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BREIZATAO – BREZHONEG (17/03/2021) Dans un entretien récent accordé à la liste « Bretagne Ma Vie » en vue des élections régionales hexagonales de 2021, le chanteur Denez Prigent a adopté un ton nettement plus politique que celui auquel étaient habitué le public. Pour l’interprète de renommée mondiale, la politique de destruction de la langue bretonne perpétrée par l’Etat Français ne peut être contenue que par une mesure : l’enseignement obligatoire du breton dans les écoles de Bretagne.

« On ne nous a pas demandé notre avis » tranche Denez Prigent à propos de l’interdiction de la langue bretonne à l’école au XXème siècle, justifiant en retour une politique de rupture avec « les demi mesures » prises jusqu’ici pour sauver « une des plus vieilles langues d’Europe ».

De fait, la langue bretonne est la seule langue celtique encore parlée sur le continent européen. Elle était parlée au moins 1500 ans avant le français. Loin de voir dans cette exception linguistique un legs de la civilisation celtique à préserver, l’Etat Français, fidèle à son idéal cosmopolite d’arasement des cultures, poursuit ses efforts d’anéantissement.

Un enseignement obligatoire légitime

L’enseignement obligatoire du breton est aussi logique que légitime. L’enseignement de l’anglais, de l’allemand ou de l’espagnol est depuis longtemps obligatoire dans les établissements bretons. La langue bretonne n’a pas à justifier ce que d’autres langues européennes n’ont jamais eu à justifier en matière d’enseignement obligatoire.

L’argument de « l’utilité » du breton est aussi absurde : nul ne demande aux Danois, une nation de 6 millions d’habitants, si leur langue est « utile ». Ils la parlent parce que c’est la leur. La langue d’un peuple n’a pas à prouver « d’utilité » pour exister ou alors, selon cette logique, seul l’anglais devrait être enseigné. D’autant que nous sommes sortis de l’ère du monolinguisme : plus personne ou presque ne parle une seule langue. Il faut en maîtriser plusieurs et elles ne s’excluent pas mutuellement. Depuis longtemps, il n’est plus question de parler une langue ou une autre mais une langue et d’autres.

Un jeune Breton n’apprend jamais que le breton, il apprend aussi, par obligation, le breton, le français et l’anglais. Les résultats des élèves bretons inscrits au lycée dans la filière immersive Diwan firgurent parmi le top des 10% des lycées de l’Hexagone chaque année, confirmant la qualité de cette approche (source).

Obligatoire à l’Ouest, soutenu à l’Est

Pour autant, le mieux est souvent l’ennemi du bien. Dans l’est de la Bretagne contemporaine, le breton a régressé au fil des siècles. Dans les marches de Bretagne – au delà de Roazhon (Rennes) et Naoned (Nantes) il n’a jamais été parlé.

Si la langue bretonne a marqué la toponymie, les Bretons orientaux situés au delà de la ligne brittophone du 20ème siècle ne devraient pas être soumis à un enseignement obligatoire qui susciterait incompréhension ou rejet. Il faut plutôt y réactiver la mémoire raciale celtique que le sang breton continue d’irriguer dans cette partie de la Bretagne en soutenant un enseignement en langue bretonne sur la base de la demande des familles en promouvant très activement une offre par l’action publique.

En revanche, à l’ouest de cette même ligne, l’enseignement du breton peut-être rendu obligatoire dans toutes les écoles primaires.

Une telle mesure ne peut pas être adoptée dans l’immédiat mais le pourra dans les années à venir lorsque les jeunes Bretons formés en langue bretonne sortiront par milliers tous les ans des écoles en langue bretonne. Ils sont désormais 20,000 aujourd’hui contre 5,000 il y a 20 ans.

Comme nous l’écrivions il y a quelques mois (lire ici), avec une croissance de 5% par an, le nombre d’élèves scolarisés en langue bretonne serait de près de 90,000 dans les années 2050 :

Il est difficile d’anticiper l’avenir mais si le rythme de croissance se maintient à un niveau de 5% par an (il est de 7% actuellement), le nombre d’enfants scolarisés dans une filière brittophone (Div Yezh, Dihun, Diwan) atteindrait 32,000 élèves en 2030, 53,000 élèves en 2040 et 86,000 en 2050 (sur un total de + ou – 600,000 élèves).

Il s’agit déjà d’une révolution silencieuse dont les effets sont encore invisibles pour beaucoup mais qui ne tarderont pas à se manifester.

Chaque nouvelle famille dont les enfants sont scolarisés en langue bretonne devient un facteur électoral avec lequel les politiciens doivent compter. En l’an 2000, on pouvait ignorer les familles de 5,000 élèves. En 2020, 40,000 parents d’élèves ont des enfants scolarisés dans une filière bilingue ou immersive. En 2030, ils seront 60,000. Ils seront 100,000 dans 20 ans. Un tel bloc organisé dont le poids ne cesse de progresser, même minoritaire, ne peut plus être contourné médiatiquement et encore moins attaqué frontalement. Au contraire, on cherche à s’attirer son appui. C’est la raison pour laquelle nous voyons des élus de premier plan et de tous les partis faire acte de présence lors des manifestations pour la langue bretonne, ce qui était limité à une minorité militante il y a encore 20 ans.

Or, précisément, cet appui, notamment au plan municipal et « régional », s’obtient par l’engagement à faciliter un tel enseignement. Les parents d’élèves ne veulent pas d’insécurité éducative pour leurs enfants et sont prêts à réagir s’ils perçoivent un risque quant à l’avenir de leur éducation.

Dans ce contexte, une politique nettement plus volontariste est possible et même probable en dépit des tentatives de sabotage de Paris. Le rythme actuel de 5% peut-être significativement intensifié.

La revendication immédiate et parallèle à l’enseignement obligatoire du breton à l’école primaire dans les 3 départements occidentaux de la Bretagne administrative doit être la création de lycées en langue bretonne dans toutes les villes de plus de 10,000 habitants. L’objectif : développer une élite brittophone sûre d’elle-même.

Après le lycée de Karaez (Carhaix), un second va ouvrir à Gwened (Vannes). C’est bien mais c’est encore bien trop peu. Il est par exemple incompréhensible qu’une ville comme Kemper (Quimper) n’offre pas un lycée avec internat pour la Cornouaille entière.

Le combat pour la langue bretonne est le seul qui soit transversal – donc le seul réellement national – car il parvient à dépasser le clivage droite/gauche incapacitant pour défendre l’intérêt national du peuple breton. A notre avis – et sans oublier des questions urgentes comme la colonisation de peuplement extra-européenne et l’islamisation orchestrée par Paris – le combat pour la langue bretonne est la seule lutte qui neutralise les forces centrifuges qui sont habituellement exploitées par l’Etat Français pour diviser la nation bretonne en factions politiques antagonistes. Ce plus petit dénominateur commun doit donc être exploité politiquement à outrance.

 

 

 

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