enrichi illégalement au bannissement du royaume et au versement de deux cent mille livres, ainsi qu’à la restitution de l’épée de connétable. Clisson refuse de rendre l’épée et se réfugie d’abord au château de Montlhéry, puis en Bretagne en son château de Josselin. Jean IV veut profiter de la disgrâce de son ennemi et assiège Josselin en 1393. En 1394, Charles VI redonne sa confiance à Olivier V et, bien que Philippe d’Artois lui ait succédé en 1392, le roi confirme Clisson dans sa fonction de connétable, ce qui lui permet de tenir tête militairement au duc, notamment à Saint-Brieuc. En 1397, Louis de Sancerre est nommé connétable en remplacement de Philippe d’Artois décédé, mais Clisson conserve le privilège d’être le détenteur de l’épée. Cette même année 1397 il conclut une alliance avec Louis d’Orléans, frère du roi Charles VI.

Vitrail de la basilique Notre-Dame-du-Roncier représentant Olivier V de Clisson et son épouse Marguerite de Rohan.

Après trente ans de conflit, par l’entremise du duc de Bourgogne, Clisson se réconcilie en 1396 avec son suzerain Jean IV de Bretagne. Ce dernier lui envoie son fils comme garant de sa sincérité et le fait venir à Vannes. Ils se promettent paix loyale et bonne amitié jusqu’à la mort. La promesse est tenue, les deux hommes sont en paix lorsque le duc Jean IV meurt en 1399. Son fils n’a que dix ans, et la régente Jeanne de Navarre épouse le roi Henri IV d’Angleterre. Louis d’Orléans propose à son frère Charles VI de confier le gouvernement de la Bretagne à Olivier de Clisson, pour éviter qu’elle passe sous domination anglaise. Mais c’est finalement Philippe le Hardi qui devient régent du duché.

Marguerite de Clisson, fille d’Olivier, surnommée Margot, prenant le parti de son mari Jean de Bretagne, comte de Penthièvre, et de ses prétentions sur le duché, s’attire la colère de son père qui lui aurait prédit : « Perverse, tu seras la ruine de tes enfants ». Prédiction qui se vérifiera, puisque deux des fils seront exécutés pour lèse-majesté après avoir enlevé le duc et le troisième sera emprisonné durant vingt-cinq ans. L’affrontement de Clisson et de sa fille en 1399 a donné lieu à une légende selon laquelle il l’aurait de colère menacée avec un épieu. Dans sa fuite, Marguerite se serait cassé la jambe, incident expliquant la claudication qui lui vaut le surnom de « Margot la boiteuse ». Cette légende a sans doute été inventée par le clan adverse après 1420.

En 1401, le duc de Bourgogne menaçant Paris, Louis d’Orléans obtient l’appui d’une cinquantaine de vassaux dont Clisson, qui envoie ses troupes. Olivier V préside à Rennes en 1402, en tant que tuteur, les cérémonies du couronnement du jeune duc Jean V, fils de Jean IV, temporairement placé sous la régence du duc Philippe II de Bourgogne. Jean V, devenu duc régnant en 1404, prend à son égard des mesures vexatoires, et, en représailles d’un procès que Clisson lui intente, veut confisquer ses terres et n’accepte qu’au dernier moment une transaction financière.

Château de Josselin

Peu après avoir fait mentionner dans son testament le souhait de voir restituer l’épée de connétable qu’il détient toujours, Olivier de Clisson meurt à Josselin le 23 avril 1407 à l’âge de 71 ans. Il est alors enterré dans la chapelle du château de Josselin où sa tombe sera profanée en 1793.