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BREIZATAO – KELTOURIEZH (01/11/2020) Samonios est le premier mois de l’année celtique. Sa durée est de 30 jours. Il correspond approximativement au mois de Novembre de notre calendrier. Samonios signifie le « mois de (le fin de) l’été ». Premier mois de la période sombre, c’est à son début que se situe la fête de Samain, c’est d’ailleurs la seule fête signalé sur le calendrier de Coligny, avec la mention « TRINOX SAMO[…] SINDIU » (Les trois nuits de Samain aujourd’hui).

Signification de la fête de Samain

Samain – ou samonios en Gaule – est la fête qui marque le premier jour de l’année celtique. Elle signale la fin de la saison claire (l’été) et le début de la saison sombre (l’hiver), donc de la fin des hostilités militaires, s’il y en a. Elle se déroule aux environs du 1er novembre. C’est la fête totale et tri-fonctionnelle, regroupant alors les trois classes : sacerdotale, guerrière et artisanale (productrice). Elle est la date de presque tous les événements mythiques, n’appartenant ni à l’année en cours, ni à l’année qui se termine. Située ainsi en dehors du temps, elle est le moment des relations entre les hommes et les dieux de l’autre monde.

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Dans la mythologie irlandaise, samain est le jour où les Némédiens doivent payer les deux tiers de leur blé, vin et enfants aux Fomoire. C’est aussi la date de la seconde bataille de Mag Tured.

Samain est la fête la plus importante, puisqu’elle jouxte deux mondes et deux années : elle est le moment privilégié ou le monde humain communique avec le síd, parce qu’elle n’appartient ni à l’année qui se termine, ni à celle qui commence. Elle est à la fois récapitulation de l’été et début de la saison sombre, fête de la grande divinité sous ses deux aspects clair et sombre. Elle est marquée par de grands festins qui rappellent et imitent ceux de l’Autre Monde.

Le 1er Novembre marque pour beaucoup la Toussaint, elle même précédant la “Fête des Trépassés”. Les racines de la fête des morts sont à rechercher au coeur même de la civilisation celtique. Samhain, fêtée le premier jour du “Miz Du”, le mois noir breton (Novembre), est un moment important pour le monde celte puisqu’elle n’est rien moins que la nouvelle année celtique. Pendant une semaine, le cours du temps s’arrête et l’ordre cosmique du monde est reforgé. Le monde des Dieux et le monde des hommes entrent en contact et les morts peuvent revenir dans le monde des vivants, et inversement.

Célébrée dans la nuit précédant le 1er novembre, cette fête était l’une des quatre plus importantes du monde celtique (les autres étant Imbolc, le 1er février, Beltaine, le 1er mai, et Lughnasa ou Lugnasad, au mois d’août). C’était un temps de « grand danger et de vulnérabilité spirituelle » (Anne Ross, Every day life of the pagan Celts, B.T. Batsford – G.P. Putnma, London – New York, 1970, p. 153) et l’occasion de rites importants à caractère divinatoire et magique, ayant pour but de ” conjurer ” le mauvais sort et de s’assurer le concours de l’Autre Monde.

En Irlande, c’est à Samhain que le Dagda (le dieu « sage et droit » qui porte aussi le nom d’Eochu Ollathir Ruadrofessa) s’unit à la déesse Morigu, reine des spectres et des enfers, laquelle, un an avant la bataille de Mag Tured, lui donna les indications pour détruire les Fomore. Le sacrifice des nouveaux-nés à l’idole Crom Ruach avait également lieu ce jour-là, sans doute pour apaiser les puissances du monde inférieur et contribuer à la fertilité.

Au Pays de Galles, la coutume était de dresser des bûchers sur les collines et de les embraser ; de même, en Irlande, on allumait le premier feu à un endroit qui tirait son nom de Tlachtga, fille de Mog Ruith, et avec ce feu, on rallumait tous les foyers de l’île. Il est intéressant de noter que les feux de Samain s’allument la nuit venue et non au lever du jour, contrairement aux feux de Beltaine. La symbolique du feu y subit évidemment un glissement notable du fait de ce déplacement. On retrouve bien dans tous les cas la mise en voisinage symbolique des deux mondes : l’ombre et la lumière, la mort et la fertilité, le monde d’en bas (les « enfers ») et le monde d’en haut (les « vivants »).

Jan de Vries signale qu’en Irlande, le mot sam-fuin signifie « la fin de l’été », mais qu’en réalité samuhin veut dire « rassemblement, réunion ». Il ajoute : « Que représente ce samuhin ? De quelle « réunion » s’agit-il ? Certainement pas le rassemblement des troupeaux parce que la saison des pâturages tire à sa fin. Ce serait un sens trop plat. Il ne suffit pas non plus de penser à un contact entre les vivants et les morts, bien que certainement de telles relations soient possibles » (La religion des Celtes, Payot, 1963, pp. 237-238).

De Vries rappelle ensuite l’épisode de l’union de Dagda et de Morigu. « Une fois de plus, écrit-il, note fête est jointe à l’union d’un dieu avec la déesse des enfers. Cela n’exclut pas que, dans cette fonction précisément, elle ait pu dispenser la fertilité ; en ce cas, le samuhin compterait également au nombre des cérémonies agricoles d’Irlande » (ibid., p. 238).

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Calendrier celtique de Coligny

Christian Le Roux et Françoise Guyonvarc’h insistent sur cette fonction de transition : « Recoupée en Gaule par le Samonios du calendrier de Coligny, Samain est aussi la fête la plus importante puisqu’elle jouxte deux mondes et deux années : elle est le moment privilégié où le monde humain communique avec le sid parce qu’elle n’appartient, ni à l’année qui se termine ni à celle qui commence. Elle est à la fois la récapitulation de l’été (sam) par jeu paronymique en même temps que le début de l’hiver, fête de la grande divinité souterraine sous ses deux aspects, sombre et clair » (La civilisation celtique, Ogam – Celticum, 1986, p. 126).

L’Ankou

La fête de Samain, puis la fête des Morts, est également liée à l’Ankou. Les  nombreux ossuaires, édifices, où s’entassent les ossements des défunts, témoignent de la familiarité des Bretons par rapport à la mort : les paroissiens méditent naturellement devant les crânes. Par ailleurs, les âmes trépassées « an Anaon » ne sont jamais loin.

Autrefois, lors des moments importants tels Noël ou surtout la Toussaint, il était courant de laisser à leur intention dans la maison, un bon feu, quelques crêpes. Cependant, la crainte des Bretons apparaît à l’évocation de l’Ankou, en breton « Anken », signifie chagrin, « Ankoun » oubli.

Maître de l’au-delà, l’Ankou est omnipotent. Il est dépeint comme un squelette, parfois drapé d’un linceul, tenant une faux emmanchée à l’envers. Des représentations anciennes le montrent armé d’une flèche ou d’une lance.

L’Ankou circule la nuit, debout sur un chariot dont les essieux grincent. Ce funèbre convoi est le « karrig an Ankou », char de l’Ankou (ou « Karriguel an Ankou » littéralement brouette de l’Ankou), remplacé par le « Bag nez », bateau de nuit dans les régions du littoral. Entendre grincer les roues du « Karrig an Ankou » ou croiser en chemin le sinistre attelage sont des signes annonciateurs de la mort d’un proche.

L’odeur de bougie, le chant du coq la nuit, les bruits de clochettes sont également interprétés comme des signes annonciateurs de mort. L’implacable Ankou nous met en garde contre l’oubli de notre fin dernière. Ces sentences sont gravées sur les murs d’ossuaires ou églises : « Je vous tue tous » (Brasparts et La Roche-Maurice), « Souviens-toi homme que tu es poussière » (La Roche-Maurice) ou encore, inscrit en breton, « La mort, le jugement, l’enfer froid : quand l’homme y pense, il doit trembler » (La Martyre).

L’Ankou est un dieu majeur de la religion bretonne. C’est lui qui vient chercher les hommes pour les guider vers l’Autre Monde (Annwn en gallois proche de Anaon en breton, qui signifie “le mort”). On le retrouve tant en Gaule qu’en Grande Bretagne sous la forme “andubnos”, littéralement “le monde du dessous”. Rappelons que les offrandes sont attestées chez les Celtes par l’enterrement (également l’immersion). On le trouve également en Irlande bien sûr sous le nom de Sidh. Chez les Celtes, l’Autre Monde est un endroit où se trouvent les âmes des défunts.

On retrouve l’Ankou en Cymru sous le nom “Anghau” et “Ancow” en Kernow. L’Ankou est en fait Arawn, dieu brittonnique et roi de l’Autre Monde. Connu sous le nom de “Eodav Hen” en breton. Il est celui qui en tous cas ouvre les portes des Enfers. Les Enfers étant situés sous la terre, c’est une divinité chtonienne. L’Ankou, Arawn, est l’équivalent de Hadès, souverain des morts chargés de les empêcher de pénétrer le royaume des dieux ou des vivants.

L’Ankou est présenté comme œuvrant avec une faux. Mais son outil premier est en fait le “Mell Beniget”, le “Marteau Béni”. Ce qui nous renvoie au dieu gaulois Sucellos, “Celui qui tape dur” ou “Bon frappeur”. Ce dieu est assimilé au dieu de l’abondance terrienne, exactement comme Hadès (présenté avec une corne d’abondance). Maître du sol, il est domine l’agriculture et la croissance (on le renvoie aussi à Cernunnos). En Irlande, le Dagda (le Dieu Druide régnant sur la trinité divine Dagda – Ogma – Nuada) a pour instrument canonique le chaudron indestructible (qui deviendra le Graal et qui inspire très certainement les artisans ayant créé celui de Gundestrup) et le maillet divin. Celui-ci a deux côtés : un pour tuer et un pour ressusciter, rappelant qu’il est le maître des destinées. Les Bretons pratiquaient encore cet usage magique au XIXème en donnant un petit coup de maillet béni sur le front des nouveaux nés. L’Ankou est un avatar psychopompe du Dagda.

L’Arbre à pommes arbre des morts de Plougastel

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Une cérémonie de l’arbre à pommes, en 1958, à Kéralcun
À l’approche de la Toussaint, les traditions liées à la fête des morts sont toujours très vives. Ainsi celle de l’arbre à pommes, à Plougastel, qui perdure malgré les années.

Dans la religion catholique, le 1er novembre représente le jour de tous les saints. Veille du jour des morts et lendemain du désormais célèbre Halloween, il revêt, à Plougastel, une connotation particulière, celui du jour de « l’arbre à pommes ». Cette tradition, mi-païenne mi-chrétienne, trouve son origine dans les breuriez (frairies) et son enracinement dans la célébration de Samain, festin de la fin de l’été chez les Celtes. On y honorait les morts pour assurer le renouveau de la fertilité terrestre et la prospérité de la tribu. Depuis des temps immémoriaux, la pomme symbolise à la fois la mort et la fertilité, l’arbre étant le trait d’union entre les mondes terrestre et céleste.

L’arbre à pommes, aussi appelé « Gwezenn an Anaon » (arbre des morts), est généralement taillé dans une branche de houx ou d’if de laquelle partent des ramifications régulières. Au bout de ces « branches », sont fixées des pommes, la plus belle en haut. Chaque breuriez a son arbre et, le 1er novembre, après avoir fait bénir et partagé le pain des morts qui sera dégusté le soir, l’arbre est mis aux enchères.

Les enchères, si elles étaient autrefois bien réelles, sont aujourd’hui fictives, la somme à atteindre et l’acquéreur étant souvent connu d’avance. Mais le principe est de s’amuser en les faisant grimper et de ne jamais apparaître comme pouvant engendrer l’inégalité. La situation économique de chacun devant rester dissimulée dans un simple rapport de prestige et de désintéressement. Qui plus est, chaque famille du breuriez doit, normalement, pouvoir s’en porter acquéreur à tour de rôle.

La tradition voulait que celui qui s’efforçait d’acquérir l’arbre ait généralement subi un deuil dans l’année. L’argent collecté était reversé à la paroisse et servait à faire dire des messes. Cependant, les membres du clergé local n’étaient pas tous en accord avec cette tradition et pouvaient, par exemple, refuser de bénir les pains. La vente de l’arbre ne s’est jamais pratiquée au sein ou devant une chapelle. Elle se tenait soit sur la place du village, soit dans une grange, soit chez l’ancien acquéreur. À l’issue de la vente, l’acheteur choisissait, sur l’arbre, les pommes qu’il voulait, gardant toujours celle du sommet pour lui; les autres étaient distribuées à l’assistance. Enfin, il gardait l’arbre chez lui jusqu’à la cérémonie suivante.
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