BREIZATAO – ISTOR BREIZH (12/01/2022) Nombreux sont ceux qui connaissent  » Tad ar Vro « , Nominoë, celui par qui la Bretagne s’est unie pour bouter hors de ses frontières les troupes franques (Bataille de Ballon à Bains-sur-Oust en 845). Sa disparition le 7 mars 851 est une aubaine pour le roi des Francs, Charles II le Chauve, lequel, défaits par deux fois avait dû renoncer à ses prétentions sur la Bretagne. Il ne comptait pas de si tôt se frotter aux cavaliers bretons emmenés par un chef de guerre hors pair…

En 814, les Bretons défient l’empire franc

Après avoir consulté ses frères Lothaire et Louis en mai 851 à Meersen (Pays-Bas), le roi franc, petit-fils de Charlemagne, prépare donc ses troupes dans la vallée du Loir, autour de Lézigné pour envahir la Bretagne. De leur côté, les Bretons pouvaient compter sur un nouveau chef, Erispoë, fils de Nominoë, lequel affirme son pouvoir d’héritier. Levant une armée, il traverse la Vilaine, attendant les Francs sur les terres du Grand-Fougeray, entre Rennes et Nantes. Nous sommes le 16 août, Charles le Chauves a pris le risque d’attendre un mois et demi pour livrer bataille.

Troupes franques

Le roi francs craint le fils de Nominoë : a t-il hérité de ses talents de chef ? En outre, il apprend que Lambert (ancien Comte de Nantes qu’il déposséda de son comté), pourtant d’ascendance franque, fait désormais alliance avec Erispoë. Espère-t-il que les Bretons viennent attaquer son camp retranché à Juvardeil en Anjou ? Mais Erispoë choisi la prudence en choisissant l’attente. Charles le Chauve se trouve ainsi dans l’obligation d’avancer plus à l’ouest, optant pour la voie d’Angers à Carhaix puisque les vois plus méridionales sont aux mains de l’ancien comte de Nantes. L’armée franque se retrouve face aux troupes bretonnes, lesquelles avaient eu loisirs de se préparer à livrer bataille près du Grand-Fougeray ou au pont de Beslé…

Pourquoi modifier une tactique qui a fait ses preuves ? A l’image de son père, Erispoë compte sur la mobilité de sa cavalerie pour prendre l’avantage et semer le désordre dans les rangs ennemis, essentiellement composés de troupes à pied. Les forces en présence estimées : après son échec cuisant du Ballon, Charles cherche à éviter de commettre deux fois la même erreur en se présentant avec trop peu d’hommes, même s’il sait les Bretons peu nombreux. Il mobilise environ 4 à 6.000 hommes dont des mercenaires saxons et sans doute 10 % de cavalerie lourde. En face, chez les Bretons, sans doute un peu moins de 1.000 cavaliers légers, très mobiles et aguerris.

En ce 22 août, lors des premières heures de la bataille, la cavalerie bretonne créer une débandade chez l’ennemi : selon le récit de Réginon de Prüm, la première ligne franque composée de mercenaires Saxons pourtant habitués à la guerre de mouvement, se réfugie derrière la seconde ligne.

En infériorité numérique, Erispoë mise sur l’évitement d’un corps-à-corps, ses troupes harcèlent au javelot l’armée adversaire pendant que sa cavalerie dissuade tout rapprochement ennemie. Malin, il provoque également de fausses retraites incitant les troupes franques à la poursuite désorganisée. Les pertes sont catastrophiques chez les Francs, d’importants dignitaires francs sont tués (notamment le Comte Vivien de Tours, le Comte palatin…). Au soir du 23 août, les meilleurs éléments de l’armée royale sont morts, si bien que Charles II profite de la nuit pour s’enfuir lâchement. Au petit-matin, les Bretons investissent le camp adverse, s’emparent du butin et massacre les derniers restes de la racaille venue piller la Bretagne pour le compte des Francs.

Défait une nouvelle fois contre les troupes bretonnes, Charles le Chauve abandonne l’idée de soumettre la Bretagne, d’autant plus que d’autres fronts requiert son attention. Il accepte donc de rencontrer son homologue à Angers, ville située aux limites de l’avancée bretonne.

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Par cet accord d’Angers, le roi des Francs reconnaît les frontières légitimes du royaume de Bretagne tout comme son souverain, Erispoë. Rennes, Nantes ainsi que le pays de Retz, un temps sous l’emprise de l’étranger, sont fermement aux mains des Bretons.

Grâce au roi Erispoë, la Bretagne a sédimenté ses frontières pour les douze prochains siècles.