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BREIZATAO – KELTOURIEZH (01/05/2021) À Beltaine on éteignait les feux des maisons. En temps donné, les druides faisaient repartir ces feux avec des torches allumées par « les feux sacrés de Bel. »

Le Glossaire de Cormac définit la fête de Beltaine comme suit :

Beltaine, feu de Bel, feu bénéfique, c’est-à-dire un feu que les druides faisaient par leur magie ou leurs grandes incantations ; et on amenait les troupeaux (pour les protéger) contre les épidémies chaque année à ces feux. Ils faisaient passer les troupeaux entre eux.

La Courtise d’Emer prête à Cuchulainn les paroles suivantes :

Car ce sont les divisions de l’année depuis longtemps : l’été de Beltine à Samain et l’hiver de Samain à Beltine (…). Beltine, c’est-à-dire feu bienfaisant, à savoir les deux feux que les druides faisaient avec de grandes incantations. Ils faisaient passer les troupeaux entre eux (pour les protéger) contre les épidémies chaque année.

Représentation de Cuchulainn 

Ces textes, retranscrits assez tardivement (la Courtise d’Emer datant probablement du XIVe siècle et le Glossaire de Cormac du Xe siècle), n’en restent pas moins révélateurs de l’idée de la fête qui fut transmise de génération en génération et subsiste encore aujourd’hui. Au XVIIe siècle, Keating écrivait :

Ils y faisaient aussi des sacrifices au grand dieu qu’ils adoraient et qui se nommait Bel. C’était la coutume de dresser en l’honneur de Bel, dans chaque canton d’Irlande, deux feux entre lesquels on passait les bêtes malades de chaque espèce pour les guérir et les préserver pendant l’année.

Le Dieu Bel serait donc la divinité centrale de la fête, ce que l’étymologie généralement acceptée du mot Beltaine (« feu de Bel ») semble confirmer. Nous ne voyons d’ailleurs pas d’objection raisonnable qui nous empêcherait de comparer – sans toutefois assimiler – ce Bel irlandais au Bélénos gaulois ou à Belisama, surnom de la Minerve gallo-romaine. De plus, il est tentant de rattacher au moins partiellement le dieu irlandais à une autre divinité du panthéon celtique ; Bel dériverait alors d’un Lug « vu dans son aspect de lumière, opposé symétriquement au Lug de Samain préparant dans la chaleur et la lumière des festins à l’hiver et à l’obscurité ».

Statue du dieu Lug (Naix-aux-Forges)

Lug, que nous pouvons considérer sans mal comme un des plus grands dieux de la mythologie irlandaise de par sa fonction d’Artisan Polyvalent, a d’ailleurs un aspect solaire indéniable et son nom signifierait « blanc, lumineux». Le fait qu’il soit issu de la tribu des Tûatha Dé Dânann (TDD) ne fait que souligner son importance. Ajoutons que la colline d’Uisnech, était primitivement dédiée au dieu Fomoiré Balor, le grand-père de Lug. Plus tard, elle sera placée sous la protection du Dagda et verra, lors de la fête de Beltaine, les druides y allumer leur premier feu.

Colline de Uisnecht, Irlande

Beltaine serait donc une fête du feu – force élémentaire lustrale si nous nous référons à la coutume qui consistait à faire passer les bêtes malades entre deux foyers afin de les guérir et de les préserver. Il est d’ailleurs intéressant de noter qu’à chaque fois ou presque que le mot « Beltaine » est mentionné, celui-ci est suivi d’un commentaire relatif au feu. Si nous ajoutons que le feu est généralement considéré comme l’élément druidique ultime, il est plus que tentant de voir en Beltaine la fête sacerdotale par excellence : Beltaine est une fête basée sur le feu, le feu symbolise le pouvoir druidique, donc Beltaine est la première des fêtes druidiques. Ce syllogisme, vu l’importance du personnage du druide dans le monde celtique, réussit sans grand mal à conférer au premier mai une valeur symbolique majeure, à en faire l’un des fleurons de la culture irlandaise « pré-chrétienne » dans l’esprit de chacun.

Mais la valeur symbolique de la fête ne s’arrête pas là. Car si nous considérons la mythologie irlandaise telle qu’elle nous est parvenue, le jour de Beltaine – ou plus largement le tout début du mois de mai – verrait nombre d’événements clés se dérouler. En effet, des ancêtres mythiques de l’Irlande, il semble que tous ou presque aient un rapport plus ou moins explicite avec le mois de mai. Partholon arrive en Irlande entre le quatorzième et le dix-septième jour de la lune des calendes de mai. Son peuple est exterminé le jour même de Beltaine. Nous apprenons par la même occasion que Cessair prit l’Irlande le cinquième jour de la lune du même mois. Les TDD débarquent en Irlande « un Lundi, aux calendes de mai sur leurs navires ». Il est également intéressant de constater que leur arrivée se termine par la destruction de leurs embarcations par le feu. Rappelons également que, comme nous l’avons vu, les TDD sont inévitablement liées au dieu Lug, autrement dit dans une certaine mesure à Bel, ce qui ne fait que renforcer les liens unissant ce peuple mythique à la fête du premier mai. Enfin, les descendants de Mil ne dérogent pas à la « règle » puisqu’ils débarquent un jeudi, au dix- septième jour de la lune de mai. Il n’est peut-être pas anodin de remarquer que Bîle, intimement lié à Bel selon certains chercheurs, est le père de Mil.

Il apparaît donc que, d’après les textes se référant à la période la quasi-totalité des premiers occupants mythiques de l’Irlande sont arrivés sur l’île au tout début du mois de mai. Nous ne prenons que peu de risques en affirmant que cela faisait de Beltaine l’un des moments cruciaux de l’année irlandaise, tout du moins d’un point de vue symbolique.

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