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BREIZATAO – SEVENADUR (11/02/2020) « Je m’amuse en ce moment à illustrer ce recueil (….) au moyen de clichés que je prends avec amour à chacune de mes fugues au Faouët. ».

Fernand Cadoret (1855-1918) est un photographe amateur originaire du Faouët. Les Archives du Morbihan disposent d’une riche collection de ses clichés datés d’entre 1885 et 1918, année de son décès. Pour sa carrière de receveur de l’enregistrement, il se déplace en France et lorsqu’il revient au Faouët pour des vacances ou sa retraite, il utilise la photographie pour immortaliser sa vision de la Bretagne rurale et compléter le recueil de souvenirs personnels qu’il rédige.

Des « sensations de jeunesse », sur un fond de nostalgie « pour quelques coutumes ainsi retrouvées, combien d’abandonnées », il tente de recréer une Bretagne idéalisée, celle de sa jeunesse. Des photographies de chaumières traditionnelles, de la place du Faouët jour de marché, des scènes de vie agricole ainsi que des paysages de la vallée de l’Ellé composent cette fresque très vivante. Les compositions de Fernand Cadoret sont très soignées, issues de riches connaissances en peinture et d’une culture de l’image.

Sociologiquement et historiquement, les portraits nous apparaissent comme les œuvres les plus riches. En effet, Fernand Cadoret connait les familles qu’il photographie et le rapport au modèle est différent de celui des peintres ou de voyageurs occasionnels. Il s’agit de portrait de famille, pris sur le vif, posés bien-sûr, mais très naturels.

A l’époque, le photographe en Bretagne fait face à de nombreuses difficultés : refus des adultes de poser (d’où de nombreux enfants moins craintifs), tentation de recréation d’une vie rurale mythique (en modifiant les vêtements des portraits posés en studio). C’est un art nouveau, les premières photographies bretonnes datent de 1845. Il n’est pas rare que les photographes paient leurs modèles ou les dédommagent.

En échange, l’enfant breton, la femme pieuse ou le mendiant, trois thèmes de prédilection prennent une pose choisie par le photographe. La tradition est alors inventée au moment de la pose-un mélange de réalité, d’intention esthétique et de composition répondant à des choix politiques, idéologiques conscients ou non. La photographie permet de construire une identité, souvent celle de la Bretagne archaïque, rurale, loin de la modernité. Lorsque que le peintre, le photographe n’a pas les moyens de partir en Orient, ou au bord de la Méditerranée, il s’attaque à l’indigène breton.

La femme bretonne

Fernand Cadoret photographie les femmes bretonnes et paysannes. Une attention particulière est portée sur les costumes qu’il voit changer. La femme bretonne garde la coiffe là où l’homme l’a abandonné, elle incarne naturellement le conservatisme et les traditions.

« Espérons cependant que les femmes bretonnes, ne serait-ce qu’en raison de leur coquetterie innée, sauront sauver du désastre non seulement leurs coiffes, mais aussi les jolies broderies que je viens d’admirer à la noce du Faouët »

Fernand Cadoret en parlant du paysan breton constate « l’esprit religieux, resté bien intact, avait continué d’habiter son âme primitive et d’animer son cœur simple ».

Les Bretonnes au travail

Les autres scènes qui nous touchent particulièrement sont les photographies d’hommes et de femmes au travail.

Le lavoir, lieu féminin par excellence dans les sociétés rurales est un espace de sociabilité majeur. Les femmes lavent, travaillent, parlent, font et défont les réputations, les rumeurs, intègrent ou non les nouvelles venues.

Le linge sale, c’est tout l’univers familial intime ; le laver en public c’est montrer à la communauté que la famille n’a rien à cacher et est saine.

Cela va très loin : savoir quelle jeune fille vient d’être nubile, quelle jeune fille n’a justement plus ses règles, quelle femme est enceinte. Dans les procès pour infanticide, les témoignages des femmes du lavoir sont capitaux pour défendre la thèse d’une naissance illégitime, non désirée, cachée qui mène parfois à l’abandon ou à l’infanticide. Sous cette apparente solidarité et convivialité incarnant la cohésion sociale du travail collectif, se joue toute la vie de ces femmes.

C’est l’un des seuls lieux réservés aux femmes – un gynécée – dans lequel l’homme ne pénètre pas, parce qu’ils pensent qu’elles lavent seulement des vêtements : elles lavent les réputations, préparent les consciences, les unions en choisissant une belle-fille ou en détruisant l’honneur d’une fille mère.

Les marchandes de bonbons devant les halles du Faouët sont immortalisées devant leur étal avec leurs capots de travail et leurs larges tabliers rayés.

Le travail des hommes

Lieux de rassemblements de la communauté, la foire et les marchés sous les Halles du Faouët sont un moment privilégié. Avec plus de 3000 habitants au Faouët avant la Première Guerre Mondiale, la foire aux vaches autour des Halles attire toute la région. D’où les vêtements variés-tenues de villes des bourgeois et femmes des villes, blouses de travail des hommes et pantalons larges, coiffes d’artisanes et de paysannes du Faouët, de Langonnet, de Gueméné : c’est un miroir de toute la diversité de la société rurale.

Enfin, les scènes de battages et de travail agricoles viennent finir ce premier inventaire.

(Source : Culture de Bretagne)

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