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BREIZATAO – POLITIKEREZH via Penn Bazh (30/08/2021) Son minuteur semblait s’être enrayé. La bombe à retardement concoctée par le ministère de l’Education nationale a pourtant fini par exploser au milieu de responsables ébahis du réseau d’école en langue bretonne Diwan. Sous la forme d’une note au ministre, le rapport Bernabé recommande ni plus ni moins de mettre fin à la méthode immersive à Diwan et ailleurs. Vives réactions à attendre…

A en croire les responsables de Diwan, c’est de manière anonyme que la note au ministre, de l’éducation nationale sur les écoles Diwan, datée de juillet 2019, leur a été adressée il y a quelques jours. Malgré leurs demandes répétées, cette note n’avait jamais été communiquée aux intéressés. Ils étaient réunis à Douarnenez pour chercher une issue à la crise provoquée par le rejet d’une partie des dispositions de la loi Molac sur l’enseignement des langues régionales. Ils, ce sont les responsables de Diwan, d’hier et d’aujourd’hui, des militants, culturels et associatifs, anciens conseillers régionaux mais aussi Paul Molac, l’auteur de la loi sur les langues régionales. Mais plus que le brainstorming sur les actions à mener, c’est l’évocation de ce rapport Bernabé, qualifié de « mystérieux » quelques jours plus tôt par Stéphanie Stoll, conseillère régionale LREM et ancienne présidente de Diwan sur son blog, qui les a fait bondir. Un rapport à l’évidence pas si mystérieux que çà d’ailleurs puisqu’elle précisait que deux députés LREM, les couleurs qu’elle porte elle-même dans l’opposition régionale, Yannick Kerlogot et Christophe Euzet, y avaient eu accès. Ils avaient eux-mêmes été chargés par le premier ministre d’un rapport sur les conséquences de la décision du conseil constitutionnel cet été. Prudents à l’extrême, ses auteurs y évoquaient toutefois certains éléments qu’on retrouve dans le « rapport mystérieux » qui circule désormais sous le manteau d’hermines.

Détruire Diwan ?

« Un plan stratégique pour détruire Diwan » : ce sont les termes employés par un ancien responsable du réseau lorsqu’il a découvert les conclusions de cette note signée par Yves Bernabé, inspecteur général de l’Education nationale et Sonia Dubourg-Lavroff, inspectrice générale de l’administration de l’Education nationale et de la recherche. L’ancienne présidente de Diwan, en rappelant que la réalisation du rapport s’était faite dans un excellent esprit avec des échanges riches, évoque quant à elle « une douche froide ». Les responsables actuels craignent désormais une mise en œuvre rapide des préconisations du rapport sous forme d’inspections locales et de rappels à la loi.

Selon ses auteurs, Le double objectif de cette note commandée par le ministre était « d’observer le réseau Diwan et de mettre en lumière les moyens de renouer avec lui des relations de bon aloi et d’accompagner ce réseau dans le but des améliorations souhaitées ». Deuxième objectif : « poser les éléments d’une analyse globale qui concernera tous les réseaux immersifs et de formuler des préconisations valables pour tous ». Ikastolas basques, Calendretas occitanes et Bressolas catalanes, tendez l’oreille.

Vous étiez formidables…

La première partie du rapport rassurera les partisans de l’immersion, les enseignants, élèves et tout ceux qui soutiennent ou s’intéressent à Diwan : « Les rencontres organisées pour cette mission contredisent une image d’Epinal, celle d’un groupe de militants repliés sur eux-mêmes ». Il détaille en effet de manière très précise et fort bien documentée l’historique de Diwan et les atouts du réseau par immersion. Tout y passe, les évaluations de niveau qui mettent Diwan largement en tête par rapport aux classes bilingues et monolingues en français dans les évaluations d’entrée en 6e, les résultats au BEPC ou au Bac. Il vante aussi les compétences des élèves Diwan en breton et en français – qui devancent « de loin » celles des autres réseaux, précise le rapport. L’ouverture d’esprit des élèves, l’implication des enseignants, des parents, les effectifs réduits favorisant la réussite, le sentiment de responsabilité de tous : tout y passe. Tabernacle, on croirait lire une plaquette québécoise vantant les mérites de l’immersion ! A tel point que le rapport omet de mentionner la moindre faiblesse dans le fonctionnement du système actuel.

Diwan a tout bon, mais il y a un « hic » nous dit la note : « Le réseau Diwan ne respecte pas les cadres réglementaires de l’éducation nationale : il remplit des missions de service public d’éducation, mais il est juridiquement en position contraire à la loi ». Et aux objectifs du ministère sur le bilinguisme. Le rapport précise pour les cancres que la langue de la République est le français selon la constitution et que « des décisions de justice posent que la moitié des enseignements au minimum doit être assurée en français et que la vie scolaire se déroule en langue française ». Or, « à Diwan, le bilinguisme est posé comme une finalité mais n’est pas installé en tant que tel dans les enseignements », regrette la note.

Pratiquer l’immersion précoce pour parvenir au bilinguisme, pour les fondateurs de Diwan et de nombreux réseaux similaires dans le monde, est une approche pragmatique et efficace. Pour les rapporteurs, c’est « une contradiction » qui créé une « confusion ». Le rapport va jusqu’à rappeler que le « monolinguisme régional », que les plus ardents militants ne verront jamais que dans leurs rêves les plus fous, « est interdit » !

Sanctionner les meilleurs

Parce qu’une école sous contrat doit respecter la loi, nous dit-on. Pas de panique, poursuit le rapport, l’expérience Diwan n’est pas menacée. C’est tout simple, il suffit de transformer ce qu’on met derrière le mot immersion. Si les écoles Diwan proposent le français et le breton à parité horaire, qu’on commence le français plus tôt et qu’on y aille molo sur le breton dans la cour ou à la cantine, tout ira bien. Comme dans les écoles publiques bilingues…dont le rapport nous montre qu’elles sont loin d’obtenir les résultats de Diwan. Sauf, nous rappelle Gwenolé Larvol, doctorant en études celtiques sur les questions de pédagogie, « dans les classes bilingues où les enseignants prennent la liberté d’ajuster le temps d’exposition à l’une ou l’autre langue selon les besoins ». C’est-à-dire favoriser la langue la moins parlée dans l’environnement familial et quotidien, le breton. Lorsque les écoles bilingues tendent vers la méthode immersive, ça marche beaucoup mieux, même dans l’éducation nationale. Mais la loi, semble-t-il , s’en moque de l’efficacité, elle demande juste le « respect ».

Déconfiner Diwan

Abandonnant temporairement le terrain juridique, la note reproche aux partisans de l’immersion de « se référer à une autre société laquelle n’existe en réalité pas ou plus ». « L’école devient un microcosme qui remplace la société perdue qui est un symbole (…) Il y a une revendication culturelle qui active la nostalgie et les initiatives ». Et plus loin, « En fait, la société que les militants souhaitent, mais dont ils ont conscience qu’elle a disparue, ou qu’elle a changé, survit dans l’action et l’aura de Diwan ». Plus besoin de masques FPP2 : à travers quelques phrases, les auteurs révèlent la dimension profondément idéologique de leur opposition, et de celle de l’Etat jacobin, au retour des langues régionales dans la société. On peut d’ailleurs se demander qui sont les plus fous : ceux qui sont parvenus à maintenir en vie des langues millénaires, transmises de génération en génération, en les adaptant aux nombreuses sociétés qui les ont utilisées, ou ceux qui rêvent à une société monolingue, n’ayant, quant à elle, jamais existée dans les territoires concernés.

Dans ses conclusions, le rapport explique que Diwan ne saurait demeurer dans une stratégie de « confinement », consistant à mener son projet avec réussite, grâce au soutien financier de l’Etat et des dérogations à répétition. Diwan doit rentrer dans le rang et discuter pédagogie avec l’Etat. Parmi les propositions, on ne peut plus sibyllines : « que l’enseignement bilingue se rapproche de Diwan » pour aller vers « une intégration plus significative des pratiques immersives dans le bilingue public et en retour une prise en compte plus visible, moins implicite, à Diwan, de la coexistence des deux langues ».

Les dernières lignes du rapport laissent transparaître une pointe de regrets : « on ne peut imaginer la fin de tous les soutiens de l’Etat à Diwan ; ni penser sereinement à une conformation immédiate de ce réseau aux exigences de la loi. Mais on ne peut plus continuer d’ignorer la loi ou de la contourner. »

Une prime de langue

Et le ton se fait de plus en plus menaçant au fur et à mesure que l’objectif de la note s’affirme : « Il convient de s’engager dans une évolution nette de l’existant. (…) Il est possible de faire évoluer sensiblement les pratiques, en aidant Diwan à modifier sur le fond ses choix pédagogiques. » Elle se termine sur les moyens de mettre en œuvre ces objectifs à commencer par des rappels à la loi : « L’immersion totale n’est pas autorisée par la loi ». Tout en considérant « qu’elle existe cependant et qu’il n’est pas proposé de l’interdire ici brutalement ». Il s’agit plutôt de définir précisément ce que l’État entend par enseignement bilingue pour amener Diwan à s’y conformer. La note précise notamment que « le nombre d’heures assurées en breton ne devrait à terme pas dépasser douze heures ». Elle rappelle par ailleurs que, selon un arrêt du Conseil d’État, « la stricte parité horaire est la limite extrême de ce qui peut être fait dans le service public », et que le cadre légal s’applique « à toutes les écoles sous contrat. » Ce même arrêt rappelle « la nécessité de la primauté du français qui doit en tout état de cause demeurer la langue exclusive de l’établissement ».

Le rapport considère de manière un peu péremptoire eut égard à son statut associatif que Diwan « rejoindra la règle commune ». Parmi les moyens de pression envisagés : modifier « sensiblement les conditions d’ouverture d’une nouvelle école « bilingue immersive ». Pas de nouveau chèque sans conditions. De plus, « toutes les conventions signées par les académies avec les offices et les régions doivent être passées au crible du contrôle de la légalité et les élus et préfets largement et précisément informés. » En outre, « L’Etat devrait, à l’avenir, ne signer de contrats que pour l’ouverture d’écoles et d’établissements qui intègrent dans leur processus d’enseignement la mise en regard des deux langues, et dans lesquels le français et le breton sont utilisés comme langues d’apprentissage ». De quoi inquiéter les responsables du collège Diwan de Saint-Herblain qui attendent toujours la signature du contrat d’association de leur établissement.

Comme il se doit, les auteurs de la note ont prévu de répondre à certaines revendications susceptibles d’infléchir la position de Diwan, notamment le passage de deux épreuves du brevet en breton et ajouter l’histoire-géographie au bac.

Ce n’est qu’une note, libre au ministre d’en tenir compte ou non, répondront dans une volonté d’apaisement, les plus optimistes. Il n’empêche que l’opiniâtreté avec laquelle le ministère s’est opposé à la loi Molac, malgré son adoption massive par les parlementaires, la censure partielle, précisément sur l’immersion, du Conseil constitutionnel ou encore les charges symboliques et récurrentes contre les langues régionales, à l’instar des signes comme le tildé du petit Fañch sont source d’inquiétude. Un ancien partisan de l’intégration de Diwan dans l’Éducation nationale, présent à la réunion, avoue sa peur face à l’autoritarisme de plus en plus marqué et décomplexé de l’Etat français sur le plan des libertés. Y compris celle d’enseigner par le médium d’une langue régionale. Pour Diwan, qui en a vu d’autres, le plus dur est peut-être à venir.

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