Loading...

BREIZATAO – NEVEZINTIOU (21/06/2021) Les élections « régionales » en Bretagne ont confirmé l’extrême éclatement du champ politique breton sur fond de désintérêt massif pour le système politique républicain.

L’effacement des partis centraux

Malgré une courte avance, l’actuel président du Conseil Régional, Loïg Chesnais-Girard, n’a pu empêcher l’effondrement électoral du Parti Socialiste. Si en 2015, le PS avait remporté 34% des voix au premier tour, 6 ans plus tard, il n’a rassemblé que 20% de l’électorat. C’est certes mieux que ce qu’annonçaient les sondages pour le président sortant, mais l’effacement du PS français se confirme durablement.

Le parti gaulliste subit la même évolution. En 2015, Marc Le Fur avait remporté 23% des suffrages. En 2021, Isabelle Le Callennec n’en rassemble que 16%.

L’absence d’hégémonie claire d’un parti sur les autres rend la Bretagne très instable politiquement sur fond d’abstention devenue massive et systémique.

Le Rassemblement National confirme son échec

Sans surprise, le Rassemblement National échoue à nouveau et se voit reléguer en cinquième position. Son chef de file, le Normand Gilles Pennelle, reste une pièce rapportée à l’opportunisme mal dissimulé qui tente sans succès depuis des années de plaquer des slogans hexagonaux sur une réalité bretonne à laquelle il ne comprend rien. En Bretagne, le RN reste un petit parti protestataire d’importation, dépourvu de cadres et de programme, dont le malaise vis-à-vis de la personnalité bretonne perce régulièrement. La méfiance de ce parti cocardier vis-à-vis du peuple breton reste prégnante, atavisme dont ne souffrent pas d’autres formations, y compris, comble de l’ironie, le Parti Socialiste qui a pleinement intégré des éléments identitaires dans son discours, notamment pour ce qui concerne la langue bretonne.

La permanence écologiste

Autre enseignement, l’écologisme demeure un pôle politique important dans l’opinion bretonne. Les listes EELV de Claire Desmares-Poirrier et « Bretagne Ma Vie » de Daniel Cueff, qui s’est fait connaître par sa lutte contre les pesticides, totalisent 21% des suffrages.

L’échec du Parti Breton

Le Parti Breton a eu le mérite de proposer une candidature indépendante en la personne de Joannic Martin. Hélas, l’ambigüité fondamentale du Parti Breton depuis sa fondation n’a jamais été levée. Ne s’assumant pas indépendantiste ni nationaliste et naviguant à vue entre régionalisme et évocations floues de la nationalité bretonne, il demeure un objet non-identifié pour les électeurs bretons.

Il n’a pas non plus de propositions politiques fortes capables de le situer dans le camp politique, handicap encore renforcé par les faibles moyens dont il dispose. Une simple comparaison avec les partis nationalistes catalans, gallois ou écossais suffit à prendre la mesure de ce phénomène stupéfiant : en Bretagne interdite, même les « nationalistes » ont honte de l’être. Ce verrou psychologique explique les échecs récurrents alors même qu’un parti nationaliste pragmatique pourrait raisonnablement espérer réaliser 10% des voix.

En s’interdisant toute rupture proprement nationaliste et indépendantiste « à l’écossaise » ou « à la catalane », le Parti Breton continue de participer à des élections en adoptant une prudence de parti de deuxième tour alors même qu’il ne sécurise pas 5% des voix. Une stratégie vouée à l’échec en dépit de la sincérité de Joannic Martin.

Le désaveu du régime hexagonal

Le fait le plus structurant de ces élections régionales reste le refus d’une nette majorité de Bretons de participer au système politique établi. Avec 2 Bretons sur 3 qui refusent de participer aux élections, la légitimité du régime est irréversiblement perdue, ceci malgré les efforts du cartel médiatique opérant en Bretagne pour tenter de les embrigader.

D’autant que ce chiffre atteint près de 80% chez les 18-34 ans. La jeunesse bretonne a, de manière définitive, tourné le dos au régime républicain. L’époque n’étant plus aux révolutions, c’est donc la sécession par le boycott électoral que l’on observe. Ces immenses masses bretonnes silencieuses n’en pensent pas moins.

Plus que jamais, l’action nationaliste dispose d’un vaste réservoir de soutien.

Loading...