Pryderi Balan revient sur l’oeuvre de l’écrivain en langue bretonne Youenn Drezen alors que les derniers éléments du Parti Communiste tentent, aidés du maire gaulliste de Pont L’Abbé, de faire débaptiser la rue du nom de l’artiste pour crime idéologique, 75 ans après la guerre. On rappellera que la justice française jugea qu’il n’y avait pas matière à poursuivre Youenn Drezen pour les accusations de « collaboration » dont il fût l’objet par le Parti Communiste, ennemi de toute pensée non-marxiste.

BREIZATAO – PENNADSTUR (01/12/2019) «A ! sav da benn !… Ha klev ali ar c’hleier pell. Da zouar a zo kreñv ha kuñv e vouezh, Ha yac’h ha didouell…Selaou e vouezh : « A vab, roet em eus dit da vont er vuhez Ar yaouankiz, an nerzh, ar feiz, hag ar yec’hed, Mamennoù diheskus d’az levenez »

(Nozvezh Arkus e beg an enezenn,Gwalarn, kerzu 1938)

« Ô lève la tête ! Et écoute la rumeur des cloches lointaines. Ta terre est forte et douce est sa voix Et saine et sans tromperies… Écoute sa voix : Ô fils, je t’ai donné pour aller dans l’existence la jeunesse, la force, la foi, et la santé Les sources inépuisables de ta joie.)

Nuit de veille à la pointe de l’île(Gwalarn, novembre 1938)

Ainsi chantait Youenn Drezen enfant du pays bigouden né en 1899 à Pont-L’abbé. La vie de cet éminent poète – de l’avis général le plus grand avec Roparz Hémon, Abeozen et Jakez Riou – se confond avec le mouvement de renaissance des lettres bretonnes initié sous la houlette de Roparz Hémon et la création de la revue Gwalarn en 1925.

Gwalarn invitait ses lecteurs à boire aux sources rafraîchissantes de la Celtie tout en créant une littérature originale d’expression bretonne. Il s’agissait d’une entreprise à la fois nationale, panceltique et consciente de défendre la grande civilisation des lettres européennes. C’est lors de ses études de séminariste en Pays basque où il fit la rencontre de Jakez Riou que Youenn Drezen fut acquis aux idées nationales bretonnes. Dès lors, de retour en Bretagne, il donnera son adhésion à l’Unvaniezh Youankizh Vreizh (Union de la Jeunesse Bretonne) et rejoindra l’équipe de rédacteurs de la revue nationale Breiz Atao fondée en 1919.

L’oeuvre de Youenn Drezen culminera dans trois romans qui constituent le fleuron de nos lettres : An dour en-dro d’an inizi (l’eau autour des îles), Itron-Varia ar Garmez (Notre-Dame des Carmes) et Sizhun ar breur Arturo (la semaine du frère Arthur). Ces trois œuvres illustrent l’idéalisme celto-breton de l’auteur, un idéalisme réaliste qui prend acte du réel pour le prolonger en une volonté héroïque.

Dans Itron Varia ar Garmez, Paul Tirilly rêve de sculpter une vierge parfaite et échoue devant ce but sur fond de troubles sociaux (dans le contexte du Front populaire) où les revendications ouvrières se mêlent à l’éveil de la conscience bretonne. L’important comme le montre l’écrivain bigouden est la tension de tout l’être vers une perfection de l’action. Ce n’est pas sans raison qu’il traduisit à partir de la version originale en grec ancien le Prométhée enchaîné d’Eschyle. « Keuz am eus d’ar re a gouezh kent diraez ar pal » (« je porte le regret de ceux qui tombent avant d’atteindre le but ») écrira t-il dans Kanenn d’ar Gornog (Chant à l’Occident) en automne 1929.

Dans An dour d’an Inizi Y.Drezen trace le portait d’Anna Baudry, une femme portée par les illusions de la séduction propre à son sexe qui plus elle s’émancipe de l’idéal féminin plus elle appauvrit la virilité du héros.

Enfin, Sizhun ar breur Arturo est l’occasion pour l’auteur de revenir sur les rapports de la foi et de la nation. Durant la guerre Youenn Drezen écrivit assidûment dans le quotidien du Parti National Breton, L’Heure Bretonne et donna des chroniques régulières en langue bretonne à Radio-Roazhon.

De Marcel Cachin qui le qualifia d’ « écrivain prolétarien » à Pêr-Jakez Hélias qui donna une préface à la traduction française d’Itron-Varia ar Garmez (Notre Dame des Bigoudens), le talent de Youenn Drezen a été unanimement salué de son vivant. Il est bon en cet âge de fer de se rappeler la poésie rafraîchissante de l’enfant du quartier populaire de Lambourg (Pont l’abbé).

Brud a vo e-touez an dud gant gouenn Keltia hag e teuio un deiz ma vo rouanez war ‘r bed Flamminañ ‘ ray e Kornog, e-giz Heol Ior ; hag e stouo an holl dindan beli gouenn Keltia, hag e veulo an holl galloud ha kened gouenn Keltia.

De la race de Celtie une rumeur s’élèvera et viendra un jour où elle sera reine sur le monde, Elle flamboiera en Occident comme le Soleil d’Ior et tous se prosterneront sous la puissance de la race de Celtie et tous loueront la toute puissance et la beauté de la race de Celtie.

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