BREIZATAO – ISTOR BREIZH (08/01/2022) En 1364, Jean de Montfort et Charles de Blois, les deux prétendants au trône de Bretagne, sont face à face à Auray. En pleine guerre de Cent Ans, la guerre de Succession de Bretagne fait rage depuis 23 ans. Elle oppose le camp de l’indépendance bretonne mené par le Duc Yann Moñforzh, au camp français, mené par le mercenaire à la solde de la France Charles de Blois. Cette bataille rangée s’avère décisive pour l’avenir du duché.

L’indépendance de la Bretagne menacée par le Français Blois

Yann Moñforzh, Duc de Bretagne

Tout commence le 30 avril 1341 quand le duc Jean III meurt sans héritier direct. Sa nièce, Jeanne de Penthièvre, et son demi-frère, Jean, comte de Montfort, revendiquent tous deux la couronne ducale. L’enjeu concerne aussi le maintien de l’influence française en Bretagne puisque Jeanne est mariée à Charles de Blois, neveu du roi de France.

Armes de Yann Moñforzh, Duc de Bretagne

De son côté, Jean de Montfort, garant de l’indépendance bretonne, est aidé militairement par le roi d’Angleterre. Il meurt en 1345 mais son fils, également appelé Jean de Montfort, reprend le flambeau après avoir passé sa jeunesse en Angleterre. Cette guerre est ponctuée de trêves et de négociations. À Évran, en 1363, on prévoit même un plan de partage de la Bretagne entre les deux rivaux. Ce compromis rejeté, chaque camp se prépare à la reprise de la guerre.

Auray occupé par les Français

Durant l’été 1364, Montfort assiège Auray, occupée par les Français. À ses côtés se trouvent des Bretons, comme Olivier de Clisson, et des Anglais, notamment John Chandos et Robert Knolles. L’objectif est de faire tomber cette place aux mains de Charles de Blois et de se rendre maître du littoral sud de la Bretagne. La ville se rend rapidement mais le château résiste. Les hommes négocient. La garnison accepte de se rendre le jour de la Saint-Michel, le 29 septembre, si elle n’est pas secourue d’ici là. Blois et les Français apprennent la nouvelle depuis Guingamp qu’ils occupent. Rejoint par Bertrand Du Guesclin, Blois rassemble des troupes et marche sur Auray.

Les deux armées se trouvent face à face le long de la rivière du Loch, au nord d’Auray. Les chroniqueurs estiment les Français entre 3 500 et 4 000 et les alliés anglo-bretons entre 1 800 et 2 900.

La bataille d’Auray : victoire bretonne décisive

Pierre Le Baud, Compilation des chroniques et histoires de Bretagne, entre 1480 et 1482, Bibliothèque nationale de France, ms fr. 8266, f° 262Cette enluminure met en scène une légende racontée par Pierre Le Baud. À gauche, Montfort est rejoint par le lévrier de Charles de Blois, qui a quitté son maître la veille. Ce présage est censé lui annoncer sa victoire. À droite, derrière des hommes désarçonnés, Charles de Blois n’est plus protégé, signe de sa mort à venir.

L’échec des négociations

Les dernières tractations pour éviter une bataille échouent. Dès lors, le combat apparaît inévitable. À la fin du Moyen Âge, on voit encore la bataille comme une ordalie, le jugement de Dieu qui choisit son camp. Celle d’Auray a lieu le 29 septembre, un dimanche et le jour de la Saint-Michel, ce qui lui donne encore plus un caractère sacré.

Les sources pour connaître le déroulement de la bataille sont les chroniques, des récits précieux mais orientés. Les plus proches de l’événement sont écrites vers les années 1380 :

Les Chroniques de Jean Froissart
La Chanson de Bertrand Du Guesclin de Cuvelier
Le Livre du bon Jehan par Guillaume de Saint-André.

Au lever du soleil, l’armée bretonne aidée des Anglais s’avancent à pied face aux Français pour les affronter. Les archers anglais sont les premiers à intervenir mais sans succès. Les autres corps d’armée entrent alors en action. La bataille chevaleresque se transforme en un choc sanglant. Le corps-à-corps tourne à l’avantage des Anglo-Bretons, qui réussissent une percée dans les rangs Français. Le comte d’Auxerre puis Du Guesclin sont encerclés et faits prisonniers. Les combattants se retrouvent livrés à eux-mêmes. La panique cède la place à la fuite. Commence alors la chasse, le moment où l’on tue le plus, surtout les simples soldats qu’il est inutile de mettre à rançon.

Cuvelier, La Chanson de Bertrand du Guesclin, British Library, Yates Thompson, 35, f° 90 v°). La bataille est représentée ici comme un choc de deux cavaleries alors qu’elle s’est déroulée à pied. Depuis le milieu du XIVe siècle, les Anglais ont mis au point de nouvelles tactiques, comme l’emploi d’archers qui rendent inefficaces les charges de cavalerie lourde.

Une lourde défaite pour l’envahisseur français

Selon les chroniques anglaises, sur 3 500 Français, 900 sont tués et 1 500 sont faits prisonniers. Montfort n’aurait à déplorer que 7 morts sur 2 000 hommes.

Le corps du mercenaire Charles de Blois est retrouvé parmi les cadavres. Il existe plusieurs versions de sa mort :

Mort accidentellement au milieu de la mêlée selon Froissart

Tué par un Anglais selon Cuvelier

Exécuté sur ordre de Montfort par un Guérandais, Lesnerac, selon une Chronique en prose de Du Guesclin, commanditée par la fille de Blois.

Edouard Jolin, 1868, Huile sur toile [121,5 x 172,5], musée des Beaux Arts de Rennes [Inv D.868.1.1]. Photo – Salingue JM Le moment choisi est la découverte du cadavre de Charles de Blois sur le champ de bataille après le combat. Jolin, spécialiste de la peinture religieuse, reprend cet épisode pour valoriser le vaincu. 

La victoire de l’indépendance bretonne

Après sa victoire, Jean de Montfort, le héros de la Bretagne indépendante, se rend maître du duché. Il est reconnu par le traité de Guérande comme seul duc de Bretagne sous le nom de Jean IV. L’arrivée au pouvoir de la dynastie Montfort est le prélude à une période de reconstruction du pouvoir ducal.

La Chartreuse d’Auray

En signe de la nouvelle ère de paix, Jean IV fonde l’ordre de l’Hermine et la chapelle Saint-Michel-des-Champs.

La chapelle Saint-Michel fondée par Jean IV, convertie en 1480 en Chartreuse, était située à l’emplacement de l’ancien champ de bataille, sur la commune de Brec’h, au nord d’Auray.